Mon film préféré :
Il était une fois en Amérique
Le film se divise en plusieurs 'époques'. L'adolescence, dans le Brooklyn des années 20 ; l'ascension dans les années 30, durant la prohibition ; et l'époque 'moderne' avec le vieux Noodles, à la fin des années 60. Mais là où un réalisateur lambda (comme ceux qui font les films de divertissement d'aujourd'hui) aurait simplement filmé une saga, Sergio Leone brouille les cartes en mélangeant les époques, parfois avec des sons chevauchant plusieurs séquences, comme ce début de film où le téléphone sonne pendant 10 minutes, sans qu'on sache quel personnage va y mettre fin !
Dans ce premier extrait, Noodles revient après des années sur un lieu qu'il a longtemps fréquenté. En plus de contenir une de mes répliques culte du cinéma (qu'est ce que tu as fait toutes ces années. Je me suis couché tôt) il montre le génie de Leone pour faire le lien entre deux époques....
Il était une fois en Amérique, ce n'est pas qu'une fresque, c'est aussi un scénario, un suspens, un puzzle que l'on va reconstituer jusqu'à une révélation incroyable...
Noodles, âgé d'une soixantaine d'années, reçoit un courrier qui le rappelle à New York pour des formalités. Mais une fois sur place, il comprend que la lettre n'était qu'un prétexte. Qui lui a fait envoyer cette lettre ? Comment l'a-t-on retrouvé alors qu'il se cachait depuis plus de 30 ans ? Pourquoi le fait-on revenir ? Pour quelle raison lui a-t-on donner une mallette remplie d'argent ?
De flashback en flashback, on retrace toute la destinée de 5 gamins de Brooklyn. L'un d'eux s'arrêtera dès les années 20, 3 autres périront à la fin de la prohibition, il ne restera que Noodles...
La musique est sans doute la partition de Morricone qui a eu le plus d'influence sur un film. Le projet de Sergio Leone a été préparé des années en amont et la musique composée très en avance. Du coup, elle était jouée sur les plateaux avant le tournage des scènes, pour aider les acteurs à se mettre dans l'ambiance. Chaque personnage important a son thème, sa ritournelle, obsédante. La BO de Il était une fois en Amérique est moins connue que d'autres musique du maestro et pourtant, elle contient à elle seule 4 thèmes très forts qui, séparément, auraient pu faire le bonheur d'autant de films !
Dans ce second extrait, ce n'est pas Morricone qui est utilisé, mais Rossini et sa pie voleuse, pour la descente sur la nurserie, et la prodigieuse surprise du chef de la police...
Du côté des acteurs, c'est un sans faute, tant au niveau des rôles principaux que des seconds couteaux. Dans le rôle titre, Robert de Niro, au sommet de sa carrière avant sa lente descente post-Scorsese, incarne Noodles, le vieux mafieux qu'un message réveille et ramène à New York, et qui porte les lourds remords de deux trahisons. L'alter ego de Noodles, Max, est campé par un acteur de grand talent dont les choix de carrière n'ont, hélas, pas toujours été judicieux, James Woods. Et puis il y a Elisabeth McGovern, magnifique et éthérée, Tuesday Weld la subversive, Jennifer Connely en graine de star, Treat Williams (qu'on avait vu dans Hair), Joe Pesci, Danny Aiello, William Forsythe, James Hauden, etc. Un casting qui jouera durant les 12 mois de tournage !
Hélas, la Warner avait signé le film, avec une durée maximum de 2H45. Or, le premier montage présenté par Leone fait 4H25 (et encore son premier jet en faisait 6) ! Après quelques coupes, il réduit à 3H49, pour obtenir la version qui sera diffusée en Europe et que j'eus la chance de voir. Mais les américains font comme d'habitude, ils passent outre les souhaits du réalisateur et sortent une version de 2H19 en remontant le film dans l'ordre chronologique ! C'est un désastre, Leone est totalement ignoré par les oscars (le meilleur film de cette année fut Amadeus... il n'y a vraiment pas photo), Morricone ne sera pas nominé car le distributeur oublie de remplir un papier... le film est un flop. Leone ne retournera plus rien jusqu'à sa mort, en 1989. Quel gâchis (voir l'invité de la semaine de 1980)...
L'extrait suivant, magnifique, montre le plus jeune de la bande, qui va enfin se 'déniaiser' auprès de Peggye, en échange d'une charlotte à la crème. Mais la dualité entre l'enfant qu'il est encore et l'homme qu'il aspire à être, est loin d'être résolue...
En Europe, malgré le montage de 3H49, le film n'est pas un gros succès en Europe (il faut dire que la durée limitait aussi le nombre de séances). Aux USA, on découvre le film en version longue en 2012 ! Et là, c'est la révélation *air connu*. La fondation Martin Scorsese a financé une restauration du film, allant même jusqu'à y ajouter des scènes laissées de côté mais figurant dans le script original de Sergio Leone (qui avait travaillé sur une version TV de 4H25 dont on a jamais retrouvé la trace). Au final, cette director's cut fait 4h11. Aujourd'hui, le film est reconnu comme un des plus grands chefs d’œuvres du cinéma.
Mais qu'on ne s'y trompe pas. S'il a des aspects romantiques, nostalgiques et comiques, dans Il était une fois en Amérique, c'est un film violent, très violent. Deux scènes de viol, des tabassages qui font mal à regarder, une dose d'érotisme, des dialogues parfois très crus et des morts très abruptes, en font un film qui ne s'adresse pas à des enfants (disons à partir de 14, voire 16 ans, selon la maturité).
Il est mon film préféré toutes catégories, ce qui justifie la longueur de cet article et les 4 extraits proposés.
Dernier extrait, Noodles vient retrouver ses compères après une période de retrait. Cette scène permet de bien camper les personnages et de noter la prestance et le jeu d'acteur de James Woods qui tient là le plus beau rôle de sa carrière (avec Salvador).
Western en banlieue :
Rue barbare
Quand Gilles Béhat passe derrière la caméra, après une carrière d'acteur prometteuse, il devient le représentant du 'néo-polar' français. De 'jeunes' réalisateurs décident de sortir des films policiers de 'papa', des Verneuil ou Melville. Ils s'éloignent des histoires de gangsters et des milieux finalement 'bourgeois' pour plonger au coeur de la France des années 80, celle des banlieues, de la zone, des cités, où les caïds ne sont pas des gentlemen !Après quelques autres films (Les longs manteaux ou Urgence) qui seront des échecs commerciaux, Béhat deviendra un réalisateur de télé avec une longue carrière derrière lui.
Rue barbare est resté comme la référence de cette tendance et de cette époque. C'est une œuvre très noire, très violente. Une violence pure par ses combats, violence sociale par ses situations glauque, violence de dialogues (crus et souvent grossiers), violence moral par son caïd sans scrupule.
On y découvre un Bernard Giraudeau en pleine ascension (il sera longtemps comparé à Gérard Lanvin et pourtant, il n'y a pas photo, Giraudeau était bien plus charismatique, cultivé et talentueux), un Jean-Pierre Kalfon aussi allumé que d'habitude (il y chante une chanson), Christine Boisson, Michel Auclair, Jean-Claude Dreyfus et en regardant bien on aperçoit même Jean-Claude Van Damme en figurant ! Enfin, Bernard-Pierre Donnadieu, excellent acteur au physique impressionnant et très charismatique, campe le 'méchant', le caïd local (il incarne Lucien que l'on aperçoit dans l'extrait de coup de tête, en 1979).
C'est Bernard Lavilliers qui a signé la bande originale qui contient la chanson 'il y a peut-être un ailleurs' (voir plus bas), cette composition a grandement contribué à rendre le film culte (elle est encore très recherchée par les collectionneurs).
Le film a tout d'un western. Dans une banlieue pauvre et sans police, un caïd local fait régner la terreur. 'Chet', ancien chef de bande et combattant aguerri, qui a pris sa retraite, tente de ne surtout pas se mêler des problèmes des autres, mais dès le début du film, on comprend que l'affrontement entre le caïd et Chet est inéluctable.
Rue barbare n'est en aucun cas un chef d’œuvre du cinéma, mais c'est vraiment un film culte, le témoignage d'une époque et d'un milieu, ou du moins la perception qu'on en avait.
La chanson du générique
La rédemption selon Sam Shepard :
Paris, Texas
Que dire de Paris Texas... palme d'or au festival de Cannes, j'avoue être dubitatif quand je vais le voir. Mais l’œuvre de Wim Wenders, réalisateur allemand, va totalement m'emporter.Ce 'road movie' commence par des images d'un homme qui marche dans le désert, sa casquette vissée sur la tête, accompagné de la géniale musique de Ry Cooper, tout en glissés. Travis (c'est son prénom) finit par tomber inconscient dans un bar et est recueilli par un médecin qui trouve un numéro de téléphone sur lui. En mauvais état, presque amnésique, son frère le ramène chez eux où il va pouvoir également retrouver son fils, qui n'avait pas non plus de nouvelles de son père depuis 4 ans.
Travis va revenir doucement à la vie, redécouvrir son rôle de père et finalement décider de retrouver la mère de son fils...
Comme dans nombre de grands films de cinéma, on est dans la subtilité, dans la lenteur, dans l'ambiance, dans l'atmosphère. Des 'longueurs' à la mesure de la démesure du Texas...
Paris, Texas est tiré d'un roman de Sam Shepard, acteur, réalisateur, dramaturge et écrivain dont je parlerai en invité dans les semaines à venir car il le mérite amplement.
Pour ce qui est du casting, le légendaire Harry Dean Stanton tient le premier rôle tandis que la sublime Nastasia Kinski (oui oui la fille de Klaus, voir en 1981) joue celui de la mère tant recherchée. Le frère est joué par Dean Stockwell, plus connu des français par la série Code Quantum (alors qu'il pourtant joué dans Dune, Blue Velvet ou Live and Die in LA) ! La femme, à l'écran, de ce dernier est jouée par Aurore Clément. Enfin, signalons que Claire Denis était l'assistante réalisatrice de Wim Wenders sur ce film.
Il me semble impossible, pour toute personne normalement constituée et qui accepte de rentrer dans le film, de ne pas être bouleversé et ne pas verser des larmes à la fin de Paris, Texas.
Dans cet extrait, Travis parle bien sur de Paris au Texas, mais son frère ne l'a pas encore compris...
La musique, que vous reconnaitrez après quelques secondes, de Ry Cooper.
L'invité de la semaine :
Michel Bouquet
Grand acteur de théâtre (j'ai eu la chance de le voir l'année dernière dans son interprétation de la pièce de Ionesco Le roi se meurt), Bouquet s'est aussi fait une place au cinéma. Pour moi, à l'instar d'un Piccoli ou d'un Trintignant, il est l'un des derniers géants de sa génération.Issu d'un milieu social peu aisé, il arrive sur les planches d'un théâtre en 1943, il ne les quittera plus et continue de s'y adonner avec passion et talent. Cet intellectuel influencera d'ailleurs cet art en introduisant en France des auteurs qu'on ne connaissait que peu et sera de l'aventure du théâtre de l'atelier ou du festival d'Avignon.
Au cinéma, son physique froid et lisse, ainsi que son amour du métier, lui permettent d'accepter sans crainte tous les rôles, même de personnages antipathiques. Il deviendra l'incarnation du notable de province dans les films de Chabrol (voir en 1985), le grand patron inhumain du Jouet (voir 1976), Mitterand dans Le promeneur du champ de Mars, Renoir dans.... Renoir, etc.
Il est, pour tous les amateurs de l’œuvre de Hugo, l'incarnation de l'Inspecteur Javert, tant sa prestation dans les Misérables de Hossein a marqué (voir 1982).
D'un incroyable prestance, d'une autorité naturelle, c'est un prodigieux acteur. D'ailleurs lorsque nous avons été voir le Roi se meurt et qu'il est entré en scène, voûté et visiblement peinant à se déplacer, je me suis dit "Ouch il a quand même du mal, il porte le poids de son âge"... sauf qu'il jouait simplement son personnage, il était tout fringuant, presque 'enfant' deux scènes plus tard. Gageons que si Michel Bouquet ne meurt pas sur scène, il s'éteindra dans les coulisses...
Je vous propose un extrait de l'excellent film Comment j'ai tué mon père, de Anne Fontaine, dont je reparlerai sans doute en 2001. On y voit les prémices du 'duel' qui va opposer Berling et Bouquet.
La semaine prochaine : 1985
- Une samba traumatisante- Une recette très acide
- Une Terre silencieuse
- Nouvel an chinois
- Un chien de guerre
- Le loup et le faucon
- Le Roi Lear aux yeux bridés
- Vivre et mourir en Californie
Du coup, pas d'invité de la semaine !
J'accroche pas à "IEUF... en Amérique"... trop long, trop lent, trop violent... Même tes extraits 1 et 3 je les trouve trop longs, et le 4 il y a une violence psychologique gênante. J'imagine que je n'aime pas les films de gangsters (sauf "les Guerriers de la Nuit", mais ça c'est entre le thriller et la comédie musicale ;))
RépondreSupprimer"Paris Texas" je suis d'accord avec toi sur tous les points. Les images et les lumières m'ayant marquées, je donne un César personnel au chef photographe, Robby Müller :)
"Rue Barbare", c'est un tel ramassis de clichés, d'intrigue sans subtilité (ah les flics qui ne font un passage que pour empocher leur enveloppe! ;)) et de lumières rouges que c'est à regarder au second degré. Et pourtant, grâce aux acteurs qui sont très sérieux, et l'actualité des drames en banlieue, on sent qu'il y a du vrai là-dedans. et ça, ça craint :(
Et sinon, 84 quelle année pour les enfants... Indiana Jones et le Temple maudit, L'Histoire sans fin, Gremlins, SOS Fantômes, ... nom d'un petit bonhomme, je les ai tous vus à leur sortie, mes parents ont passé leur temps à m'entraîner au cinéma! :)
...et la comédie: Pinot simple flic, À la poursuite du diamant vert, Police Academy, les Ripoux, La Vengeance du serpent à plumes... Tous ceux là je les ai vu plus tard par contre ! ;)
Moi je ne me lasse jamais d'un film s'il est bon. Ta remarque sur la longueur concerne dans ce cas tous les Leone, les Kurosawa, etc. Je les préfère pourtant nettement aux réalisateurs qui font court façon série télé ! :) J'ai du voir Il était une fois en Amérique 20 fois et à chaque fois je suis happé par le grandiose. Mais effectivement, comme je l'indique, c'est un film violent.
SupprimerPar contre s'ennuyer en voyant les extraits 1 et 3, ou le film d'un point de vue général, on a vraiment pas les mêmes goûts en matière de cinéma. D'un autre côté tant mieux, il en faut pour tout le monde ! :)
D'accord pour Rue barbare, mais à l'époque où c'est sorti, ce n'était pas si cliché, ce type de films ne se faisait pas, c'était nouveau. Comme je le dis ce n'était pas un chef d'oeuvre, mais ça m'a marqué et les deux acteurs principaux étaient prodigieusement 'virils' :)
Indiana Jones et le Temple maudit... j'ai cru qu'on me vendait un parc d'attraction, rien à voir avec le charme et la magie du 1, j'avais été très déçu.
Tu as eu de la chance que tes parents t'emmènent souvent au cinéma ! (nous on emmène les filles au théâtre plutôt qu'au ciné ^^)
Quand aux comédies... celles que tu cites ne m'ont pas spécialement marqué... logique, d'ailleurs, elles n'ont rien d'exceptionnel. Elles sont là pour divertir et être consommées, comme nombre de films contemporains.
Là je crois que j'ai tout bon pour les films de 1985 ! ;)
RépondreSupprimer- Une samba traumatisante : celle dans laquelle Grace Jones (May Day) entraîne ses adversaires (qui, en général, en meurent) dans "Dangereusement vôtre"
- Une recette très acide : celle qui bout dans le chaudron de "Taram et le chaudron magique"
- Une Terre silencieuse : "Dune". Ben c'est silencieux. Et sec, surtout.
- Nouvel an chinois : "Ran" : le nouvel an chinois et le nouvel an nippon sont les mêmes.
- Un chien de guerre : "Rambo 2"
- Le loup et le faucon : Lanvin et Giraudeau dans "Les Spécialistes"
- Le Roi Lear aux yeux bridés : Joey Tai, le roi de Chinatown dans "L'Année du dragon".
- Vivre et mourir en Californie : Retour vers le futur (ça se passe en Californie, non? Et puis il meurt presque?)
Ah Ah, presque tout faux.
SupprimerUne indication hein, l'image en haut de page est toujours extraite d'un film de la semaine suivante et aucun de ceux que tu cites ne la contient.
Tu en as quand même 2, mais pas à la bonne place, comme au mastermind ! :)
Je reconnais que j'ai tendance à chercher les mauvaises réponses, pour obtenir des motifs drôlatiques (inversant le 4 et le 7, p.ex.) ;)
SupprimerAh oui l'image de haut de page (très bonne initiative, qui permet de revoir des détails sur les scènes :))
Je propose donc "Brazil" en réponse à "une recette très acide", car ce film est, en effet, très amer ;)
Ah bah je vais pas te contredire hein, fais-toi plaisir ! :)
SupprimerCa t'en fais 3 du coup ^^ Mais pas à la bonne place ;)
Pour moi également, « il était une fois en Amérique » est mon film préféré. Je ne sais plus quand je l’ai vu pour la première fois mais c’est lors des visions successives que le phénomène a eu lieu. Aux qualités déjà évoquées, j’insisterais sur ma découverte de « James Woods » qui fut un vrai choc et je rajouterais la qualité du casting des héros jeunes. Pour le reste, j’ai toujours été fasciné par l’histoire des Etats Unis, en particuliers le 20ème siècle, et j’avoue avoir un goût prononcé pour les films de gangsters qui doit remonter à ma passion pour les films noirs. Et j’ai eu la chance de ne pas avoir vu venir le dénouement. Cela me fait penser que j’ai toujours une interrogation à propos de la dernière image.
RépondreSupprimerJ’avais vu « rue barbare » à la télé quelques années après sa sortie : ce film m’avait marqué et particulièrement ses deux acteurs principaux.
Par contre, j’ai vu « Paris, Texas » à sa sortie, alléché par l’excellente critique et la musique de Ry Cooder, et… je suis complétement passé à côté.
« Michel Bouquet » ou l’homme qui ne fait qu’un avec le théâtre : il faut avoir entendu Fabrice Luchini parler de lui avec admiration.