mercredi 16 décembre 2015

1976 : La série B au pouvoir !


Trentenaires s'abstenir :
L'Âge de cristal

L'âge de cristal n'a pas bien vieilli avec son look seventies, mais il reste un sympathique film d'anticipation. Les hommes vivent dans des villes dômes fermées. Tout est géré par les machines et on est heureux. Par contre, pour éviter la surpopulation, le jour de ses 30 ans, on détruit son corps pour mieux vivre dans un corps neuf ... Bizarre, ça sent l'arnaque ! Mais un jour, un couple fuit le dôme et rencontre un vieil homme, ce qui va marquer le début de la chute de leur société.
J'ai encore de la tendresse pour ce film car il a inspiré un jeu de rôles auquel j'ai joué et qui était fort amusant, il se nommait Paranoïa.
Mais surtout, je l'ai vu en 1981, alors qu'il passait en illustration du débat : An 2020 la Terre surpeuplée ? dans l'émission L'avenir du futur. Et c'est surtout cette émission qui m'a marqué. Tout d'abord son générique, qui utilisait le morceau Rubycon du groupe allemand de musique électronique Tangerine Dream. Je ne les découvris qu'en 86 quand je fis des recherches sur le générique qui m'avait tant marqué. Depuis, j'ai du acquérir une cinquantaine de disques de ce groupe.
Et puis cette émission, mensuelle à une époque, puis bimestrielle, qui a existé de 1975 à 1987, était absolument géniale. A chaque fois, un film suivi d'un débat (j'y ai vu Mondwest, La grande menace, Capricorne One, New York ne répond plus, La guerre des cerveaux, Les yeux sans visage, etc.). Il faut lire les intitulés de l'époque, on était parfois en plein mysticisme (ça ne se ferait plus aujourd'hui) m'enfin de toute façon je devais aller me coucher après le film et je n'ai donc jamais vu de débat ! A l'époque, cette émission était vraiment une porte ouverte sur le rêve, l'inconnu, le fantastique et la science-fiction (pas exclusivement, il y avait aussi d'autres types de films, Les choses de la vie, 7 morts sur ordonnance, Les yeux sans visage, etc.).
https://fr.wikipedia.org/wiki/L'Avenir_du_futur
Cette programmation de qualité et ce générique, flippant, m'ont donné goût au cinéma de 'genre', et aux films apocalyptiques dont L'âge de cristal était le premier qu'il m'a été donné de voir, juste avant La planète des singes. Je lui dois beaucoup pour ma 'culture' du cinéma (tout comme à l'invité de cette semaine).



L'Avenir du Futur générique von Timaelportland

T'aurais pas un clope ? :
Assaut 

Alors qu'il n'a que 28 ans, John Carpenter filme, en 20 jours et 100.000$, Assaut, un film fortement inspiré de Rio Bravo (de Howard Hawks) et La nuit des morts vivants (pour les agresseurs qui n'ont même pas de dialogues). Ce qui est étonnant avec ce film, c'est que dans le souvenir des gens, c'est un huis clos où on ne voit jamais l'ennemi. Or, c'est faux, la première partie du film, se passe en extérieur avec de nombreux protagonistes. Mais c'est la seconde qui marque.
Le scénario est simple, un commissariat déménage et pour la dernière nuit, il ne reste que quelques personnes à l'intérieur des anciens bâtiments. Toutefois, un véhicule transportant des prisonniers en transit, accompagné par leurs gardiens, est obligé de s'y arrêter pour réparer. Dernier protagoniste, et pas des moindres, un homme vient se réfugier dans le commissariat, poursuivi par les membres d'un gang... Le commissariat va se retrouver assiégé toute la nuit, et les policiers vont devoir faire confiance aux prisonniers pour espérer survivre. Parmi ces prisonniers, Napoleon, qui passe son temps à demander des cigarettes à tout le monde.
Carpenter signe ici son second film, devenu culte, comme nombre de ses œuvres. Cinéaste des 'geeks' et des films de genre (voir mon article sur Jean Rollin en 1967), il est ici également monteur, scénariste et compositeur. Car oui, Carpenter compose des bandes originales. Dépouillés, simples mais efficaces, elles restent facilement en tête.


Melville par Corneau :
Police Python 357

Quand on voit Police Python 357, on ne peut pas s'empêcher d'y retrouver des similitudes avec des films de Melville comme Le cercle rouge. Il y a d'abord le rôle principal, tenu par Yves Montand, en flic solitaire tireur d'élite très attaché à son arme. On pourrait croire que c'est le même personnage. Il y a ensuite François Périer, que l'on trouve aussi chez Melville, tout comme Simone Signoret, dans un rôle dramatique de haute volée, dont elle avait le talent.
Toutefois, Alain Corneau, s'il s'est inspiré de Melville, a pris ses propres marques et a fait un film très oppressant, aux ambiances tendues. Un rendu particulièrement aidé par la partition signée Georges Delerue.
Le commissaire Ferrot est un loup solitaire silencieux, as de la gachette et compétent. Lorsqu'il intervient, seul, dans une église pour attraper deux malfrats, il ne sait pas qu'une jeune femme, photographe, le fixe sur pellicule... Jusqu'à ce qu'il se voit, en portrait plein pied, dans une vitrine ! Il fait alors connaissance de la jeune femme et une relation amoureuse va naitre. Bien qu'idyllique, elle est compliquée car Ferrot, interprété par Montand, comprend qu'il y a un autre homme, qui l'entretient, mais sans que celui-ci ne s'affiche. Quand la jeune femme est assassinée, la police, et donc Ferrot également, se met sur la trace de l'amant qu'on régulièrement vu les témoins et qui n'est autre que Ferrot lui-même... Une course contre la montre s'engage : retrouver le meurtrier avant qu'il ne soit identifié formellement lui-même, et accusé d'un crime qu'il n'a pas comis.
Aux côtés de Montand, Périer et Signoret complètent un casting haut de gamme et Alain Corneau, excellent réalisateur, signe là un polar noir et vénéneux.
Nous reparlerons de ce réalisateur très bientôt !




Une histoire de femme :
Docteur Françoise Gailland

Je n'ai vu ce film de Jean-Louis Bertuccelli (dont la fille est également réalisatrice) que récemment. Même s'il y a un côté mélo et qu'on pourrait croire que le message est 'le cancer est la solution pour rééquilibrer la vie de famille', pour un film de 1976, il aborde de nombreux sujets intéressants et un peu tabous à l'époque. De fait, le film est 'sociologiquement' intéressant, et offre à Annie Girardot l'un de ses plus beaux rôles.
Françoise Gailland est une femme 'moderne', c'est un médecin réputé, ses enfants commencent à être grand et son mari est devenu accessoire, elle est toute à son travail et à des aventures. C'est un peu le rôle qu'on donne souvent aux hommes en fait, mais vu du côté d'une femme. Tout allait bien jusqu'au jour où elle apprend qu'elle a un cancer du poumon... Après une tentative de fuite, elle décide de retrouver son cocon 'familial' pour mieux affronter la maladie.
La liberté des femmes, leur rôle social dans le milieu du travail, le tabac et le cancer sont autant de thèmes abordés sans pudeur. Le film est, encore aujourd'hui très touchant. Bon, et puis Annie Girardot, qui a fini sa vie un peu oubliée (mais bon, de par sa maladie elle n'en eut pas trop longtemps consciente) a été une égérie des années 70 qu'il est agréable de revoir et d'entendre, avec sa voix si caractéristique. Elle fut d'ailleurs récompensée d'un César pour son interprétation.
Dans l'extrait, le médecin ne sait pas que la radio qu'elle regarde est la sienne....



De Pignon à Perrin :
Le jouet

François Perrin, en alternance avec François Pignon, est la marque de scénariste de Francis Veber, qui donne ce nom à son personnage principal à chacun de ses scénarios/films.
Après avoir signé les scénarios de L'emmerdeur, le Magnifique, Le grand blond, Peur sur la ville, ce scénariste très très talentueux passe derrière la caméra, ce qu'il refera au fil du temps.
Pour son premier film, il fait appel au génial Pierre Richard, fabuleux acteur expressif et au physique si particulier (je vous recommande la lecture du Schnock ,n°8 avec une passionnante interview et un dossier sur cet acteur/réalisateur/scénariste/chanteur) et à Michel Bouquet, le grand patron, fortement inspiré par Marcel Dassaut. Le garçon joue très bien mais ce sera son seul rôle aussi je ne m'attarde pas dessus. Ils sont épaulés par d'excellents seconds rôles.
Veber réalise une comédie dramatique en réalité, car sous les sourires, ce film est aussi une grinçante critique sociale des grands patrons et des gens riches, sans épargner pour autant tous ceux qui courbent le dos sans rien dire. Mais le film est également plein de tendresse et de compassion. Ses films suivants auront moins cet aspect, et seront de 'simples' comédies (dommage d'ailleurs). De fait, Le jouet est pour moi le meilleur film réalisé par Veber (avec Le dîner de cons dans la catégorie comédie pure).




L'invité de la semaine :
Jean-Pierre Dionnet

Je sais, Jean-Pierre Dionnet n'est ni réalisateur, ni acteur. Toutefois, par son rôle de précurseur, ses idées géniales et sa facilité à communiquer sa passion, il est pour le pape de la sous culture, de la culture geek. Précurseur dans la bande dessinée quand il monte (avec son ami Farkas, Moebus et Druillet) les éditions Les humanoïdes associés et le magazine Métal Hurlant qui vont révolutionner la BD pour l'amener vers le public adulte (pas la BD X hein). Précurseur, encore, quand il monte avec Philippe Manœuvre l'émission mythique Les enfants du rock (qui abordait aussi la BD). Enfin, précurseur du 'j'assume d'être un amoureux de sous culture' quand, pendant 18 ans, il présente sur Canal plus Le cinéma de quartier. Alors qu'Eddy Mitchell présente La dernière séance sur FR3, consacrée au cinéma américain des années 30 à 60 (du siècle dernier) et s'intéressant aux grands studios, Dionnet va vers le cinéma populaire : les péplums italiens, les films de la Hammer, des giallos, des films fantastiques, des films de samouraïs, de guerre, des westerns, de la sf, des films d'horreur, etc. Bref tout ce qu'on appelle les séries B des années 50 à 70.
Cinéma de quartier c'était une institution. Comme disait Dionnet 'des petits films de grands maîtres et de grands films de petits maîtres' !
Vive Jean-Pierre Dionnet, à qui je dois finalement beaucoup et pour qui j'ai un profond respect !
Pour le plaisir, la bande annonce du cinéma de quartier qui, hélas, ne dispose pas d'une page wikipedia reprenant l'intégralité de ce qui y a été diffusé. Quel dommage.




La semaine prochaine : 1977

- Sur le front de l'est
- Le thriller version italienne
- L'institution Broccoli
Précisons de suite pour les fans de Star Wars, je ne leur donne pas rendez-vous la semaine prochaine, mais dans 1 mois !


Et l'invité de la semaine !