mardi 22 mars 2016

1986 : Faux semblants

Paradis terrestre  :
La mission

 Je me souviens avoir pleuré quelques minutes après avoir vu La mission au cinéma (ben vi je suis un petit cœur sensible). J'ai revu ensuite de nombreuses fois le film, et écouté sa bande originale encore plus de fois. C'est une œuvre magnifique et triste à la fois, superbe mais profondément sombre, qui aborde les réductions guaranies (des 'républiques' autonomes qui ont duré 150 ans) et la guerre contre les Guaranis. Pas de fin à l'américaine lors des scènes finales. Alors que celui qui a choisi la voie du combat agonise, son camarade qui a choisi la foi et la non violence avance vers les soldats. Pendant quelques instants, on croit au miracle, les balles fauchent autour de lui mais ne le touchent pas,  dieu le protège... ou pas.
Pour interpréter les personnages principaux, Roland Joffé fait appel à Robert de Niro, alors encore au top de sa carrière. Il y interprète un esclavagiste qui choisit finalement la rédemption en devenant prêtre. En face de lui, le missionnaire éclairé est joué par Jeremy Irons, lui aussi au faîte de son succès. Dans les seconds rôles, on peut remarquer Liam Neeson et les indiens Wanaunau (les vrais Guaranis étaient trop peu nombreux pour jouer leur propre rôle).
Chef d’œuvre, La mission remporte la palme d'or à Cannes mais sa musique, prodigieuse partition de Ennio Morricone, ne remporte pas l'oscar, coiffé par Round Midnight (de Bertrand Tavernier, ça tombe bien). Cette bande originale, je l'avais choisie pour mon premier mariage, à l'église. Ainsi tout le monde était content. Le prêtre, qui entendait des chants religieux, et moi, qui écoutait la musique d'un film dénonçant les exactions passées de l'église... Je sais c'est un peu puéril, mais c'est ainsi.
La morale de cette histoire est finalement donnée par le cardinal, dans sa lettre au pape :
Vos prêtres sont morts... et moi... vivant. Mais à la vérité, c'est moi qui suis mort... tandis qu'ils sont vivants. Car il en va toujours ainsi, Votre sainteté. L'esprit des morts survit... dans la mémoire des vivants. Il est clair qu'ils le sont, dans la mienne.




Une recette toujours aussi acide :
Inspecteur Lavardin

Oui je sais, j'ai déjà parlé du premier opus l'année dernière, mais comment choisir mon préféré entre les deux films de Chabrol où apparait l'inspecteur Lavardin ? Impossible, alors je me suis dis, je met les deux ! Contrairement à Poulet au vinaigre, Poiret apparait très vite dans Inspecteur Lavardin,  de film, dans une ambiance provinciale, pour changer, où un notable très catho vient d'être assassiné avec le mot 'Porc' écrit sur les fesses !
Bernadette Lafont y joue une veuve pas comme les autres, tandis que son 'frère', interprété par Brialy y joue un homosexuel décomplexé, bien avant que l'acteur ne fasse son coming out (en 2000).
En face de Poiret, c'est Jean-Luc Bideau qui incarne le patron sans scrupule d'une boîte de nuit, et qui va subir les foudres de Lavardin, malgré son 'bras long'. Et puis, témoin dépassé des frasques du policier, son chauffeur, le gendarme Vigouroux, que le policier aime à appeler Sherlock.
Comme dans le premier opus, et comme dans les Simenon, Lavardin creuse, petit à petit, dans la vie de la victime et y déterre de nombreux secrets et cachoteries, dont certains auraient mieux fait de ne pas émerger.
Il faut reconnaitre que ce film est moins malsain, moins génial que le premier, mais la prestation de l'acteur principal y est bien plus mise en avant. De fait, il reste incontournable dans la carrière de Chabrol et Poiret.
Je vous propose en petit extrait, la première rencontre entre le personnage de Bideau et celui de Poiret, ça promet d'emblée !





Reporter de guerre :
Salvador

Salvador m'a fait l'effet d'un coup de poing dans la figure et a fait définitivement basculer James Woods dans le camp de mes acteurs fétiches.
Woods, justement, joue un journaliste peu en réussite qui part au Salvador pour couvrir l'actualité, celle de la lutte entre le gouvernement militaire et les rebelles communistes. Boyle (c'est son nom) et son camarade, Doctor Rock, joué par James Belushi, arrivent au Salvador en version touriste, assis dans leur voiture décapotable. Dès la frontière, ils assistent à une froide exécution par la junte... le décor est planté, on restera dans le grave et le tragique jusqu'à la fin du film.
Filmé caméra au poing, à mi chemin entre le documentaire et le thriller, l’œuvre d'Oliver Stone est résolument engagée à gauche (façon américaine hein), mais d'un autre côté, difficile de ne pas l'être en voyant ce film, y compris en vérifiant les faits historiques, culminant avec l'assassinat de l'archevêque Romero ou l'assassinat et le viol de religieuses (il y a des criminels et des héros dans toutes les religions).
Tous les événements nous arrivent par les yeux de James Woods, témoin involontaire à la dérive, inconscient des risques qu'il prend. On remarquera également la belle prestation de John Savage (l'un des héros de Voyage au bout de l'enfer et de Hair) en photographe habité, sur les traces de Robert Capa. 30 ans après, Salvador reste un film choc.
Dans cet extrait, aux sous-titrages parfois difficiles (souci de polices de caractères), Boyle et Doc arrivent à la frontière du Salvador. Ce que le journaliste a vendu à son pote pour le convaincre de l'accompagner est bien loin de la réalité...





RIP Umberto Eco :
Le nom de la rose

Ah quel film culte pour les amateurs de jeux de rôles ! Le nom de la rose, c'est d'abord ce roman de Umberto Eco, écrivain francophile talentueux et génial, qui nous a quitté il y a quelques semaines. Ensuite il y a le rôle titre tenu par Sean Connery qui, cette fois, put enfin effacer son image de James Bond, alors que sa carrière était en berne. Aujourd'hui on pense à l'acteur dans le rôle de Guillaume de Baskerville plutôt que dans celui de l'agent secret ! Enfin il y a Jean-Jacques Annaud, passionné par le livre, qui put convaincre l'écrivain qu'il était celui qui pouvait adapter son récit.
Du coup on se retrouve avec un film passionnant se déroulant au XIVème siècle dans un monastère qui accueille une réunion politique très importante entre les franciscains et les représentants du pape. Or, l'endroit cache de nombreux mystères (dont une bibliothèque interdite), et est le théâtre de meurtres inexpliqués ! Il faudra compter sur l'opiniâtreté du moine Guillaume de Baskerville, Holmes avant l'heure et de son disciple Adso, son Watson, pour résoudre le mystère.
La musique, signée James Horner, soutient parfaitement l'ambiance oppressante de ces lieux saints mais maudits. Je l'ai souvent utilisée en musique d'ambiance pour parties de jeux de rôles.
Notons également les rôles de Ron Perlman et de notre Michael Lonsdale national, décidément attiré par les rôles d’ecclésiastes (d'un autre côté c'est un fervent catholique).
Bref, Le nom de la rose reste pour moi le meilleur film de JJ Annaud, même si j'ai une grande affection pour Coup de tête (voir 1979) !



Ne prenez pas d'autostoppeurs :
The Hitcher

Après La chair et le sang, Jennifer Jason Leigh retrouve le géant néerlandais Rutger Hauer, et encore une fois dans le rôle du méchant, mais alors très méchant, même si, cette fois, elle ne fera même pas semblant de pactiser avec.
Hitcher vaut pour son ambiance, les longues routes de l'ouest des USA où le héros du film est chargé de convoyer une voiture, sa musique, signée Mark Hisham, et son scénario très noir. Alors qu'il manque de s'endormir, la nuit, Jim décide de prendre un stoppeur, histoire de rester éveillé. Mal lui en a pris ! L'homme, inquiétant, lui explique tranquillement qu'il va le tuer... Le jeune homme parvient à expulser le maniaque en roulant. Hélas, celui-ci ne le lâchera plus, cherchant quelque chose qu'on ne comprend qu'à la fin du film. Poursuivi par ce tueur qui laisse une trace sanglante, Jim est également pris en chasse par la police, qui le croit coupable des meurtres. Seule la jeune serveuse d'un snack le croit et se joint à lui, contre la police et contre le tueur.
Grand prix du festival de Cognac, ce film fut un échec commercial mais il mérite d'être vu pour la prestation prodigieuse de Rutger Hauer. Ce rôle l'installera définitivement comme acteur culte (comme l'est devenu le film d'ailleurs). Pourtant, ce personnage sera le dernier grand rôle populaire qu'il jouera avant d'aller de petits budgets en navet !
Robert Harmon, le réalisateur, aura surtout une carrière de réalisateur de télévision, avec la très bonne série Jesse Stone, mettant en scène Tom Selleck.
Quand à Hauer, c'est donc le dernier film de lui que j'aborde, mais nul doute qu'il aura sa place en tant qu'invité de la semaine.
Voici un petit extrait de ce très bon thriller qui ne méritait pas l'échec commercial qu'il a engendré, même si ce n'est clairement pas l’œuvre d'un Kubrick.





Mauvais père :
Comme un chien enragé

At close range, Comme un chien enragé en vf, est le meilleur film du réalisateur James Foley. Il commence comme un film pour ados, avec Sean Penn en beau gosse paumé qui drague la magnétique Mary Stuart Masterson. Le personnage Sean Penn, Brad, vit assez pauvrement avec son frère Tommy (joué par son frère, Chris Penn), leur mère et leur grand-mère. Et puis arrive un homme, charismatique, qui exhibe des liasses de billets et qui semble une sorte de 'Mandrin', interprété par Christopher Walken. Cet homme, c'est le père de Brad, qui a abandonné sa famille des années auparavant. En quête de modèle, les deux 'ados' (Sean Penn a quand même 26 ans. D'un autre côté, c'est la mère de Sean et Chris qui joue leur grand-mère dans le film !), sont fascinés par ce personnage digne des légendaires méchants au grand cœur.
De fait, dès l'arrivée de Walken, le film vrille petit à petit, au fil de nos découvertes sur la véritable personnalité du père et de ses activités, jusqu'à une confrontation inéluctable...
La BO du film, signée Madonna (qui était mariée à Sean Penn à l'époque), avec la chanson Live to Hell, a même été un tube. Mais la grande force du film, sans compter le scénario et la réalisation, c'est la présence de deux monstres du cinéma, Christopher Walken, toujours aussi prodigieux, et Sean Penn dont c'est le premier rôle vraiment important et de qualité (il sera ensuite adoubé par la profession après son apparition dans Colors).
Bref, encore un film que je recommande, rien que Walken, ça justifie !


 

 

L'invité de la semaine :
Bertrand Tavernier

Lyonnais de naissance et de cœur, Bertrand Tavernier est l'un de nos derniers grands cinéastes encore en activité, pour mon plus grand bonheur. Réalisateur fidèle, que ce soit à ses acteurs (Noiret, Torreton, Gamblin), son producteur (Alain Sarde), son compositeur (Philippe Sarde) et même ses scénaristes, c'est un homme politiquement très engagé (avec une sensibilité de gauche). Défenseur du cinéma d'auteur indépendant, qu'il soit français ou européen, il a également une grande fascination pour le cinéma américain, ce qui pourrait paraître contradictoire, mais il le vit très bien.
Tavernier a une étonnante carrière avec de nombreux films majeurs. Entamée avec l'intimiste Horloger de Saint Paul (voir 1974), il enchaîne avec le très sombre Que la fête commence (il a failli être dans mes films, mais ça faisait trop de Tavernier au final). On continue avec Le juge et l'assassin qui offre à Galabru l'un de ses meilleurs rôles. En 1980 il fait jouer Romy Schneider et Harvey Keitel dans une fable d'anticipation sur la télé réalité, La mort en direct. La même année il propose l'intimiste Une semaine de vacances avec Nathalie Baye. En 81 il signe le magistral Coup de Torchon (voir l'année adéquate) et en 1986, il remporte l'oscar de la meilleure musique avec Autour de minuit, film déclaration d'amour au jazz, avec François Cluzet et Dexter Gordon. Trois ans plus tard, c'est le monumental La vie et rien d'autre, qui offre à Noiret l'un de ses meilleurs rôles. En 1992, je découvre Didier Bezace dans L627, chronique des stups et l'année suivante je m'amuse des cabotinages de Noiret dans La fille de d'Artagnan.En 1996, c'est Torreton qui crève l'écran dans Capitaine Conan. En passant, il a l'excellente idée de produire Fred, l'un de mes films préférés de Jolivet.  Dans La princesse de Montpensier, il a la bonne idée de faire jouer des acteurs ayant le même âge que les personnages historiques, ce qui donne une vision complètement différente de cette période. Enfin, dans Quai d'Orsay, il a le nez pour faire de Thierry Lhermite un De Villepin crédible.
... Et encore, il y aurait au moins 10 ou 15 autres films à citer, car en fait, toute l’œuvre de Tavernier est intéressante à voir, chaque film apporte quelque chose. Président de l'institut lumière, il défend de toutes ses forces des valeurs humanistes et un cinéma dont il est l'héritier légitime, voire l'incarnation. Il va sans dire que c'est un de mes réalisateurs préférés.

Signalons le dernier numéro de Schnock, que l'on trouve en librairie, avec un gros dossier sur Philippe Noiret, dont une interview de Bertrand Tavernier. Que du bonheur.




La semaine prochaine : 1987

- Une église à éviter
- Les aventures de la baleine et de Guignol
- Nul n'échappe au diable
- Bonheur pour tous !

Et l'invité de le semaine