jeudi 21 janvier 2016

1981 : Mon âge d'or du cinéma commence

Duel au sommet :
Garde à vue

Ah quel duel ! Quel duo d'acteurs que ce Garde à vue !
La nuit de la Saint Sylvestre, l'inspecteur Gallien (Lino Ventura) interroge un notable de la ville, Maître Martineau (Michel Serrault), à propos du meurtre d'une fillette, tuée puis violée, quelques semaines plus tôt (ainsi qu'une autre tuée quelques semaines avant). Le policier est obligé de prendre des pincettes car le suspect n'est pas n'importe qui, mais va tout faire pour faire avouer le notaire. Vont s'en suivre de superbes passes d'armes verbales.
Ce film de Claude Miller est devenu un classique du cinéma français (il y a eu un remake américain bien moins réussi) en grande partie grâce à ses deux acteurs, auxquels il faut ajouter Guy Marchand en assistant ambitieux et Romy Schneider dans le rôle trouble de la femme de Martineau. Mais leur maestria tient surtout à leurs dialogues. Ceux-ci, signés Jacques Audiard, sont d'une finesse rare. L'auteur, habitué des comédies aux dialogues tranchants, a laissé un peu de côté sa gouaille et son ironie habituelles pour des échanges subtils. Ils lui vaudront d'ailleurs le seul oscar de sa carrière.
Le scénario, le monteur, Serrault et Guy Marchand seront récompensés pour ce gros succès qui marquera véritablement le début de la carrière de Claude Miller.




Le guerrier de la route :
Mad Max 2

Quand Mad Max 2 est sorti, je n'avais pas encore vu le 1, qui était interdit aux moins de 18, puis de 16 ans (ça ferait rire les jeunes d'aujourd'hui). Cet opus était donc un peu une légende entourée de mystère et lorsque le 2 arriva, je me précipitais (je vis le premier en 84). La mise en scène, les personnages, les couleurs, les acteurs (Mel Gibson en tête), même le scénario, tout ce film était une sorte d'opéra sauvage qui avait tout pour me séduire d'autant que c'était une thématique post apocalyptique, un de mes genres de prédilection. Il y avait du Leone dans ce long métrage.
J'ai adoré ce film désespéré et à la fois optimiste, plein d'action sans pour autant sacrifier aux sentiments et aux personnages fouillés. C'est l'un des films que je revois le plus souvent et que je préfère nettement aux opus 1 et 3.
Longtemps j'ai cru que la musique était signé du guitariste de Queen, Brian May, alors qu'en réalité, il s'agit d'un homonyme australien.
C'est par Mad Max 2 également que j'ai découvert l'horreur du 'pan & scan'. En effet, à l'époque où nos télés étaient de format 'carré', quand un film tourné en cinémascope était programmé, les bandes noires étaient retirées et de fait, l'image rognée d'un bon tiers, réparti sur les deux côtés. Résultat, on avait un film qui perdait nettement en impact. Pire, quand un plan prévoyait qu'un personnage situé à droite de l'écran se déplace à gauche en traversant sans que la caméra bouge, on rajoutait un traveling pour suivre le personnage. On changeait sans vergogne la mise en scène de George Miller ! J'ai vu l'arrivée des grands écrans 16/9ème avec bienveillance.




Maintenant l'apocalypse :
Malevil

Ceux qui se disent que le 'post-apocalyptique' est un sous-genre doivent savoir que c'est un thème qui a été abordé par de très grands écrivains tels Barjavel ou Robert Merle. C'est de ce dernier que je vais parler puisqu'en 1981, son roman Malevil est adapté au cinéma par Christian de Chalonge (L'argent des autres, Docteur Petiot, quelques très bons épisodes de Maigret avec Cremer, etc.). Le réalisateur, au style et aux manies si caractéristiques (il y a toujours des animaux et des pannes de courant dans ses films) signe une excellente adaptation même si elle s'éloigne du film, particulièrement sur la fin. Ce choix vaudra au réalisateur les foudres de l'auteur (dont le livre Week-end à Zuydcoote avait été adapté par Melville, voir avant 1966) qui refuse de voir son nom au générique. Il est très rare, de toute façon, qu'un auteur soit satisfait de l'adaptation de ses œuvres.
Le maire d'un village, quelques notables, un simple d'esprit et une vieille femme tentent de survivre après une guerre atomique à laquelle ils ont échappé cachés dans une cave.Le film aborde de manière réaliste les problèmes posées justement par la survie, mais également le communautarisme, l'arrivisme, l'individualisme, la sexualité, etc. Si les personnages et leurs rapports les uns envers les autres sont moins fouillés que dans le livre, le casting est vraiment impressionnant : Serrault, Dutronc et Villeret vont finir par faire face à Trintignant !
Malevil, très réaliste, bénéficie d'une ambiance excellente et doit se regarder comme une œuvre librement inspiré du roman. Et si le film déjà vous séduit, je ne peux que vous recommander le roman, qui aborde de manière bien plus importante la religion et la place de la femme dans la nouvelle société...




Anal Nathrach, udhras beothadh, dochioll dian fe :
Excalibur

Qu'est ce qu'elles ont pu nous faire rire ces armures rutilantes en bon fer blanc ! Et pourtant force est de constater que le Excalibur de John Boorman reste encore à ce jour le meilleur film sur la légende du Roi Arthur et qu'il a particulièrement bien résisté au temps qui passe. Sa réussite tient sans doute à une mise en scène étrange où le réalisateur assume parfaitement le côté onirique de son film et son parti-pris 'féérique'. Tout a été tourné en Irlande, avec des emplois locaux et en décors naturels (y compris dans des châteaux du coin). Si le roi Arthur et Merlin ne connaitront pas de grosses carrières, ce ne sera pas le cas des seconds rôles dont certains deviendront des vedettes reconnues : Helen Mirren (2010, The Queen, Rachel Singer), Gabriel Byrne (Usual Suspect, Miller's crossing), Patrick Stewart (Dune, Star Trek, X-Men) ou Lliam Neeson (Liste de Schindler, Michael Collins).
Pour la bande originale, Boorman a fait appel à Trevor Jones qui a lui-même incorporé de nombreux morceaux classiques, en particulier du Carl off et du Wagner. C'est d'ailleurs par ce film que j'en suis venu à écouter du Wagner, moi qui suis assez hermétique à l'opéra (les puristes me diront que c'est normal, Wagner c'est pas du vrai opéra).
Le scénario, la symbolique et au final toute l'atmosphère du film font toujours de Excalibur un conte pour les grands, lyrique et merveilleux.




Une alliance pour une arche :
Les aventuriers de l'arche perdue

J'ai vu Les aventuriers de l'arche perdue en 1984, puisqu'il était à nouveau sur les écrans au moment de la sortie de Indiana Jones et le temple maudit. Et autant j'ai peu apprécié le second, autant j'ai été séduit par le premier. S'inspirant de L'homme de Rio (oui oui, le film de De Broca avec Bébel) et des aventures de Tintin, la mise en scène de Spielberg est emportée, dynamique, nerveuse. Mais plutôt que d'être un simple divertissement de consommation, il remet au goût du jour les romans à '4 sous' et les pulps. Il y a de l'aventure, de l'exploration, de l'action, de superbes paysages, de l'humour, etc.
Si je ne suis pas un grand fan de la filmographie de Sielberg qui, pour moi, a trop souvent glissé dans le mièvre ou le populaire (au mauvais sens du terme), difficile de contester son sens de la mise en scène et sa maîtrise technique. De ce fait, Les aventuriers de l'arche perdue est un petit chef d’œuvre du cinéma.
Harrison Ford lui, va atteindre le statut de star mondiale en enchaînant 3 films entre 1980 et 1982 qui seront des films cultes : L'Empire contre attaque, Les aventuriers de l'arche perdue, et Blade runner. Je ne pense pas qu'un acteur peut se targuer d'avoir eu autant de flair... ou de chance !





Un retraité trop tranquille :
Le choix des armes

Après Police Python 357 et Série Noire (ainsi que La menace, que j'ai moins aimé), Alain Corneau continue dans le polar avec Le choix des armes. Noël, un ancien caïd à la retraite, vit tranquillement dans une grande propriété avec sa femme, interprétée par Catherine Deneuve. Un de ses ex complices vient chercher refuge chez lui après une évasion qui a mal tourné, il est gravement blessé. Avec lui, Mickey, jeune loubard un peu foufou qui va venir bouleverser, tragiquement, le monde tranquille de Montand.
Le choix des armes est un super polar, tragique et touchant. Il est servi par une partition extraordinaire de Philippe Sarde (Vincent, François Paul et les autres ; Les choses de la vie et des centaines d'autres), jouée au violoncelle à la manière d'une contrebasse, sans archet.
Côté acteur, Montand est parfait en héros fatigué, Depardieu en malfrat des banlieues dépassé par les événements, Deneuve en femme idéale, Galabru en commissaire proche de la retraite (On retrouve le personnage presque identique dans Subway), Lanvin en jeune policier ambitieux et Anconina en petit trafiquant de cité.
Le choix des armes est un fleuron du polar noir à la française, sur un scénario original de l'écrivain Michel Grisolia, parfaitement retranscrit par la sensibilité de cet excellent réalisateur.





Le temps de colonies :
Coup de torchon

Jim Thompson avait inspiré Alain Corneau pour Série noire, un autre réalisateur français va adapter l'une de ses oeuvres, Bertrand Tavernier. Le réalisateur déplace l'histoire du Texas aux colonies d'Afrique occidentale française et remplace le shérif par un policier colonial.
Considéré comme un lâche un peu simplet, il est le souffre douleur de nombre de personnes et la risée de tous les colons, de sa femme à ses supérieurs hiérarchiques. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort, et la vengeance que prépare le fonctionnaire est diabolique !
Pour filmer cet excellent polar, assez drôle également, Tavernier fait appel à son acteur fétiche, Philippe Noiret (9 films ensemble), vraiment parfait dans ce rôle. A côté de lui, un casting particulièrement réussi, avec des acteurs qui collent parfaitement à leurs personnages : Isabelle Hupert en maîtresse ambitieuse, Jean-Pierre Marielle et Gérard Hernandez en colons caricaturaux, Guy Marchand en chef de police beauf à souhait, Stéphane Audran en épouse autoritaire et humiliante et enfin Eddy Mitchell en "frère"concon !
Jubilatoire et terrible, Coup de Torchon se regarde comme on boit du petit lait, avec jubilation, tant bien même la vengeance de Noiret est vraiment atroce...





L'invité de la semaine :
Klaus kinski

Quelle est la différence entre la beauté et le charisme ? Si certaines acteurs ont la chance de bénéficier des deux, il en est d'autres qui ne sont que beaux, comme Tom Cruise, ou que charismatique comme Kinski. Car même s'il a engendré l'une des plus belles actrices du monde (justement parce qu'elle avait du charisme de son père et la beauté de sa mère), Kinski est 'moche', selon nos critères de beauté. Par contre, impossible de ne pas le remarquer, de ne pas se retourner sur lui car il a une présence colossal. Acteur prodigieux, vivant totalement ses personnages, les anecdotes sont légions à son sujet.


Ego surdimensionné, artiste à fleur de peau, connu pour ses colères ravageuses et son caractère incontrôlable, Kinski a surtout fait des séries B, attiré par les cachets et les tournages pas trop longs. C'est finalement ses 5 films avec son compatriote allemand Werner Herzog qui vont le porter au firmament des stars : Aguirre (voir 1972), Nosferatu, Woyzeck, Fitzcarralo et Cobra Verde.
Mais même dans des films de série B tel Le grand silence, ou plus classiques comme Mort d'un pourri, Kinski éclabousse de son magnétisme. A l'instar d'un Rutger Hauer (bien plus fréquentable que notre invité) on regarde certains de ses films, véritables nanars hors catégorie pour le simple plaisir de voir sa prestation. Kinski parlait parfaitement l'anglais et le français en plus de sa langue natale, l'allemand.
L'acteur a refusé de jouer pour Spielberg ou Kurosawa, préférant les giallos italiens et les films érotiques ! Un acteur extraordinaire dont l'aura, toutefois, est terni par ses penchants sexuels, tournés vers les très jeunes filles, au point qu'il abusa de sa propre fille dès ses 5 ans...
Même s'il ne faut pas occulter la part sombre du personnage, impossible de ne pas reconnaitre l'aura d'un acteur unique.
Werner Herzog a fait de sa relation incroyable avec Klaus Kinski un excellent documentaire nommé Ennemis Intimes, avec des images de leurs tournages, extrêmes dans tous les sens du terme.



La semaine prochaine : 1982

- J'ai vu tant de choses...
- Hymne à l'heroic fantasy
- Une histoire de briques
- Venue d'un autre monde...
- Le maître du mystère adapte Simenon !
- Maintenant, vous êtes libre...

Et l'invité de la semaine !