Au jour dit, inexorablement :
Le cercle rouge
Melville aura profondément marqué, selon moi, le cinéma. Pas tant en devenant un modèle pour ses successeurs, mais surtout parce qu'il a livré, successivement, des films majeurs. Le dernier est Le cercle rouge (il y aura encore Un flic, avant sa mort, mais qui n'est pas à la hauteur des précédents). Ce film, aujourd'hui, ne pourrait sans doute pas sortir car il est hypnotique et lent, alors qu'on privilégie, dans le cinéma contemporain, les montages nerveux où les séquences de quelques secondes s'enchaînent. C'est d'abord un film d'acteurs : Montand dans le rôle d'un ancien flic tireur d'élite mais alcoolique, Delon dans celui d'un éternel braqueur ambitieux, Gian Maria Volonte en mafieux pragmatique, et Bourvil dans l'un de ses seuls rôles dramatiques, en commissaire pugnace. On retrouve aussi des seconds rôles fidèles à Melville, Paul Crauchet ou François Perrier.L'histoire quand à elle, est encore une spirale vers la mort, on s'en doute dès le début avec la citation évocatrice de Râmakrishna, expliquant que quoi qu'on fasse, si c'est notre destin, on ne peut y échapper. Le scénario du Cercle rouge n'est, au final, que le récit d'un cambriolage et le destin des braqueurs. C'est la mise en scène, du jeu d'acteurs à la réalisation, qui en font une œuvre hypnotique, majeure.
J'ai choisi un extrait mettant justement en scène Bourvil, alors qu'il est interrogé par l'inspection générale des services parce qu'il a laissé échappé le prisonnier qu'il convoyait. Le 'tous coupables' reviendra également à la fin du film...
Tueur en série :
Le boucher
Moins d'un an après Que la bête meure, dont j'ai parlé la semaine dernière, Chabrol refait appel à Jean Yanne pour son film suivant, Le boucher. Comme il le fera en 72, nous y reviendrons, l'acteur démontre ses qualités. Autant il était excessif et exubérant dans le premier, autant il joue tout en mesure et en pondération dans Le boucher. Comme à son habitude, l'oeuvre de Chabrol se déroule en province. Une directrice d'école, Stéphane Audran, fait la connaissance de Popaul , le boucher du village, interprété par Jean Yanne. Une relation, amicale, nait entre les deux personnes alors que la région est terrifiée par le meurtre d'une jeune femme. Petit à petit le doute s'installe chez Hélène, celui qu'elle amène même à fréquenter l'école, est-il le tueur ?Les personnages sont, comme souvent chez Chabrol, criant de vérité et de simplicité. C'est l'un des premiers films qui s'intéresse aux mécanismes psychologiques du tueur en série. Mais surtout, il vaut pour la prestation magistrale de Jean Yanne, tour à tour sympathique, simple, terrifiant et pitoyable.
Clip de la sécurité routière :
Les choses de la vie
Il est vrai que j'aime beaucoup le cinéma français et parmi mes réalisateurs préférés, une bonne moitié est française. Claude Sautet est de ceux-là. Dans Les choses de la vie Michel Piccoli joue un quadragénaire qui, sur la route, alors qu'il a décidé de poster une lettre qui va faire basculer sa vie sentimentale, est victime d'un accident (on peut voir tous les progrès réalisés en la matière depuis, en terme de sécurité sur la route !) qui le plonge dans le coma. Ensuite, Pierre (le personnage) va revoir les moments importants de sa vie et a également se rendre compte de l'importance de petites choses qui, finalement, font le bonheur quand on y est attentif. Si le narrateur, avec la sublime voix de Piccoli, n'est pas conscient qu'il est en train de mourir, ce n'est pas le cas du spectateur qui se rend bien compte que plus ça va, plus les scènes qu'il voit sont oniriques, fantasmagoriques...Le casting féminin, les deux femmes entre lesquelles il hésite sont interprétées par deux très belles actrices, Romy Schneider (qui jouera dans la plupart des films de Sautet) et Léa Massari. Avec cette première comédie dramatique, même si elle est plus proche du drame, Sautet entamait son décryptage de l'âme humaine, qu'il continuera ensuite, avec maestria, j'y reviendrai...
La BO est signée Philippe Sarde, un compositeur dont on reparlera.
Les choses de la vie 1970 door le-pere-de-colombe
L'invité de la semaine :
Henri Verneuil
Henri Verneuil est sans doute le plus américain des réalisateurs français de cette période du cinéma. Sa consécration, il l'obtient en 1959 avec un chef d'oeuvre (ben oui mais j'avais pas assez de place sur ma page avant 66), La vache et le prisonnier, mettant en scène Fernandel (qui joua nombre de ses autres succès comme La table aux crevés ou Le mouton à 5 pattes). Succès mondial, cela lui vaut d'être contacté par la MGM et de signer des films d'ambitions internationales. Et les succès, il va les enchainer : Le président, Un singe en hiver, Mélodie en sous-sol, Cent mille dollars au soleil, Week-end à Zuydcoote, La 25ème heure, La bataille de San Sebastian (ces deux derniers avec Anthony Quinn), Le clan des siciliens, Le casse, Peur sur la ville, Le serpent, I comme Icare, etc. Je ne peux même pas tous les citer.Je ne pense pas que l'on puisse, aujourd'hui, retrouver un réalisateur qui a su ou qui sait, enchainer ainsi les succès populaire, même un Francis Veber en est loin. La grande force des films de Verneuil, c'est que s'ils n'ambitionnaient pas d'être des films d'auteurs, des films références ou des films inoubliables, ils se voulaient être de bons divertissements. Et l'objectif est parfaitement rempli car, contrairement à de nombreuses œuvres visant le même but, même des années plus tard, ils sont toujours aussi agréable à visionner.
La semaine prochaine :
- La première Cougar ?- Mèche courte
- Au-delà de la haine.
Et l'invité de la semaine !

