mardi 1 décembre 2015

1974 : Tous en subtilité... ou presque

Crises de la quarantaine :
Vincent, François, Paul et les autres

C'est avec Vincent, François, Paul et les autres que j'ai découvert l'univers de Claude Sautet. Pourquoi ce film racontant la vie de quarantenaires m'a tant touché alors que je devais en avoir 20 ? Il y a sans doute d'abord les acteurs : Montand en colosse aux pieds d'argile, Reggiani en écrivain en mal d'inspiration, Piccoli dont la réussite sociale masque mal les ruines de sa vie personnelle, Depardieu en jeune volontaire qui n'a pas encore pris son envol, et puis les autres, Stéphane Audran en ex qui a tourné la page sans aigreur, Marie Dubois à la recherche de son équilibre, Umberto Orsini, Catherine Allégret, etc. Tous ont le ton juste, on les sent naturels, ça sonne vrai.
Il y a également la 'ritournelle' signée par Philippe Sarde, talentueux compositeur dont la musique, mélancolique, reste dans la tête.
Il y a une histoire d'amitiés, finalement une saga qui dure pourtant moins de deux heures, ces moments d'émotions, ces moments drôles, ces joies et ses peines.
Enfin il y a la direction d'acteurs, forcément magnifique et les dialogues, fins et justes, comme vous pourrez le voir dans l'extrait choisi. Vous pourrez y admirer la mise en scène, les regards, les silences, les attitudes, la gêne sur les visages, la virtuosité des acteurs, et la profondeur des dialogues, finalement encore largement d'actualité. La crise de Piccoli couve, son explosion est incroyable et la dernière phrase de François (Piccoli) à Paul (Reggiani) qui lui dit 'je sais pas quoi te dire', est d'une lucidité terrible.
Bref, je sais ça parait débile, mais je pourrais revoir ce film en boucle et continuer à avoir ma petite larme à la fin du film...



Au royaume du borgne, Bebel est roi ! :
Peur sur la ville

On ne peut pas dire que la filmographie de Jean-Paul Belmondo soit rempli de ce qu'on définit comme des chefs d'oeuvres. Mais Bébel a toujours assumé faire du cinéma populaire (même si cette vision est très réductrice de sa carrière). La plupart des Belmondo sont au minimum sympathiques à regarder (un peu comme les films de Verneuil) alors il m'en fallait un ! En plus j'ai triché puisque Peur sur la ville est tourné en 74 mais ne sortira qu'en avril 75. Mais comme mon actualité de 74 était légère, j'en ai profité.
Peur sur la ville c'est la conjugaison de talents au service du divertissement : Henri Verneuil, le réalisateur ; Belmondo et Denner, les rôles principaux ; Ennio Morricone, le compositeur ;  Rémi Julienne pour les cascades en auto, etc.
Et justement, dans ce film on a du suspens, un scénario policier, des cascades réalisées par Bébel au sommet de sa forme, une musique entêtante et flippante et un super grand méchant dont l'acteur, italien, n'est connu en France pratiquement que pour ce rôle.
Bref, ça mange pas de pain, ça se regarde sans faim, et c'est franchement très divertissant.
Un petit extrait avec un Bébél cabotin, malin et humain ! Bébel en somme.



 

Un père et son fils :
L'horloger de Saint Paul

L'horloger de Saint Paul est le premier film de Bertrand Tavernier, réalisateur lyonnais qui va devenir une figure incontournable du cinéma français et également l'un de mes réalisateurs fétiches.
L'horloger de Saint Paul m'a forcément touché. Tout d'abord parce qu'il est tiré de Simenon, même si Tavernier a déplacé l'action à Lyon (où le magasin existe toujours d'ailleurs) plutôt qu'à Everton aux USA. Ensuite parce que le duo d'acteurs principaux, Noiret (qui jouera 9 fois pour ce réalisateur) et Rochefort, sont magnifiques de sobriété et de sincérité. Enfin par son histoire.
Un matin, Michel Descombes, horloger qui élève seul son fils, voit deux policiers venir chez lui qui lui demande de les suivre. Ils l'emmènent en dehors de Lyon, près de sa fourgonnette abandonnée où un commissaire de police (Jean Rochefort) lui annonce que son fils a tué un homme. A partir de ce moment, Noiret va découvrir qu'il ne connait finalement pas son fils et que ce dernier lui cachait de nombreuses choses. D'abord habité par le doute et ne comprenant pas les motivations de ce crime, quoi qu'il en soit on ne renie pas sa chair. Il finira par affirmer haut et fort sa solidarité avec son fils. La dernière scène, au parloir, est justement très touchante quand une discussion anodine nous fait ressentir cette complicité réapprise entre le père et son fils.
Bon, Tavernier, en passant, en profite pour dépeindre une France politique des années Pompidou qu'il ne porte pas dans son coeur !





L'invité de la semaine :
Michel Magne

J'ai fixé à 3 le nombre de compositeurs dont je parlerai durant cette année. De ceux dont j'écoute régulièrement les BO (j'entends par là les disques complets). Aujourd'hui j'ai décidé de mettre en avant l'un des moins connus, Michel Magne. Pourtant, vous connaissez bien entendu ses musiques, ne serait-ce que la petite ritournelle au banjo des Tontons flingueurs !
Né en 1930, ce musicien accompli qui accompagnait Henri Salvador, a signé quelque 73 BO. Il a bossé pour Verneuil, Vadim, Lautner, Hossein, Yanne, etc.
Il est le compositeur de musiques de films très populaires, comme les Angélique, Fantômas, les OSS 117, etc.
Visionnaire, il fait l'acquisition du château d'Herouville en 1962. Hélas, en 69 une partie du bâtiment brûle, emportant de nombreux enregistrements originaux. Loin de se démonter, il transforme le château en studio d'enregistrement dans lequel défileront des musiciens du monde entier : Pink Floyd, Grateful Dead, Polnareff, Nougaro, Rainbow, Elton John, Bowie, Iggy Pop, Magma, Fleetwood Mac, Trust, etc.
Ce rêve durera un certain nombre d'années et le studio sera très réputé. Hélas, en 1972, désireux de reprendre son métier de compositeur, il cède la gestion des studios.. mal lui en prend. Quelques années plus tard, en 1984, acculé par les créanciers, il se donnera la mort.
Le magazine Schnock, dans son numéro 2 consacré à Jean Yanne, a publié un article sur la collaboration entre Magne et Yanne.
Je vous propose d'écouter le superbe requiem (un vrai hein !) composé par Michel Magne pour le film de Robert Hossein, Les Misérables....  Hélas, je n'ai pas pu le mettre en entier, par égard aux personnes ne disposant pas de grosse connexion.



La semaine prochaine : 1975

- Jo-na-than ! Jo-na-than ! Jo-na-than !
- Hymne à la nature
- Partie de chasse
- Une épopée irlandaise

Et l'invité de la semaine !