mercredi 17 août 2016

1989 : moments de solitude

Compter les morts  :
La vie et rien d'autre

J'ai déjà cité mon admiration pour le réalisateur Bertrand Tavernier qui avait été mon invité de la semaine sur l'année 86 (avec justement une photo du film que je met en lumière). En cette année 1989, des affiches fleurissent dans Paris, montrant Noiret en uniforme de la guerre 14, le visage ensanglanté, avec ce slogan : Un monument !
Le commandant Delaplane est chargé, en 1920, du recensement et de l'identification des disparus de la guerre : cadavres, amnésiques, etc. Ses quartiers sont installés à la sortie d'un tunnel ferroviaire qui s'est écroulé sur un train transportant des soldats. Au cours de son travail, il va croiser deux femmes, très différentes, chacune à la recherche de l'homme de leur vie.
Tavernier décide ici de traiter des disparus de la première guerre mondiale, au nombre de 350000 !  Pour traiter de ce difficile sujet, il contacte Jean Cosmos qui avait déjà travaillé sur ce thème. La reconstitution orchestrée par Tavernier est étonnante, à tel point que certains éléments, comme la reconnaissance des objets pour tenter d'identifier des disparus, que les deux auteurs ne connaissaient pas, se déroulait effectivement ainsi.
Philippe Noiret joue une de ses meilleures compositions dramatiques, offerte par l'un de ses réalisateurs fétiches. Tavernier offre également, après Un dimanche à la campagne, un rôle extraordinaire à Sabine Azéma, qui va assoir définitivement son aura de grande actrice. On citera aussi de très nombreux seconds rôles, tous plus pertinents les uns que les autres dont Pascale Vignale et Michel Duchaussoy.
Le film est terrible, le personnage de Noiret habité par son éthique et rongé par la tentative des autorités de minimiser le carnage. Choisir UN soldat inconnu, c'est se focaliser sur un seul en oubliant les centaines de milliers d'autres...





Ne jamais oublier Feelings :
Susie and the Baker boys

La comédie romantique n'est pas ma tasse de thé. Tout juste un tel film me fait passer un moment sympathique, avant de rejoindre le lot des films ne me laissant pas de souvenirs. Mais Susie and the Baker boys, de Steven Kloves (qui n'a fait qu'un autre film mais a été le scénariste de 6 des films Harry Potter) est l'une des exceptions qui confirme la règle.
Le scénario n'est pas compliqué. On suit deux frères, pianistes, qui gagnent leur vie en faisant des petites salles, avec un numéro bien rôdé et routinier. Mais les contrats se font rares et l'ainé décide de recruter une chanteuse. Celle-ci va permettre aux frères de retrouver plus de succès, mais elle va également déséquilibrer le duo...
Pour jouer les deux frères, ce sont deux vrais frères qui ont été choisis, l'excellent Jeff Bridges et son frère Beau Bridges. Les deux sont parfaits dans leur rôle, l'aîné dans son souci de 'sécurité' vis à vis de sa famille, le cadet qui joue mécaniquement, étouffant en lui l'amour des clubs de jazz. Pour la chanteuse, c'est la magnifique Michelle Pfeiffer qui incarne à merveille cette artiste à la voix et au charme envoûtants, mais aux manières un peu brutes de décoffrage.
Les deux frères Bridges ont appris à jouer tous les morceaux du film et chantent réellement (ce n'est pas toujours le cas, par exemple dans West side story, les deux acteurs principaux sont doublés sur les chansons), tout comme Michelle Pfeiffer qui a du travailler sa voix 10 heures par jour !
Susie and the Baker boy est une comédie dramatique et romantique, le film est charmant, les personnages bien campés qui sonnent justes. Un film très rafraichissant, que je regarde toujours avec plaisir.





Ira, ira pas ? :
Force majeure

Je vous conseille de commencer par regarder l'extrait que je propose en dessous, et vous avez le sujet. Deux garçons ont, durant leurs vacances, consommé un peu de haschich qu'ils ont laissé à Hans, un copain néerlandais, en partant. Ce dernier, arrêté avait, de fait, une quantité trop importante de drogue, il a été condamné à mort. Seul solution pour le sauver, le rejoindre et partager une peine de prison...
Parmi les deux garçons, il y a Philippe, brillant étudiant en mathématiques, promis à un bel avenir et il y a Daniel, chômeur jeune papa zonant en banlieue. Que feriez-vous ? Seriez-vous prêt à mettre votre vie entre paranthèses pour sauver quelqu'un que vous connaissez à peine ?
C'est ce dilemme que Pierre Jolivet traite ici dans son film, de manière intelligente, juste et non manichéenne. Son casting est parfait, Bruel (que j'apprécie moyennement) joue ici parfaitement l'étudiant. Cluzet, de son côté, est parfait en zonard sans véritable avenir. A côté d'eux, l'excellent et regretté Alan Bates (non doublé) en avocat chargé du dossier par Amnistie internationale, ainsi que Kristin Scott Thomas, l'ex de Hans. Le frère du réalisateur, le comique Marc Jolivet, joue le rôle d'un journaliste local.
Force majeure est un film fort, avec une chute terrible, Pierre Jolivet, chantre du cinéma 'indépendant' et financé par subvention, posait une pierre majeure dans une filmographie riche et très intéressante.



Tristes fiançailles :
Mr Hire

Vous le savez sans doute, Georges Simenon est mon écrivain préféré, il sera forcément un invité de la semaine. De nombreux réalisateurs, tout autant admirateurs que moi, ont adapté des romans de Simenon qui a, finalement, une écriture très cinématographique mais malgré tout difficile à filmer, nous y reviendrons.
Patrice Leconte n'a en réalité pas choisi d'adapter un roman de Simenon, mais rêvait de faire un remake du film Panique, de son réalisateur fétiche, Julien Duvivier. Quand un producteur lui propose d'acheter les droits du roman, il se jette sur le projet.
Mr Hire raconte le destin d'un misanthrope, qui tombe amoureux de sa voisine d'en face, qu'il espionne. Dans le même temps, un meurtre a été commis et Mr Hire est suspecté par l'inspecteur.
Pour moi, Michel Blanc trouve là son meilleur rôle dramatique, en personnage à la fois antipathique et pathétique. Face à lui, une Sandrine Bonnaire vénéneuse et désirable.
Connu, à cette époque, surtout pour ses comédies, Leconte signe ici un drame policier, avec une teinte d'érotisme et des personnages magnifiques, comme Simenon savait les raconter. La partition de Brahms, qui accompagne les scènes de désirs de Mr Hire pour Alice, ajoute à l'étouffante atmosphère. C'est une trouvaille de la monteuse, si bien que les plans du tourne-disque ont été ajoutés au montage !





L'invité de la semaine :
Michael Cimino

J'avais parlé de ce réalisateur à 3 occasions. Son décès, survenu tout récemment, me donne envie de lui rendre hommage.
A ses débuts, il signe le scénario de l'excellent film de science fiction écologique Silent running (réalisé par le responsable des effets spéciaux de 2001), puis d'un Inspecteur Harry, Magnum Force. Il est alors engagé par Clint Eastwood pour réaliser le très bon Le canardeur, avec également Jeff Bridges. Cimino a 39 ans quand  sort Voyage au bout de l'enfer, premier film sur le traumatisme de la guerre (et pas seulement celle du Vietnam), ce film, extraordinaire (voire 1978), récompensé aux oscars, lui permet de réaliser La porte du paradis, un film d'une grande ambition. Je vous renvoie à 1980 pour le destin de ce film.
Devenu réalisateur maudit, il ne tournera plus que 4 films :
- L'année du dragon, je vous renvoie à 1985
- Le Sicilien, avec Christophe Lambert qui était encore un acteur crédible et l'excellent John Turturo en 1987
- La maison des otages, remake moyen avec un très bon casting en 1990
- Sunchaser, enfin, en 1996.
Ces deux derniers films seront des échecs commerciaux. Cimino ne tournera plus.
En 2012, la version remasterisée de L'année du dragon entame la réhabilitation du réalisateur. Aujourd'hui, Voyage au bout de l'enfer et La porte du paradis sont considérés comme deux films majeures de l'histoire du cinéma.
Cimino a également lancé la carrière de plusieurs acteurs, et pas des moindres : Jeff Bridges, Christopher Walken, Mickey Rourke ou Meryl Streep.





La prochaine fois : 1990

- Un roi à New York
- Le club des mafieux
- Jean Rochefort danseur oriental

L'invité de le semaine et le film ovni

dimanche 31 juillet 2016

1988 : des formes de violence

Un peck me menace avec un gland  :
Willow

Willow marque, selon moi, un tournant dans les films d'inspiration 'médiéval fantastique'. En effet, jusque là, on s'inspirait des oeuvres de Howard (Conan, Kalidor) ou revisitaient tout simplement les péplums à la Hercule. Avec Willow, signé de Ron Howard, excellent réalisateur 'hollywoodien' (comme quoi c'est possible), on tourne une page. On a l'impression que les jeux de rôles sont passés par là. Imaginé par Georges Lucas, qui connait très bien ces loisirs (rappelons que dans la scène d'ouverture de ET, on voit le petit Elliot jouer à D&D), je pense qu'on a ici le premier film de fantasy 'moderne'. Une prophétie, une bande d'aventuriers proches de anti-héros et une histoire purement 'Sword & Fantasy' façon Jack Vance. Niveau acteurs, on retrouve le nain WarWick Davis, qui avait débuté sur Le retour du Jedi, dans le rôle d'un Ewok. Il a également joué dans de nombreux films, y compris dans les Harry Potter, et n'a finalement été détrôné de son titre de 'nain le plus célèbre', que tout récemment par Peter Dinklage, le Tyrion de Game of thrones.
De son côté, Val Kilmer trouvait là l'un des rôles les plus importants de sa jeune carrière. Il connaitra ensuite une trajectoire en dents de scie, marquée par deux grands rôles, Heat et The Doors.
Willow, même s'il n'a pas le statut de grand film, reste culte aux yeux de tous les 'geeks' et ravit toujours autant les enfants. On y voit les prémices de ce que sera Le seigneur des Anneaux.



Chronique de banlieue :
De bruit et de fureur

Cinq ans après Rue barbare, qui décrivait la violence des banlieues sur fond de western, Jean-Claude Brisseau, réalisateur dérangeant, met sa pierre à l'édifice avec De bruit et de fureur. On y suit Bruno, jeune ado en échec scolaire. Suite à la mort de sa grand-mère, il va habiter chez sa mère, à Bagnolet. Cette dernière, absente à cause de son travail, ne va pas aider le jeune garçon à sortir de ses soucis. En fréquentant le collège, il fait la rencontre de son 'opposé' en la personne de Jean-Roger, un ado très turbulent et violent, magnifiquement interprété par François Négret.
Brisseau nous promène en permanence entre le monde très onirique et doux de Bruno, que l'institutrice prend son son aile, et le monde sombre et violent de son ami.
On croise toute une galerie de personnages tous plus 'atteints' les uns que les autres, la palme revenant à Bruno Cremer en père de famille autoritaire qui tire au fusil dans le couloir de son HLM.
L'espoir tentera durant une grande partie du film d'amener vers une conclusion positive, mais ce n'est pas le propos du réalisateur. Après avoir fait violer la petite amie de son frère, une descente aux enfers va commencer. Jean-Roger finira en prison, Bruno se suicidera...
C'est un film noir, très noir, et violent. Une vision sans concession de ce que fut aussi la banlieue, avant que les médias ne viennent y chercher le sensationnalisme. Brisseau signera l'année suivante son plus gros succès, Noce blanche, avec le même Cremer et Vanessa Paradis.






En noirs et blancs :
Mississippi burning

Alan Parker a une filmographie que beaucoup de réalisateurs lui envie : Bugsy Malone, Midnight Express, Birdy, The Wall (voir 1982), Angel Earth (voir 1987), The Commitments, Les cendres d'Angela, etc. En 1989, il se saisit d'un sujet difficile, la disparition de 3 militants des droits civiques en 1964 dans une bourgade du Mississippi et en fait un film marquant, Mississippi burning.
Terrible, haletant, tourné à mi chemin entre le documentaire et le thriller, il est réglé comme du papier à musique.
Il y a tout d'abord l'histoire, très poignante, prenante, avec ses rebondissements. Il y a la musique très prenante de Trevor Jones et les morceaux de gospel. Il y a les décors (qui n'avaient guère changé en 25 ans) qui vous plongent dans l'Amérique 'profonde' du sud. Il y a les locaux, victimes silencieuses ou membres évidents d'une sorte de conspiration naturelle et ancestrale. Il a les seconds rôles, géniaux, comme ce shérif joué par Brad Dourif ou sa femme, incarnée par Frances McDormand. Et puis bien sur, il y a les deux rôles principaux, interprétés par Gene Hackman et William Dafoe.
Le premier, vieux flic originaire du sud, se fond parfaitement dans le cadre mais possède des convictions profondes opposées à celles de la majorité des habitants du cru. Adepte des vieilles méthodes et de l'efficacité, il a du mal avec les méthodes trop 'propres' et 'officielles' du FBI nouvelle génération.
Le second est un Kennedy boy, un enquêteur du FBI plein de convictions et de principes héritées de sa formation. Il débarque comme un chien dans un jeu de quilles, bravant les tabous locaux et ne voulant aucune compromission. Autorisé à utiliser tous les moyens qu'il désire, il se casse les dents sur l'omerta régnante.
Si leurs méthodes et analyses différent, les deux enquêteurs ont un objectif commun, trouver les corps et attraper les coupables.
Le film tient en haleine jusqu'au bout et atteint ses objectifs de dénonciation de la bêtise humaine. Une œuvre qu'il ne serait pas inutile de revoir par les temps qui courent.



Frères de lait :
Chouans !

Chouans ! est une fresque romanesque, une sorte d'Autant en Emporte le vent français du pauvre. Des œuvres comme cela, on en fait plus. Il raconte le duel à mort entre deux anciens frères de lait pour l'amour d'une femme, sur fond de révoltes paysannes en Bretagne et Vendée.
Philippe de Broca (L'homme de Rio, Le magnifique, Tendre poulet, etc.) en profite pour dresser le portrait des protagonistes de l'époque, qu'ils soient nobles, républicains ou paysans. Le personnage principal est interprété par Philippe Noiret, égal à lui-même dans le rôle d'un 'homme de la renaissance' adepte de progrès et de science.
Côté royalistes, Stéphane Freiss, revenant d'Amérique, homme moderne et insouciant, qui ne se jettera dans le conflit que pour s'opposer à Tarquin, qui lui a 'volé' sa promise.
Côté Républicains, c'est Lambert Wilson qui incarne le Commissaire de la République tourmenté, prêt à sacrifier les opposants 'pour leur bien'. C'est dans ce film que j'ai vraiment découvert cet acteur, que je remarquerai également dans l'excellent El Dorado, de Carlos Saura (qui relate les mêmes événements que Aguirre), la même année.
Au centre de l'attention, Sophie Marceau, qui trouve là un rôle qui lui va comme un gant. Bien dirigée, elle commence dans l'innocence et l'insouciance avant de sombrer petit à petit dans le drame, entrainée par ses deux amours.
Et puis il y a de multiples et savoureux seconds rôles, Jean-Pierre Cassel, Charlotte de Turckheim et surtout Maxime Leroux, un acteur de second rôle que j'aimais beaucoup et qui joue ici un prêtre réfractaire et bien allumé.
La musique, signée Georges Delerue, accompagne parfaitement le romanesque du sujet. Au final, servi par de belles images, Chouans ! est un très bon divertissement, avec un casting impressionnant, dans un genre qui ne se fait plus guère.
L'extrait se situe lors du retour de Tarquin. On y découvre un Lambert Wilson exalté, convaincu... aveuglé... prêt à tout, persuadé d'être du bon côté.




L'invité de la semaine :
John Carpenter

Vous ne verrez sans doute jamais Sorcerer from outer space, l'un des courts métrages que John Carpenter réalisa lorsqu'il était ado, avec la caméra qui lui avait été offerte. Tout jeune déjà le teenager a choisi ses genres de prédilections : l'horreur, la sf et le western ! Tous ses films, ou presque, entreront dans ces trois genres !
Bien sur, Carpenter n'aura jamais l'aura d'un Welles, d'un Spielberg ou d'un Kubrick, ni forcément le talent. Pourtant il est sans doute l'un des cinéastes ayant le plus de films cultes à son actif : The thing, Prince des ténèbres, Jack Burton, Assault, New-York 1997, Halloween, L'antre de la folie et encore on pourrait en ajouter deux ou trois. Carpenter est donc un réalisateur de films de genre qui s'assument et que finalement, tout le monde copie (y compris Besson qui vient d'être condamné en seconde instance à 100000 euros d'amende pour plagiat de New York 1997).
Son père, prof de musique, lui a enseigné également cet art et Carpenter a signé la grande majorité de ses bandes originales, avec brio.
John Carpenter a oscillé entre cinéma indépendant et hollywoodien, selon les succès ou échecs de ses films. Cela s'est fait sentir puisqu'il a peu réalisé ces quinze dernières années (à part le très agréable The ward)
Je laisse la parole à l'excellent Blow-up de arte, qui avait consacré un numéro à l'un de mes réalisateurs fétiches, et qui se termine par un top 5 subjectif mais savoureux des musiques du réalisateur.


La prochaine fois : 1989

- Compter les morts
- Ne jamais oublier Feelings
- Ira ? Ira pas ?
- Tristes fiançailles

Et l'invité de le semaine

mercredi 30 mars 2016

1987 : On déstabilise

Une église à éviter  :
Prince des ténèbres

En 1987 je suis déjà un fervent séide de John Carpenter et c'est donc confiant que nous allons au cinéma, moi et Nicolas, mon frère de vie, pour aller voir son nouveau film, Prince des ténèbres. J'avoue que nous n'étions finalement pas à l'aise dans la salle, tant l’œuvre du réalisateur était oppressante, inquiétante.... flippante au final ! En sortant du cinéma, nous n'étions finalement pas fier d'avoir flippé en regardant un film alors qu'on avait 20 ans...
Dans Prince des ténèbres un prêtre contacte un scientifique car des phénomènes étranges se produisent dans une église. Le professeur et ses étudiants vont venir s'installer sur place pendant le week-end afin de procéder à des relevés. Cette église, ce n'est pas n'importe laquelle. Le prêtre qui en avait la charge est mort. On a retrouvé sur lui une clé qui ouvre un passage dans les fondations du bâtiment et dans ce sous-sol, un étrange cylindre dans lequel s'agite une substance verte... Petit à petit, les choses dérapent, les mouches et les vers s’agglutinent aux fenêtres, des clochards encerclent le lieu, des étudiants commencent à changer d'attitude, etc.
En tête du casting, le rôle du prêtre est assuré par Donald Pleasance, grand habitué des films du réalisateur (Halloween, New-York 1997), que l'on connait aussi pour ses rôles dans La grande évasion ou La nuit des généraux. En leader de l'équipe scientifique, un acteur sino-américain que Carpenter utilisa déjà dans Les aventures de Jack Burton (un acteur au parcours atypique), Victor Wong. Et puis, en guest star, le rockeur Alice Cooper, en messie des sdf qui encerclent l'église !
La musique, oppressante et pompier à souhait est signé par Carpenter lui-même, comme la plupart de ses BO.
Au final, comme la plupart des films du réalisateur, on a affaire à une excellent série B, très prenante et bien ficelée malgré son petit budget. Avec des petits effets, un peu à la Hitchcock (gros plans sur des insectes agités, sur des visages crispés, sur un soleil lumineux, etc.) il installe son atmosphère. Je vous recommande Prince des ténèbres !




Les aventures de Guignol et la baleine :
Full metal jacket

Full Metal Jacket a un statut particulier pour moi, car il fut le premier et d'ailleurs seul film de Kubrick que je pus voir à sa sortie. J'y allais avec mon compère habituel (voir ci-dessus) et ma compagne de l'époque et après la projection, nous nous sentions un peu bizarre (oui à l'époque on allait voir un film, on ne 'consommait' pas, si bien qu'on discutait du film dans les heures suivants sa projection alors qu'aujourd'hui on passe direct sur autre chose), un peu 'anesthésié'... Nous nous sommes alors, c'était notre sentiment, rendu compte du génie du réalisateur qui, dans la première moitié de son film, nous a conditionné comme ses soldats si bien que les horreurs de la seconde partie nous touchaient moins. Bien sur, cet effet ne fonctionne qu'à la première vision du film.
Arrivé bien après Apocalypse now ou Voyage au bout de l'enfer, le film de kubrick s'est immédiatement imposé comme un modèle du genre.
Effectivement composé de deux parties, il montre, dans la première, la machine d'endoctrinement de l'armée, tentant de transformer de simples ados en robots tueurs sans scrupules. Bien sur, Kubrick en profite pour souligner les dérapages que génère cette méthode, en suivant le parcours d'un soldat surnommé La baleine.
La seconde partie se déroule quelques mois après la première. Les troupes ne sont finalement pas aussi formatées, en tout cas, chacun y a ses spécificités, dont Guignol (Joker en anglais) qui devient 'reporter' pour le service des armées et dont on suit les déambulations avec une section de combat. Filmé comme un reportage, cette seconde partie se fixe d'abord sur les combattants eux-mêmes, finalement tous aussi crétins les uns que les autres dans leurs analyses politiques, leur besoin de gonfler leurs muscles et leur jugement. Quand ils se font tués, on retrouve de l'empathie car on se rappelle alors que ce sont des gamins.
Filmé avec virtuosité, avec un bande son choisie aux petits oignons et un casting parfait, Full Metal Jacket est un nouveau chef d’œuvre dans la filmographie de Kubrick, mais a-t-il fait autre chose ?
Je n'ai pas choisi d'extrait car ce film est un tout et le diviser, c'est vraiment réduire son impact. Il faut voir le film depuis le début et se laisser aspirer par le réalisateur pour vraiment comprendre où il veut nous mener. Je me contenterai donc d'une photo.




Nul n'échappe au diable :
Angel heart

Angel heart commence comme un polar noir. Il se déroule dans les années 50, à New-York (même s'il y a quelques incartades du côté de la Nouvelle Orléans), et met en scène un détective privé, Harry Angel, engagé par Mr Cyphres pour retrouver Johnny Favorite, un crooner disparu une dizaine d'années plus tôt, alors qu'il avait une dette envers ce client. Au fil de son enquête, le détective se rend compte que le disparu était très impliqué dans les croyances vaudou alors que des meurtres de plus en plus violents et fréquents parsèment la route de l'enquêteur...
Adapté d'un roman de William Hjortsberg, Angel heart démarre comme un polar classique puis glisse doucement vers le fantastique et l'horreur...
La mise en scène est signée Alan Parker, à qui l'on devait déjà The Wall ou Birdy. Des ventilateurs filmés en gros plans, des ascenseurs qui grincent, des images hachés, sont autant d'artifices pour imposer un climat très malsain.
Pour le casting, Mickey Rourke trouve là l'un de ses meilleurs rôles et son denier grand succès public avant longtemps (son film Homeboy, malgré la présence de Walken, ne trouvera pas sa cible et L'irlandais n'aura pas un succès phénoménal, et après... c'est une lente descente jusqu'à The wrestler), il est parfait en détective de seconde zone fragile. Le client est joué par Robert de Niro (pour moi aussi, c'est ici un de ses derniers grands rôles) qui a là un personnage très marquant. Autre second rôle intéressant et bien malsain, Charlotte Rampling, spécialiste des personnages 'borderline'.
Envoûtant, plein de surprises, Angel Heart est un voyage dont vous ne sortirez pas indemne.





Bonheur pour tous :
Masques

Figurer trois années de suite dans mon classement, il faut le faire ! Chabrol l'a réussi. Après Poiret deux années de suite, le réalisateur embauche un autre monstre sacré du cinéma français, Philippe Noiret. Chabrol fait du sympathique acteur un animateur de télé, et en profite pour égratigner la profession.
Christian Legagneur est le présentateur vedette de Bonheur pour tous, une émission bien mièvre , destinées au grand public, qui met en scène des personnes du troisième âge qui concourent pour gagner une croisière avec leur aimé(e) ! Le succès est au rendez-vous et Legagneur est ce qu'on appelle une vedette. Il est donc flatté de voir arriver un jeune biographe qui se propose de faire son portrait. Ce biographe, c'est Robin Renucci, et l'animateur l'emmène dans sa maison de campagne pendant une semaine puisque justement il n'y a pas d'émission la semaine suivante, pour cause de foot. Le biographe va alors faire la connaissance de toute l'étrange cours qui entoure la vedette. De notre côté, on va vite comprendre que le jeune homme est à la recherche de quelque chose...
Tout ça conduira à une dernière tirade exquise de Noiret, qu'hélas je ne vous montre pas sous peine de trop déflorer l'intrigue du film.
Dans les seconds rôles, on retrouve Bernadette Lafont, Anne Brochet ou encore Pierre Nougaro, père du chanteur (et lui-même baryton très talentueux). Masques n'est peut-être pas le meilleur film de Chabrol, mais Noiret lui donne une impressionnante dimension.






L'invité de la semaine :
Philippe Sarde

A 17 ans, Philippe Sarde réalise son premier court métrage et demande à Vladimir Cosma (compositeur du Grand blond, La boum, etc.) de l'aider à composer la musique. Cinq ans plus tard, il propose à Sautet de faire la musique de son film Les choses de la vie. Écrite en un mois pour 70 musiciens, c'est un coup d'essai qui devient un coup de maître. Philippe choisit sa voie et sera compositeur.
Perfectionniste, il travaille avec de très grands musiciens tout en étant très exigeant sur leurs performances (Stan Getz, Chet Baker, etc.). Très fidèle, il aime à travailler avec les mêmes réalisateurs : Tavernier, Téchiné, Lautner ou, bien sur, Sautet. Mais d'autres ont fait appel à lui comme Polanski, Costa Gavras, Corneau, etc.
Philippe Sarde, contrairement à Jarre ou Delerue, n'a pas eu de grande carrière aux USA. Pourtant, les portes de Hollywood lui sont ouvertes quand il est nominé pour Tess, de Polanski, mais fidèle à ses principes et à son perfectionnisme, ses collaborations outre Atlantique seront sporadiques.
Aujourd'hui, Philippe Sarde a ralenti la cadence, un peu déçu par le cinéma, il ne fait plus qu'un film de temps en temps, dont ceux de Tavernier, bien sur !
Ah j'allais oublier, il est le frère aîné d'Alain Sarde, célèbre producteur français de films.
Rien de tel qu'un petit florilège avec, entre autres, des films dont j'ai déjà parlé : Le choix des armes, Vincent, François, Paul et les autres, Un mauvais fils, Les choses de la vie, L'Horloger de Saint Paul, Coup de torchon, etc et d'autres dont on parlera...








La semaine prochaine : 1988

- Un peck me menace avec un gland !
- Chronique de banlieue
- Frères et sœurs de lait
- En noirs et blancs

Et l'invité de le semaine


mardi 22 mars 2016

1986 : Faux semblants

Paradis terrestre  :
La mission

 Je me souviens avoir pleuré quelques minutes après avoir vu La mission au cinéma (ben vi je suis un petit cœur sensible). J'ai revu ensuite de nombreuses fois le film, et écouté sa bande originale encore plus de fois. C'est une œuvre magnifique et triste à la fois, superbe mais profondément sombre, qui aborde les réductions guaranies (des 'républiques' autonomes qui ont duré 150 ans) et la guerre contre les Guaranis. Pas de fin à l'américaine lors des scènes finales. Alors que celui qui a choisi la voie du combat agonise, son camarade qui a choisi la foi et la non violence avance vers les soldats. Pendant quelques instants, on croit au miracle, les balles fauchent autour de lui mais ne le touchent pas,  dieu le protège... ou pas.
Pour interpréter les personnages principaux, Roland Joffé fait appel à Robert de Niro, alors encore au top de sa carrière. Il y interprète un esclavagiste qui choisit finalement la rédemption en devenant prêtre. En face de lui, le missionnaire éclairé est joué par Jeremy Irons, lui aussi au faîte de son succès. Dans les seconds rôles, on peut remarquer Liam Neeson et les indiens Wanaunau (les vrais Guaranis étaient trop peu nombreux pour jouer leur propre rôle).
Chef d’œuvre, La mission remporte la palme d'or à Cannes mais sa musique, prodigieuse partition de Ennio Morricone, ne remporte pas l'oscar, coiffé par Round Midnight (de Bertrand Tavernier, ça tombe bien). Cette bande originale, je l'avais choisie pour mon premier mariage, à l'église. Ainsi tout le monde était content. Le prêtre, qui entendait des chants religieux, et moi, qui écoutait la musique d'un film dénonçant les exactions passées de l'église... Je sais c'est un peu puéril, mais c'est ainsi.
La morale de cette histoire est finalement donnée par le cardinal, dans sa lettre au pape :
Vos prêtres sont morts... et moi... vivant. Mais à la vérité, c'est moi qui suis mort... tandis qu'ils sont vivants. Car il en va toujours ainsi, Votre sainteté. L'esprit des morts survit... dans la mémoire des vivants. Il est clair qu'ils le sont, dans la mienne.




Une recette toujours aussi acide :
Inspecteur Lavardin

Oui je sais, j'ai déjà parlé du premier opus l'année dernière, mais comment choisir mon préféré entre les deux films de Chabrol où apparait l'inspecteur Lavardin ? Impossible, alors je me suis dis, je met les deux ! Contrairement à Poulet au vinaigre, Poiret apparait très vite dans Inspecteur Lavardin,  de film, dans une ambiance provinciale, pour changer, où un notable très catho vient d'être assassiné avec le mot 'Porc' écrit sur les fesses !
Bernadette Lafont y joue une veuve pas comme les autres, tandis que son 'frère', interprété par Brialy y joue un homosexuel décomplexé, bien avant que l'acteur ne fasse son coming out (en 2000).
En face de Poiret, c'est Jean-Luc Bideau qui incarne le patron sans scrupule d'une boîte de nuit, et qui va subir les foudres de Lavardin, malgré son 'bras long'. Et puis, témoin dépassé des frasques du policier, son chauffeur, le gendarme Vigouroux, que le policier aime à appeler Sherlock.
Comme dans le premier opus, et comme dans les Simenon, Lavardin creuse, petit à petit, dans la vie de la victime et y déterre de nombreux secrets et cachoteries, dont certains auraient mieux fait de ne pas émerger.
Il faut reconnaitre que ce film est moins malsain, moins génial que le premier, mais la prestation de l'acteur principal y est bien plus mise en avant. De fait, il reste incontournable dans la carrière de Chabrol et Poiret.
Je vous propose en petit extrait, la première rencontre entre le personnage de Bideau et celui de Poiret, ça promet d'emblée !





Reporter de guerre :
Salvador

Salvador m'a fait l'effet d'un coup de poing dans la figure et a fait définitivement basculer James Woods dans le camp de mes acteurs fétiches.
Woods, justement, joue un journaliste peu en réussite qui part au Salvador pour couvrir l'actualité, celle de la lutte entre le gouvernement militaire et les rebelles communistes. Boyle (c'est son nom) et son camarade, Doctor Rock, joué par James Belushi, arrivent au Salvador en version touriste, assis dans leur voiture décapotable. Dès la frontière, ils assistent à une froide exécution par la junte... le décor est planté, on restera dans le grave et le tragique jusqu'à la fin du film.
Filmé caméra au poing, à mi chemin entre le documentaire et le thriller, l’œuvre d'Oliver Stone est résolument engagée à gauche (façon américaine hein), mais d'un autre côté, difficile de ne pas l'être en voyant ce film, y compris en vérifiant les faits historiques, culminant avec l'assassinat de l'archevêque Romero ou l'assassinat et le viol de religieuses (il y a des criminels et des héros dans toutes les religions).
Tous les événements nous arrivent par les yeux de James Woods, témoin involontaire à la dérive, inconscient des risques qu'il prend. On remarquera également la belle prestation de John Savage (l'un des héros de Voyage au bout de l'enfer et de Hair) en photographe habité, sur les traces de Robert Capa. 30 ans après, Salvador reste un film choc.
Dans cet extrait, aux sous-titrages parfois difficiles (souci de polices de caractères), Boyle et Doc arrivent à la frontière du Salvador. Ce que le journaliste a vendu à son pote pour le convaincre de l'accompagner est bien loin de la réalité...





RIP Umberto Eco :
Le nom de la rose

Ah quel film culte pour les amateurs de jeux de rôles ! Le nom de la rose, c'est d'abord ce roman de Umberto Eco, écrivain francophile talentueux et génial, qui nous a quitté il y a quelques semaines. Ensuite il y a le rôle titre tenu par Sean Connery qui, cette fois, put enfin effacer son image de James Bond, alors que sa carrière était en berne. Aujourd'hui on pense à l'acteur dans le rôle de Guillaume de Baskerville plutôt que dans celui de l'agent secret ! Enfin il y a Jean-Jacques Annaud, passionné par le livre, qui put convaincre l'écrivain qu'il était celui qui pouvait adapter son récit.
Du coup on se retrouve avec un film passionnant se déroulant au XIVème siècle dans un monastère qui accueille une réunion politique très importante entre les franciscains et les représentants du pape. Or, l'endroit cache de nombreux mystères (dont une bibliothèque interdite), et est le théâtre de meurtres inexpliqués ! Il faudra compter sur l'opiniâtreté du moine Guillaume de Baskerville, Holmes avant l'heure et de son disciple Adso, son Watson, pour résoudre le mystère.
La musique, signée James Horner, soutient parfaitement l'ambiance oppressante de ces lieux saints mais maudits. Je l'ai souvent utilisée en musique d'ambiance pour parties de jeux de rôles.
Notons également les rôles de Ron Perlman et de notre Michael Lonsdale national, décidément attiré par les rôles d’ecclésiastes (d'un autre côté c'est un fervent catholique).
Bref, Le nom de la rose reste pour moi le meilleur film de JJ Annaud, même si j'ai une grande affection pour Coup de tête (voir 1979) !



Ne prenez pas d'autostoppeurs :
The Hitcher

Après La chair et le sang, Jennifer Jason Leigh retrouve le géant néerlandais Rutger Hauer, et encore une fois dans le rôle du méchant, mais alors très méchant, même si, cette fois, elle ne fera même pas semblant de pactiser avec.
Hitcher vaut pour son ambiance, les longues routes de l'ouest des USA où le héros du film est chargé de convoyer une voiture, sa musique, signée Mark Hisham, et son scénario très noir. Alors qu'il manque de s'endormir, la nuit, Jim décide de prendre un stoppeur, histoire de rester éveillé. Mal lui en a pris ! L'homme, inquiétant, lui explique tranquillement qu'il va le tuer... Le jeune homme parvient à expulser le maniaque en roulant. Hélas, celui-ci ne le lâchera plus, cherchant quelque chose qu'on ne comprend qu'à la fin du film. Poursuivi par ce tueur qui laisse une trace sanglante, Jim est également pris en chasse par la police, qui le croit coupable des meurtres. Seule la jeune serveuse d'un snack le croit et se joint à lui, contre la police et contre le tueur.
Grand prix du festival de Cognac, ce film fut un échec commercial mais il mérite d'être vu pour la prestation prodigieuse de Rutger Hauer. Ce rôle l'installera définitivement comme acteur culte (comme l'est devenu le film d'ailleurs). Pourtant, ce personnage sera le dernier grand rôle populaire qu'il jouera avant d'aller de petits budgets en navet !
Robert Harmon, le réalisateur, aura surtout une carrière de réalisateur de télévision, avec la très bonne série Jesse Stone, mettant en scène Tom Selleck.
Quand à Hauer, c'est donc le dernier film de lui que j'aborde, mais nul doute qu'il aura sa place en tant qu'invité de la semaine.
Voici un petit extrait de ce très bon thriller qui ne méritait pas l'échec commercial qu'il a engendré, même si ce n'est clairement pas l’œuvre d'un Kubrick.





Mauvais père :
Comme un chien enragé

At close range, Comme un chien enragé en vf, est le meilleur film du réalisateur James Foley. Il commence comme un film pour ados, avec Sean Penn en beau gosse paumé qui drague la magnétique Mary Stuart Masterson. Le personnage Sean Penn, Brad, vit assez pauvrement avec son frère Tommy (joué par son frère, Chris Penn), leur mère et leur grand-mère. Et puis arrive un homme, charismatique, qui exhibe des liasses de billets et qui semble une sorte de 'Mandrin', interprété par Christopher Walken. Cet homme, c'est le père de Brad, qui a abandonné sa famille des années auparavant. En quête de modèle, les deux 'ados' (Sean Penn a quand même 26 ans. D'un autre côté, c'est la mère de Sean et Chris qui joue leur grand-mère dans le film !), sont fascinés par ce personnage digne des légendaires méchants au grand cœur.
De fait, dès l'arrivée de Walken, le film vrille petit à petit, au fil de nos découvertes sur la véritable personnalité du père et de ses activités, jusqu'à une confrontation inéluctable...
La BO du film, signée Madonna (qui était mariée à Sean Penn à l'époque), avec la chanson Live to Hell, a même été un tube. Mais la grande force du film, sans compter le scénario et la réalisation, c'est la présence de deux monstres du cinéma, Christopher Walken, toujours aussi prodigieux, et Sean Penn dont c'est le premier rôle vraiment important et de qualité (il sera ensuite adoubé par la profession après son apparition dans Colors).
Bref, encore un film que je recommande, rien que Walken, ça justifie !


 

 

L'invité de la semaine :
Bertrand Tavernier

Lyonnais de naissance et de cœur, Bertrand Tavernier est l'un de nos derniers grands cinéastes encore en activité, pour mon plus grand bonheur. Réalisateur fidèle, que ce soit à ses acteurs (Noiret, Torreton, Gamblin), son producteur (Alain Sarde), son compositeur (Philippe Sarde) et même ses scénaristes, c'est un homme politiquement très engagé (avec une sensibilité de gauche). Défenseur du cinéma d'auteur indépendant, qu'il soit français ou européen, il a également une grande fascination pour le cinéma américain, ce qui pourrait paraître contradictoire, mais il le vit très bien.
Tavernier a une étonnante carrière avec de nombreux films majeurs. Entamée avec l'intimiste Horloger de Saint Paul (voir 1974), il enchaîne avec le très sombre Que la fête commence (il a failli être dans mes films, mais ça faisait trop de Tavernier au final). On continue avec Le juge et l'assassin qui offre à Galabru l'un de ses meilleurs rôles. En 1980 il fait jouer Romy Schneider et Harvey Keitel dans une fable d'anticipation sur la télé réalité, La mort en direct. La même année il propose l'intimiste Une semaine de vacances avec Nathalie Baye. En 81 il signe le magistral Coup de Torchon (voir l'année adéquate) et en 1986, il remporte l'oscar de la meilleure musique avec Autour de minuit, film déclaration d'amour au jazz, avec François Cluzet et Dexter Gordon. Trois ans plus tard, c'est le monumental La vie et rien d'autre, qui offre à Noiret l'un de ses meilleurs rôles. En 1992, je découvre Didier Bezace dans L627, chronique des stups et l'année suivante je m'amuse des cabotinages de Noiret dans La fille de d'Artagnan.En 1996, c'est Torreton qui crève l'écran dans Capitaine Conan. En passant, il a l'excellente idée de produire Fred, l'un de mes films préférés de Jolivet.  Dans La princesse de Montpensier, il a la bonne idée de faire jouer des acteurs ayant le même âge que les personnages historiques, ce qui donne une vision complètement différente de cette période. Enfin, dans Quai d'Orsay, il a le nez pour faire de Thierry Lhermite un De Villepin crédible.
... Et encore, il y aurait au moins 10 ou 15 autres films à citer, car en fait, toute l’œuvre de Tavernier est intéressante à voir, chaque film apporte quelque chose. Président de l'institut lumière, il défend de toutes ses forces des valeurs humanistes et un cinéma dont il est l'héritier légitime, voire l'incarnation. Il va sans dire que c'est un de mes réalisateurs préférés.

Signalons le dernier numéro de Schnock, que l'on trouve en librairie, avec un gros dossier sur Philippe Noiret, dont une interview de Bertrand Tavernier. Que du bonheur.




La semaine prochaine : 1987

- Une église à éviter
- Les aventures de la baleine et de Guignol
- Nul n'échappe au diable
- Bonheur pour tous !

Et l'invité de le semaine


samedi 20 février 2016

1985 : Des héros pas gentils

Une samba traumatisante  :
Brazil

D'aucun affirme que Brazil est le chef d'oeuvre de Terry Gilliam, c'est sans doute vrai, même si l'ensemble de la filmographie de ce réalisateur, ex Monty Python (je reparlerai de lui) a toujours trouvé écho en moi. Brazil est sans doute le film le plus pessimiste qu'il m'a été donné de voir et l'un des plus cruels. Tragicomédie burlesque et fantastique, elle se déroule dans un monde kafkaien dominé par un régime totalitaire procédurier. Sam, un employé consciencieux et sans ambition tombe amoureux d'une jeune femme et va se découvrir une âme de rebelle en prenant des risques inconsidérés pour conquérir son amour et la sauver. Au parfait physique ordinaire de Jonathan Pryce et à la beauté de Kim Greist, on ajoute l'excellent Ian Holmes (vous savez, Bilbon le hobbit), Robert de Niro en plombier terroriste ou Bob Hoskins (celui de Roger Rabbit) en plombier 'officiel'.
Visuellement ce film est une tuerie bourrée d'idées innovantes magistralement mises en scène. La musique de Michael Kamen, reprenant Aquarela do Brasil en différentes versions. Le film, qui est aussi une critique acide de notre société, est tristement drôle et bien désespéré comme je le disais. A tel point que quand j'entends la version finale de Brazil dans le film, je ne peux m'empêcher d'être un peu triste...




Une recette très acide :
Poulet au vinaigre

En dehors de Maigret, pour qui je nourris une grande passion, mon flic préféré au cinéma est l'Inspecteur Lavardin, alias Jean Poiret. Aucun autre que lui, contrairement à Maigret qui est avant tout un personnage de roman, ne pourra incarner ce personnage à sa place. Sa gouaille, son cynisme, son oeil pétillant, montrait enfin un Poiret sortant de la comédie de boulevard dans laquelle il excellait (il a tout de même écrit La cage aux folles et Joyeuses Pacques).
Pour Chabrol, il s'agit encore une fois de peindre à l'acide la bourgeoisie de province. Chabrol met 45 minutes à construire son décor avant de faire arriver l'inspecteur Lavardin. Les personnages sont dépeints avec brio, de Stéphane Audran en veuve aigrie et têtue à Jean Topart en médecin tourmenté (limite malsain). En jeunes premiers, Lucas Belvaux (qui est un très bon réalisateur) et Pauline Laffont, sans oublier la charismatique Caroline Sellier et Michel Bouquet en notable guindé.
Le scénario de Poulet au vinaigre est huilé comme une horloge, l'ambiance glauque s'installe petit à petit, jusqu'à devenir presque dérangeante, en particulier à travers le comportement du Dr Morasseau. Ne parlons pas de la 'morale' et de la 'justice' version Lavardin, assez particulière...
Film jubilatoire, il fut tant plébiscité qu'il donna lieu à un second opus (dont je parlerai) et même à une série de 4 téléfilms.
Je ne résiste pas à vous proposer 2 extraits. Le premier est l'arrivée de Poiret, le second la confrontation avec Michel Bouquet.



Une Terre silencieuse :
The quiet earth

J'avoue ne pas me souvenir de la manière dont j'ai atterri dans la salle de cinéma qui projetait ce film improbable d'un réalisateur néozélandais totalement inconnu... sans doute l'affiche. Le film était en sélection au festival d'Avoriaz, ce fut un argument supplémentaire.
Dans Le dernier survivant (Quiet Earth en vo), un homme ouvre les yeux, un tube de cachet vide se trouve sur la table de nuit. Il a l'air presque surpris de se réveiller. Dehors, personne... il n'y a plus personne, et presque pas de cadavres. C'est comme si la population avait disparu. Dans toute la première partie du film, on suit l'errance de ce Zac. Je préfère ne pas raconter la suite, on ne sait jamais, mais sachez que le film se termine par l'image qui constitue son affiche, un lever de Saturne dans le ciel de la Terre...
La musique m'avait profondément marqué et il m'a fallut plus de 15 ans avant de la trouver, un jour par hasard à la fnac. Le réalisateur, Goeff Murphy, qui avait  déjà réalisé un autre film intéressant, Utu. Le dernier survivant lui ouvrira les portes d'Hollywood, il signera quelques films, pas des chefs d’œuvre (genre Piège à grande vitesse) avant de redevenir anonyme.
Qu'importe, j'aime toujours autant son film.




Nouvel an chinois :
L'année du dragon

J'avais déjà parlé de Michael Cimino à propos de La porte du paradis, en 1980. Malgré son lourd échec, il put tourner un nouveau film... patatra, nouvelle polémique, le film est taxé de racisme. L'accusation ne sera levée que 15 ans plus tard.
L'année du dragon raconte la croisade menée par l'inspecteur Stanley White pour 'nettoyer' Chinatown alors que dans le même temps, les jeunes loups des triades tentent de prendre le contrôle de la mafia.
Thriller haletant, esthétiquement très réussi,  il met en scène, là encore, des personnages qui ne sont pas sympathiques, à commencer par l'inspecteur Stanley White, interprété par un Mickey Rourke au sommet de sa gloire (quelques années avant sa très lourde chute). Obstiné, extrémiste, prêt à tout sacrifier pour arriver à son but, il va vivre une histoire d'amour (de sexe ?) avec une belle journaliste d'origine asiatique en abandonnant petit à petit sa femme. Dans son attitude envers les asiatiques, on peut voir un peu du personnage de Clint Eastwood dans Grand Torino, sans le sirupeux.
En face de lui, l'excellent acteur américain originaire de Hong Kong, John Lone (que l'on retrouvera quelques années plus tard dans Le dernier empereur). De provocation en duels, les rapports entre le policier et l'ambitieux mafieux va tourner à la haine, fatale.
Toujours aussi talentueux, Cimino sait aussi émouvoir par moments et surtout nous entrainer dans une spirale de plus en plus effrénée. Un magnifique thriller.



Le loup et le faucon :
Ladyhawk

Auréolé de son rôle dans Blade Runner, Rutger Hauer perce sur les écrans et va trouver des rôles principaux dans des films grand public... et moins grand public. Pour la première famille on trouve Ladyhawk, un film d'aventures de Richard Donner (L'arme fatale). Rutger y joue le Capitaine Navarre, toujours accompagné de son faucon. Tandis que la nuit, une jeune femme à l'impressionnante beauté semble veiller sur un loup... Légende romantique se déroulant au moyen-âge (mais pur scénario original), Ladyhawk est pour moi l'exemple d'un très bon film familial. Il est magique, drôle en particulier grâce à la prestation de Matthew Broderick, romantique et mystérieux.
La seule chose un peu étrange, c'est la musique. En fan du Alan Parsons Project le réalisateur fit appel au principal compositeur du groupe, et la musique, mélange de rock progressif, pop et chants grégoriens est assez particulière.
Cette fable bénéficie d'un excellent casting avec en tête, Rutger hauer, plus charismatique que jamais dans son habit noir, sans pour autant jouer un gentillet chevalier. Il nous a inspiré de nombreux personnages de jeux de rôles. Face à lui, Matthew Broderick, éternel adolescent, dans le rôle la 'souris', un voleur qui va devenir le serviteur de Navarre qui s'est fait son protecteur. Dans le rôle d'Isabeau d'Anjou, l'aimée de Navarre, la magnifique Michelle Pfeiffer, dont le charme colle parfaitement à son personnage.
Aujourd'hui, on passera sur les épée en fer blanc et la musique, franchement en décalage, car le reste garde le même cachet intemporel.



Un chien de guerre :
La chair et le sang

Et voici la partie moins grand public de Rutger Hauer en 1985. Le voici dans le rôle d'un mercenaire sans foi ni loi, Martin, amoureux de pillage et de ripaille (il y a dans le film une scène de viol particulièrement crue pour l'époque). Le seigneur qui l'avait embauché lui et sa troupe, le trahitrefuse que les mercenaires pillent la ville et réduisent celle-ci en cendres), il décide de se venger en enlevant la fille de ce dernier. L'histoire se transforme en affrontement ouvert entre les chiens de guerre et ses mercenaires.
Situé à la Renaissance, la chair et le sang, contrairement à ce qui s'est dit, n'est pas historiquement réaliste. Toutefois, le moyen-âge sans fioriture, sale, violent et cruel, sort des critères habituels. On est à l'opposé de Ladyhawk. Ce film est devenu culte pour tous les joueurs de jeux de rôles, préférant les ambiances adultes à celles, aseptisées, des films façon Disney.
Fable cruelle mais drôle, la chair et le sang donne au réalisateur néerlandais Paul Verhoeven (Robocop, Total Recall, Basic instinct ou Starship Troopers) l'occasion de retravailler avec son acteur fétiche Rutger hauer en chef mercenaire truculent.
Au casting, Jennifer Jason Leigh (que Hauer retrouvera la semaine prochaine), en princesse naive et fragile qui va s'endurcir, et Brion James que Hauer retrouve après Blade Runner (Brion jouait Leon).
Un film d'aventures pour les grands, ça change un peu !




Le Roi Lear aux yeux bridés  :
Ran

J'ai parlé de Akira Kurosawa pour les 7 samouraïs, dans la page 'avant 1966' et pour Dersou Ouzala en 1975. J'aurais pu parler d'autres films, dont Kagemusha, mais j'ai choisi Ran. Parlons tout d'abord du film, qui nécessita 2 ans pour tailler tous les costumes et pas moins de 10 années au réalisateur, pour faire le storyboard en peintures. Et effectivement, ce film est une peinture aux couleurs éclatantes, oniriques. Les batailles ressemblent à des couleurs se mélangeant sur la toile du maître, chaque soldat avec son petit drapeau coloré sur le dos. C'est une magnifique œuvre tragique, qui doit absolument se regarder en japonais. Rien de plus déprimant que de voir des samouraïs parler en français ou en anglais !
L'histoire s'inspire de la pièce Le roi Lear de Shakespeare. Un seigneur qui n'a gagné le pouvoir par la violence et la traitrise, lègue son 'trône' à son fils aîné. Au même moment, il se brouille avec le cadet (il a 3 fils), espérant que ses deux autres lui resteront loyaux. Mais il va se rendre compte que son engeance a autant d'ambition que lui, et aucun projet d'avenir pour leur père...
Ce qui est amusant, en cinéma comme dans tout art ou toute culture, c'est l'inspiration que l'on va souvent chercher ailleurs. Ainsi, les jeunes réalisateurs américains des années 90 ne juraient que par John Woo, qui lui même ne juraient que par... Sam Peckinpah ! Nombre de réalisateurs européens s'inspirent de Spielberg qui lui-même s'inspirait de Truffaut. John Sturges, Sergio Leone ou Walter Hill se sont inspiré de Kurosawa quand lui allait chercher une muse chez un auteur anglais du XVIème !


 

Vivre et mourir en Californie :
To live and die in Los Angeles

To live and die in Los Angeles (Police fédérale Los Angeles en vf) fut un échec commercial. Pourtant, on ne peut pas dire que William Firedkin n'avait pas mis toutes les chances de son côté. Ayant déjà largement fait ses preuves avec French Connection, L'exorciste ou Cruising, le réalisateur atteint l'apogée de son style nerveux avec un thriller haletant et très noir. C'est sans doute ce dernier point qui a quelque peu refroidi le public américain, car les deux personnages principaux sont des policiers corrompus jusqu'à la moelle !
Leurs 'frasques', parallèles à leur enquête sur un faux monnayeur de génie (William Dafoe), sont sublimement accompagnées par une musique pop rock californienne parfaite signée Wang Chung (que j'ai pas mal utilisée pour les jeux de rôles contemporains).
Si le personnage principal est un flic sans scrupules et suicidaire, son nouveau coéquipier ne l'est pas du tout, mais va suivre son compère dans cette spirale infernale, apprenant à apprécier petit à petit cette sensation de pouvoir et cette adrénaline constante.
Ce film contient, selon moi, la seconde plus belle poursuite en voiture de l'histoire du cinéma, après celle de Bullit.
Je vous livre les premières minutes de celle-ci. Loin de rester simplement dans la voiture, on a de multiples angles de vue très dynamiques qui la rende prenante. Pour le contexte, les deux compères ont, sur tuyau d'informateur, décidé d'enlever un homme à sa descente d'avion pour lui voler 50000 dollars qu'il possède pour acheter des diamants volés. Mais le braquage dérape, et la vie des deux flics va suivre...





La semaine prochaine : 1986

- Paradis terrestre
- Une recette toujours aussi acide
- Reporter de guerre
- RIP Umberto Eco
- Ne prenez pas d'autostoppeurs
- Mauvais père





mercredi 10 février 2016

1984 : Toutes formes de violences...

Mon film préféré  :
Il était une fois en Amérique

Dernier film de Sergio Leone, Il était une fois en Amérique est une fresque titanesque racontant l'ascension de jeunes immigrés juifs depuis les années 20 et leurs premiers pas dans la mafia, aux hautes sphères du crime organisé des années 60. Mais c'est aussi l'histoire d'une amitié entre deux hommes, Noodles et Max et une histoire d'amour impossible entre Noodles et son amour d'adolescence, Deborah.
Le film se divise en plusieurs 'époques'. L'adolescence, dans le Brooklyn des années 20 ; l'ascension dans les années 30, durant la prohibition ; et l'époque 'moderne' avec le vieux Noodles, à la fin des années 60. Mais là où un réalisateur lambda (comme ceux qui font les films de divertissement d'aujourd'hui) aurait simplement filmé une saga, Sergio Leone brouille les cartes en mélangeant les époques, parfois avec des sons chevauchant plusieurs séquences, comme ce début de film où le téléphone sonne pendant 10 minutes, sans qu'on sache quel personnage va y mettre fin !
Dans ce premier extrait, Noodles revient après des années sur un lieu qu'il a longtemps fréquenté. En plus de contenir une de mes répliques culte du cinéma (qu'est ce que tu as fait toutes ces années. Je me suis couché tôt) il montre le génie de Leone pour faire le lien entre deux époques....




Il était une fois en Amérique, ce n'est pas qu'une fresque, c'est aussi un scénario, un suspens, un puzzle que l'on va reconstituer jusqu'à une révélation incroyable...
 Noodles, âgé d'une soixantaine d'années, reçoit un courrier qui le rappelle à New York pour des formalités. Mais une fois sur place, il comprend que la lettre n'était qu'un prétexte. Qui lui a fait envoyer cette lettre ? Comment l'a-t-on retrouvé alors qu'il se cachait depuis plus de 30 ans ? Pourquoi le fait-on revenir ? Pour quelle raison lui a-t-on donner une mallette remplie d'argent ?
De flashback en flashback, on retrace toute la destinée de 5 gamins de Brooklyn. L'un d'eux s'arrêtera dès les années 20, 3 autres périront à la fin de la prohibition, il ne restera que Noodles...
La musique est sans doute la partition de Morricone qui a eu le plus d'influence sur un film. Le projet de Sergio Leone a été préparé des années en amont et la musique composée très en avance. Du coup, elle était jouée sur les plateaux avant le tournage des scènes, pour aider les acteurs à se mettre dans l'ambiance. Chaque personnage important a son thème, sa ritournelle, obsédante. La BO de Il était une fois en Amérique est moins connue que d'autres musique du maestro et pourtant, elle contient à elle seule 4 thèmes très forts qui, séparément, auraient pu faire le bonheur d'autant de films !
Dans ce second extrait, ce n'est pas Morricone qui est utilisé, mais Rossini et sa pie voleuse, pour la descente sur la nurserie, et la prodigieuse surprise du chef de la police...



Du côté des acteurs, c'est un sans faute,  tant au niveau des rôles principaux que des seconds couteaux. Dans le rôle titre, Robert de Niro, au sommet de sa carrière avant sa lente descente post-Scorsese, incarne Noodles, le vieux mafieux qu'un message réveille et ramène à New York, et qui porte les lourds remords de deux trahisons. L'alter ego de Noodles, Max, est  campé par un acteur de grand talent dont les choix de carrière n'ont, hélas, pas toujours été judicieux, James Woods. Et puis il y a Elisabeth McGovern, magnifique et éthérée, Tuesday Weld la subversive, Jennifer Connely en graine de star, Treat Williams (qu'on avait vu dans Hair), Joe Pesci, Danny Aiello, William Forsythe, James Hauden, etc. Un casting qui jouera durant les 12 mois de tournage !
 Hélas, la Warner avait signé le film, avec une durée maximum de 2H45. Or, le premier montage présenté par Leone fait 4H25 (et encore son premier jet en faisait 6) ! Après quelques coupes, il réduit à 3H49, pour obtenir la version qui sera diffusée en Europe et que j'eus la chance de voir. Mais les américains font comme d'habitude, ils passent outre les souhaits du réalisateur et sortent une version de 2H19 en remontant le film dans l'ordre chronologique ! C'est un désastre, Leone est totalement ignoré par les oscars (le meilleur film de cette année fut Amadeus... il n'y a vraiment pas photo), Morricone ne sera pas nominé car le distributeur oublie de remplir un papier... le film est un flop. Leone ne retournera plus rien jusqu'à sa mort, en 1989. Quel gâchis (voir l'invité de la semaine de 1980)...
L'extrait suivant, magnifique, montre le plus jeune de la bande, qui va enfin se 'déniaiser' auprès de Peggye, en échange d'une charlotte à la crème. Mais la dualité entre l'enfant qu'il est encore et l'homme qu'il aspire à être, est loin d'être résolue...



En Europe, malgré le montage de 3H49, le film n'est pas un gros succès en Europe (il faut dire que la durée limitait aussi le nombre de séances). Aux USA, on découvre le film en version longue en 2012 ! Et là, c'est la révélation *air connu*. La fondation Martin Scorsese a financé une restauration du film, allant même jusqu'à y ajouter des scènes laissées de côté mais figurant dans le script original de Sergio Leone (qui avait travaillé sur une version TV de 4H25 dont on a jamais retrouvé la trace). Au final, cette director's cut fait 4h11. Aujourd'hui, le film est reconnu comme un des plus grands chefs d’œuvres du cinéma.
Mais qu'on ne s'y trompe pas. S'il a des aspects romantiques, nostalgiques et comiques, dans Il était une fois en Amérique, c'est un film violent, très violent. Deux scènes de viol, des tabassages qui font mal à regarder, une dose d'érotisme, des dialogues parfois très crus et des morts très abruptes, en font un film qui ne s'adresse pas à des enfants (disons à partir de 14, voire 16 ans, selon la maturité).
Il est mon film préféré toutes catégories, ce qui justifie la longueur de cet article et les 4 extraits proposés.
Dernier extrait, Noodles vient retrouver ses compères après une période de retrait. Cette scène permet de bien camper les personnages et de noter la prestance et le jeu d'acteur de James Woods qui tient là le plus beau rôle de sa carrière (avec Salvador).



Western en banlieue :
Rue barbare

Quand Gilles Béhat passe derrière la caméra, après une carrière d'acteur prometteuse, il devient le représentant du 'néo-polar' français. De 'jeunes' réalisateurs décident de sortir des films policiers de 'papa', des Verneuil ou Melville. Ils s'éloignent des histoires de gangsters et des milieux finalement 'bourgeois' pour plonger au coeur de la France des années 80, celle des banlieues, de la zone, des cités, où les caïds ne sont pas des gentlemen !
Après quelques autres films (Les longs manteaux ou Urgence) qui seront des échecs commerciaux, Béhat deviendra un réalisateur de télé avec une longue carrière derrière lui.
Rue barbare est resté comme la référence de cette tendance et de cette époque. C'est une œuvre très noire, très violente. Une violence pure par ses combats, violence sociale par ses situations glauque, violence de dialogues (crus et souvent grossiers), violence moral par son caïd sans scrupule.
On y découvre un Bernard Giraudeau en pleine ascension (il sera longtemps comparé à Gérard Lanvin et pourtant, il n'y a pas photo, Giraudeau était bien plus charismatique, cultivé et talentueux), un Jean-Pierre Kalfon aussi allumé que d'habitude (il y chante une chanson), Christine Boisson, Michel Auclair, Jean-Claude Dreyfus et en regardant bien on aperçoit même Jean-Claude Van Damme en figurant ! Enfin, Bernard-Pierre Donnadieu, excellent acteur au physique impressionnant et très charismatique, campe le 'méchant', le caïd local (il incarne Lucien que l'on aperçoit dans l'extrait de coup de tête, en 1979).
C'est Bernard Lavilliers qui a signé la bande originale qui contient la chanson 'il y a peut-être un ailleurs' (voir plus bas), cette composition a grandement contribué à rendre le film culte (elle est encore très recherchée par les collectionneurs).
Le film a tout d'un western. Dans une banlieue pauvre et sans police, un caïd local fait régner la terreur. 'Chet', ancien chef de bande et combattant aguerri, qui a pris sa retraite, tente de ne surtout pas se mêler des problèmes des autres, mais dès le début du film, on comprend que l'affrontement entre le caïd et Chet est inéluctable.
Rue barbare n'est en aucun cas un chef d’œuvre du cinéma, mais c'est vraiment un film culte, le témoignage d'une époque et d'un milieu, ou du moins la perception qu'on en avait.




La chanson du générique




La rédemption selon Sam Shepard :
Paris, Texas

Que dire de Paris Texas... palme d'or au festival de Cannes, j'avoue être dubitatif quand je vais le voir. Mais l’œuvre de Wim Wenders, réalisateur allemand, va totalement m'emporter.
Ce 'road movie' commence par des images d'un homme qui marche dans le désert, sa casquette vissée sur la tête, accompagné de la géniale musique de Ry Cooper, tout en glissés. Travis (c'est son prénom) finit par tomber inconscient dans un bar et est recueilli par un médecin qui trouve un numéro de téléphone sur lui. En mauvais état, presque amnésique, son frère le ramène chez eux où il va pouvoir également retrouver son fils, qui n'avait pas non plus de nouvelles de son père depuis 4 ans.
Travis va revenir doucement à la vie, redécouvrir son rôle de père et finalement décider de retrouver la mère de son fils...
Comme dans nombre de grands films de cinéma, on est dans la subtilité, dans la lenteur, dans l'ambiance, dans l'atmosphère. Des 'longueurs' à la mesure de la démesure du Texas...
Paris, Texas est tiré d'un roman de Sam Shepard, acteur, réalisateur, dramaturge et écrivain dont je parlerai en invité dans les semaines à venir car il le mérite amplement.
Pour ce qui est du casting, le légendaire Harry Dean Stanton tient le premier rôle tandis que la sublime Nastasia Kinski (oui oui la fille de Klaus, voir en 1981) joue celui de la mère tant recherchée. Le frère est joué par Dean Stockwell, plus connu des français par la série Code Quantum (alors qu'il pourtant joué dans Dune, Blue Velvet ou Live and Die in LA) ! La femme, à l'écran, de ce dernier est jouée par Aurore Clément. Enfin, signalons que Claire Denis était l'assistante réalisatrice de Wim Wenders sur ce film.
Il me semble impossible, pour toute personne normalement constituée et qui accepte de rentrer dans le film, de ne pas être bouleversé et ne pas verser des larmes à la fin de Paris, Texas.
Dans cet extrait, Travis parle bien sur de Paris au Texas, mais son frère ne l'a pas encore compris...



La musique, que vous reconnaitrez après quelques secondes, de Ry Cooper.




L'invité de la semaine :
Michel Bouquet

Grand acteur de théâtre (j'ai eu la chance de le voir l'année dernière dans son interprétation de la pièce de Ionesco Le roi se meurt), Bouquet s'est aussi fait une place au cinéma. Pour moi, à l'instar d'un Piccoli ou d'un Trintignant, il est l'un des derniers géants de sa génération.
Issu d'un milieu social peu aisé, il arrive sur les planches d'un théâtre en 1943, il ne les quittera plus et continue de s'y adonner avec passion et talent. Cet intellectuel influencera d'ailleurs cet art en introduisant en France des auteurs qu'on ne connaissait que peu et sera de l'aventure du théâtre de l'atelier ou du festival d'Avignon.
Au cinéma, son physique froid et lisse, ainsi que son amour du métier, lui permettent d'accepter sans crainte tous les rôles, même de personnages antipathiques. Il deviendra l'incarnation du notable de province dans les films de Chabrol (voir en 1985), le grand patron inhumain du Jouet (voir 1976), Mitterand dans Le promeneur du champ de Mars, Renoir dans.... Renoir, etc.
Il est, pour tous les amateurs de l’œuvre de Hugo, l'incarnation de l'Inspecteur Javert, tant sa prestation dans les Misérables de Hossein a marqué (voir 1982).
D'un incroyable prestance, d'une autorité naturelle, c'est un prodigieux acteur. D'ailleurs lorsque nous avons été voir le Roi se meurt et qu'il est entré en scène, voûté et visiblement peinant à se déplacer, je me suis dit "Ouch il a quand même du mal, il porte le poids de son âge"... sauf qu'il jouait simplement son personnage, il était tout fringuant, presque 'enfant' deux scènes plus tard. Gageons que si Michel Bouquet ne meurt pas sur scène, il s'éteindra dans les coulisses...
Je vous propose un extrait de l'excellent film Comment j'ai tué mon père, de Anne Fontaine, dont je reparlerai sans doute en 2001. On y voit les prémices du 'duel' qui va opposer Berling et Bouquet.





La semaine prochaine : 1985

- Une samba traumatisante
- Une recette très acide
- Une Terre silencieuse
- Nouvel an chinois
- Un chien de guerre
- Le loup et le faucon
- Le Roi Lear aux yeux bridés 
- Vivre et mourir en Californie


Du coup,  pas d'invité de la semaine !


jeudi 4 février 2016

1983 : une année pour souffler

Le comique fait dans le tragique  :
Tchao Pantin

Difficile de juger ce film sur le long terme. La prestation de Coluche est devenue une telle légende qu'elle a un peu occulté le film. Le scénario n'est-il pas qu'une histoire de vengeance comme des tas d'autres ? Commençons par revenir sur un acteur habitué au comique dans ses prestations publiques. En réalité, lorsqu'il joue dans Tchao Pantin, de Claude Berri, Coluche est en dépression (voir dossier du n°9 de l'excellent magazine Schnock), et au final, quelque part, s'expose tel qu'il est vraiment, loin de son image publique. Cela ne retire rien à la qualité de ce rôle qui lui a d'ailleurs valu un César tout à fait justifié. Mais à côté de ça, dans le film, tiré de l'excellent roman d'Alain Page, la vengeance n'est finalement qu'un fil conducteur pour voyager dans le Paris triste, pauvre, marginal, bien souvent invisible à nos yeux. Anconina n'est pas un acteur que j'apprécie, mais il est parfait ici, en petit dealer qui joue les caïds. Agnès Soral, en punkette marginal et Philippe Léotard en inspecteur qui joue au con quand ça l'arrange sont également parfait.
Quand à l'histoire, au delà du polar, elle se penche aussi  sur la relation entre le personnage de Coluche et la punkette, et celle avec le petit dealer. Petit à petit ces deux personnages lui rendent  la vie, que le destin va du coup pouvoir lui ôter.
Avec le recul finalement, et sans tomber dans la vénération aveugle de Coluche, très tendance, Tchao Pantin reste un  très bon polar noir.




Besson/Jolivet même combat :
Le dernier combat

Je vous avais parlé de Pierre Jolivet en 1968, alors qu'il montait des spectacles comiques avec son frère, Marc. Avec Luc Besson, qu'il avait rencontré au club Med (il était animateur pendant les vacances là bas), ils co-écrivent un court métrage, L'avant dernier, qui leur permet de trouver le budget pour un long métrage. La réalisation est signée Besson, Jolivet y joue le rôle principal car personne ne veut le jouer. Le projet ne peut être réalisé que par deux jeunes hommes enthousiastes et pour cause... un film post apocalyptique en noir et blanc et sans dialogues avec un budget ridicule (pas d'avance sur recette, pas de télé investissant, etc.) !!
Le dernier combat fera moins de 50,000 entrées en France, mais remporte le prix spécial du festival du film fantastique d'Avoriaz, ce qui ouvre les portes du cinéma à Jolivet et à Besson (mais ce dernier, n'a fait au final qu'utiliser Jolivet pour tracer sa route et trahit par exemple totalement le scénario originel de Subway co-écrit par les deux compères qui ne se parleront plus).
On sent bien, à la projection du film, qu'il n'a pas un gros budget, mais justement, de quelle ingéniosité il a fallu faire preuve ! Au casting on découvre deux acteurs fétiches de Besson, Jean Reno et Jean Bouise (qui n'est pas du tout un débutant), que l'on retrouvera dans de nombreux films du réalisateur.
Élevé au rang de film culte (et oui encore un), Le dernier combat reste un ovni envoûtant.





L'invité de la semaine :
Ennio Morricone

Que dire de ce compositeur tant son génie et ses mélodies m'ont accompagné durant tant d'années ? Camarade de classe de Sergio  Leone, il sera son compositeur attitré, mais ne s'arrêtera pas aux seuls films de son ami puisqu'il a signé plus de 500 musiques de films ! Alors bien sûr, toutes n'ont pas marqué. D'abord pour qu'une Bande originale rencontre un gros succès, il faut que le film fasse de même sinon c'est beaucoup plus dur. Morricone n'est pas qu'un musicien et chef d'orchestre, c'est également un chercheur toujours avide de découvertes. Ainsi fait-il partie d'un groupe de musiciens avant-gardistes d'improvisation. Il est d'ailleurs, en dehors de ses musiques de film, le compositeur de musiques de chambre et pour orchestre.
Dans le cinéma, Morricone travaille avec de grands noms et ce dans tous les styles, pas seulement dans le cinéma classique : Bertolucci, Argento, Fulci, Corbucci, Pasolini, Bava, Visconti, Verneuil, Siegel, Taviani, Girod, Enrico, Boisset, Carpenter, Boorman, Molinaro, Lautner, Joffé, de Palma, Polanski, Friedkin, Deray, Almodovar, Stone, Tarentino, Malik...
A partir des années 2000, Morricone ralentit le rythme pour se consacrer à la direction d'orchestre. Ce qui est étonnant souvent, quand on le voit en concert, c'est de voir comment sont faits certains sons que l'on entend ! On peut ainsi vérifier l'amour du maestro pour l'expérimentation.
Je n'ai hélas vu des concerts du maître qu'à la télévision... je n'ai pas pu avoir la chance d'assister à un concert en live... peut-être en aurais-je encore une fois l'occasion, mais elles vont se faire de plus en plus rares, Ennio Morricone aura 88 ans cette année...






Peur sur la ville




Le clan des siciliens




La Mission




Il était une fois en Amérique




Le bon, la brute et le truand




Mon nom est personne





La semaine prochaine : 1984

- Mon film préféré
- Western en banlieue
- La rédemption selon Sam Shepard
- La planète des singes
-

Et l'invité de la semaine !


mercredi 27 janvier 2016

1982 : Tout pour la musique

J'ai vu tant de choses... :
Blade runner

Blade Runner reste aujourd'hui un de mes films préférés, il fut d'ailleurs longtemps 'mon' préféré. Inspiré d'un roman de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques, Ridley Scott livre une œuvre inspirée du roman mais qui s'en détache, formant finalement une intrigue et un univers différents. Du coup, il est très intéressant de lire le bouquin qui aborde d'autres problématiques et s'attarde sur la notion d'empathie, seule chose qui différencie vraiment les humains des répliquants.
Visuellement, le film est une tuerie et encore aujourd'hui fait montre d'une esthétique et d'une ambiance prenantes. Côté casting, Harrison Ford entre définitivement dans la légende avec un rôle sans cabotinage et plus en subtilité. Face à lui, deux performances, celle de l'acteur néerlandais Rutger Hauer (voir 1977) en leader des répliquants, absolument fabuleux jusque dans la scène finale, où il composa son monologue, et celle de l'athlétique Daryll Hannah (Splash, Kill Bill). Il ne faut pas non plus passer sous silence le charme de Sean Young, qui hélas, ne fit pas une carrière très intéressante.
Dans une certaine mesure, Blade Runner est également un film maudit. Peu apprécié à sa sortie aux USA, la production refait une fin moins sombre et enlevant le questionnement sur la nature du personnage de Ford. Une fin finalement assez ridicule et peu en adéquation avec le reste du film. Heureusement l’œuvre marche dans le reste du monde. Du coup, en 92, il ressort avec un director's cut puis en 2007 avec un Final cut. Ces deux dernières versions, sans voix off et sans colombe dans un ciel bleu à la fin sont bien entendu nettement meilleures. Aujourd'hui, même aux states, Blade runner est devenu culte.
Parlons également de la musique, que Scott confia à Vangelis (il venait de remporter un oscar pour Les chariots de feu). Prodigieuse, elle ne sortit pourtant en disque que des années plus tard, et encore dans une version réorchestrée ! Il faudra encore attendre pour entendre une version plus proche de l'originale, avec la prodigieuse voix de Demis Roussos (je n'aimais pas ce qu'il faisait, mais là !).
Bref, voici un film que je possède sur K7, sur DVD (version director et final), et en Blu-ray !
Il reste vraiment un film que je ne peux m'empêcher de regarder dès qu'il passe, dont j'ai joué tous les jeux micro qui ne furent tirés, les romans (y compris les suites de KW Jeter sauf celui non traduit), je connais une bonne partie des dialogues par cœur, je possède les  versions de la BO, des photos, des versions en coffret collector, des fonds d'écran.... un de mes préférés vous dis-je !



Hymne à l'heroic fantasy :
Conan

Bien avant Tolkien et son Seigneur des Anneaux, bien avant Jack Vance, c'est Robert E. Howard qui va donner ses lettres de noblesse moderne au roman de fantasy (ben oui avant il y a eu la table ronde de Malory ou Troyes) qu'on appelle en France le médiéval fantastique. Le cycle de nouvelles sur Conan, destiné aux ados et adultes, est publié entre 1932 et 1935 (Howard est un contemporain de Lovecraft). Tolkien ne signera son livre pour enfants The hobbit qu'en 37 et son Seigneur des Anneaux en 54.
Pour le cinéma, c'est pareil, avant Conan il n'y a que l'adaptation en dessin animé du Seigneur des Anneaux (premier dessin animé en motion capture, de Ralph Bakshi), c'est Conan qui va ouvrir le bal et devenir la seule référence incontestable jusqu'à la sortie du SdA version Peter Jackson.
Il faut signaler aussi Dark Cristal, la même année, que j'aurais pu choisir, car il est admirable, mais je lui préfère Conan qui m'a bien plus marqué à l'époque.
Pour cela, le producteur Dino de Laurentis va faire appel à Oliver Stone pour le scénario puis à John Milius pour retoucher le script et réaliser le film. Ce dernier n'est pas un réalisateur très connu (mais c'est un scénariste réputé) et aucun acteur n'a non plus de notoriété, pas plus que le compositeur... Alors quid ?
Filmé avec un gros budget dépensé essentiellement dans les décors, Conan a certes pris un coup de vieux, mais il reste un film culte qui révéla Schwarzenegger (j'ai même cru, pendant une petite dizaine d'années, que cet acteur Autrichien allait devenir une légende... certes, mais pas pour ses qualités d'acteurs ni ses choix de films) et Basil Poledouris, le compositeur.
Milius voulait Morricone pour mettre son film en musique mais ce fut ce jeune compositeur qui lui fut imposé. Malgré cela, Poledouris put travailler sur le script très en avance, pour coller au film, à la manière du grand maître. Le musicien va également être le premier à utiliser un logiciel très spécifique, capable de créer un tempo en parfaite harmonie avec l'image. Le résultat est superbe et c'est une BO que j'écoute encore très régulièrement.
Descendant du péplum, cette fresque épique aux couleurs surannées ne peut pas laisser de marbre.
Un petit extrait pour admirer le jeu d'acteur de Schwarzie, digne de Steven Seagal (d'un aute côté on ne lui demande pas plus pour Conan ^^), et surtout profiter de la musique !



Une histoire de briques :
The Wall

Quand il signe la réalisation de The Wall, Alan Parker est déjà connu pour quelques films remarquables tels Midnight Express, Bugsy Malone ou Fame. En 1978 Pink Floyd, et surtout Roger Waters, conçoit The Wall, il est prévu d'en faire un double 'concept album', un show public (qui ne sera joué que dans quelques villes tant il nécessite de moyens scéniques) et un film.
The Wall raconte l'histoire de Pink, une star du rock qui va petit à petit se réfugier derrière un mur mental pour se protéger des 'agressions' et pressions extérieures qu'il ressent. Au fil de sa plongée intérieure, il va revoir sa vie, ses échecs, sa mère possessive, son père absent, etc. jusqu'à sombrer totalement dans la folie.
Les chansons, prenantes, puissantes, superbement produites (par Bob Ezrin), se suffisent à elles-mêmes et l'album est un bijou, mais Alan Parker va y ajouter sa patte. Le réalisateur, attiré par les films musicaux (il signera ensuite The commitments et Evita) va engager l'excellent Bob Geldof (l'organisateur des concerts Live Aid) pour jouer le rôle de Pink et faire appel au caricaturiste Gerald Scarfe pour les séquences animées.
Au final, on a un film coup de poing, opéra musical rock aux images parfois dures qui témoigne aussi de la révolte d'une jeunesse dans les années 70/80, loin des flower power. On parle déjà des méfaits de la société de consommation, de la surexposition médiatique, etc.
La chanson Another brick in the wall fera un carton monumental en France, se battant en tête des hit parade avec Message in a bottle de Police. Le clip, tiré du film, passera même à la télévision française qui comptait deux chaînes et demi !
Forcément culte.
Je vous propose un extrait animé 'Empty spaces'



Venue d'un autre monde... :
The thing

Nous avions déjà parlé de John Carpenter en 1976, le revoici pour un autre de ses films culte, The thing. La nouvelle de John W. Campbell, écrite en 1938, avait déjà fait l'objet d'une adaptation en 1951, La chose d'un autre monde. C'est d'ailleurs ce film qui va marquer le Carpenter enfant au point de lui donner envie de réadapter la nouvelle, plus fidèlement.
Des scientifiques, vivant dans une base en Antarctique, vont être confrontés à une créature extraterrestre capable d'imiter les tissus et de prendre la forme de tout être vivant qu'elle assimile... Complètement paranoïaque, bien horrible (il y a des effets spéciaux assez gores), c'est un véritable thriller haletant et pessimiste.
Pour mettre en musique le film, les producteurs exigent un grand nom car le film est tout de même un gros budget pour un film de genre. Carpenter, qui d'habitude fait ses propres bandes originales, va devoir collaborer avec Ennio Morricone. J'eus la chance de le rencontrer en 1998 et de lui poser quelques questions à ce sujet. Les premières maquettes du compositeur italien contiennent bien trop de notes pour Carpenter qui attendait quelque chose de plus pesant et minimaliste, moins orchestré. Au final, Morricone s'adaptera tout à fait au style du réalisateur. Du coup, sa partition sera nominée aux razzie awards (l'opposé des oscars), un comble pour le musicien alors que sa musique est très réussie et participe à l'oppression ambiante.
Échec commercial à sa sortie en salle (il faut dire que cette année là la concurrence est rude), The thing accèdera au rang de film culte à sa sortie en vidéo, quelques années plus tard. Il est, encore aujourd'hui, considéré comme un chef d’œuvre du genre fantastique et l'un des films de Carpenter les plus proches de l’œuvre de Lovecraft. Une 'préquel', honnête, montrant les événements se déroulant dans la base norvégienne est sorti en 2011.
L'extrait proposé permet tout de suite de poser cette ambiance de suspicion et d'inconfort, appuyé par la musique. Vous noterez qu'elle pose également la date du film, il suffit de voir l'ordinateur !



Le maître du mystère adapte Simenon ! :
Les fantômes du chapelier

Claude Chabrol est le maître du film policier français. Dans ses 58 films pour le grand écran et 26 pour la télévision, il s'est efforcé de dépeindre les mœurs de notre société et d'analyser la psychologie de l'être humain... Presque un travail de sociologue. Le tout est classé dans le genre policier qu'il n'a jamais délaissé.
Il ne sera vous surprendra pas d'apprendre qu'il était un admirateur de Hitchcok et Simenon. De ce dernier il a adapté deux livres, il est mort avant d'avoir pu tourner le troisième (l'escalier de fer). Pour sa première adaptationCar du maître, Chabrol choisit une histoire qui a été tout d'abord une nouvelle, qui a elle-même connu deux fins avant de devenir un roman doté d'une 3ème fin ! C'est ce dernier, Les fantômes du chapelier, qu'il retranscrit très fidèlement, déplaçant simplement l'action de La Rochelle à Concarneau.
L'histoire raconte le destin d'un chapelier qui devient un tueur en série, pour une raison que je ne vous révèle pas. En face de son échoppe, un tailleur qui se doute de quelque chose... Au fil des événements, le tueur va gagner en confiance, s'amuser du défi qu'il représente pour la police et ressentir une telle ivresse qu'il va devenir finalement accro à son 'hobby' !
Psychologiquement, le film, tout comme le roman (Simenon est mon écrivain préféré), est d'une irréprochable justesse. Pour incarner le tueur, Chabrol fait appel à Michel Serrault qui comme à chaque fois fait preuve de son immense talent. En face de lui, Charles Aznavour, plus vrai que nature, en Kachoukas, le tailleur (rappelons que ce chanteur compte tout de même plus de 50 films à son actif). Résultat, l'un de mes Chabrol préférés, sachant que j'aime presque tous ses films, mes préférés arriveront en 85 et 86.
Un extrait ici, avec François Cluzet dans l'un de ses premiers rôles (après une prestation chez Tavernier dans l'excellent Cheval d'orgueil).



Maintenant, vous êtes libre... :
Les misérables

Les misérables, roman de Victor Hugo publié en 1862, a connu pas moins de 35 adaptations sur grand écran. Quatre sont considérées comme remarquables :
- La version avec Harry Baur et Charles Vanel de 1934
- Celle avec Cedric March et Charles Laughton en 1936
- Celle avec Jean Gabin, Bourvil et Bernard Blier en 1958
- Celle avec Ventura, Carmet et Bouquet en 1982
Les deux premières sont un peu hors catégorie, vu leur grand âge, quand à la version de Le Chanois, elle est vraiment très bien, pourtant, de mon goût, je préfère celle de Robert Hossein. Ce n'est pas dû à la performance de Jean Carmet, qui égale celle de Bourvil. Non plus à Gabin, qui fait du Gabin mais en impose en Valjean, tout comme Ventura dans la version de 1982, tout en retenu et humilité. Peut-être grâce à Michel Bouquet. Blier faisait un bon Javert, mais Bouquet... quel acteur, quel prestance, quelle froideur !
La version de Hossein, co-scénarisée avec Alain Decaux, est plus fidèle au livre. On peut parfois reprocher au réalisateur un style 'pompier' dans ses ralentis, mais ça passe finalement très bien. Les acteurs, dont le casting est remarquable, sont tous très bien dirigés et contiennent de très nombreux seconds rôles bien connus.
Et puis il y a la musique, signée Michel Magne, dont nous avons parlé en 1974, puissante, magnifique, qui décuple la puissance des images et du jeu des acteurs.
Cette version des Misérables m'a beaucoup marquée. La voir, c'est un peu comme lire le roman...




Pas d'invité de la semaine, pour cause de grosse actualité, on se rattrapera la semaine prochaine !



La semaine prochaine : 1983

- Le comique fait dans le tragique
- Besson/Jolivet même combat

Et l'invité de la semaine !