Le retour du fils prodigue :
Le mauvais fils
Pour incarner le fils de retour, Sautet a choisi le visage 'angélique' de Patrick Dewaere. Pour le père introverti, c'est Yves Robert qui s'y colle avec talent et démontre qu'il n'était pas qu'un grand réalisateur (Le grand blond, Alexandre le bienheureux, Un éléphant ça trompe énormément, La gloire de mon père, etc.).
Comme dans tous les films de Sautet, les acteurs sont d'une justesse saisissante, le propos n'est pas manichéen, et l’œuvre est un drame qui ne se finit ni mal, ni bien... on ne peut pas parler de comédie dramatique... moi j'appelle ça des 'sauteteries' (surtout, bien prononcer).
Brigitte Fossey et Jacques Dufhilo complètent un casting qui ne suit pas que ce rapport conflictuel père/fils mais également le parcours de ce 'paumé' dans son parcours avec la drogue. Un parallèle avec la vie de Patrick Dewaere qui luttait contre son addiction à l'héroïne. La fiction se termine mieux que la réalité.
Suite à une sombre querelle avec un de ses amis, qui était journaliste, la presse boycotta non pas le film mais l'acteur ! A tel point que certaines critique ne citaient pas l'acteur du tout ou se contentait de mettre ses initiales 'P.D.' avec le double sens insultant que ça pouvait avoir à l'époque... Comme quoi, on était déjà assez cons dans la presse...
Le mauvais fils est un film très touchant qui, avec Série noire, nous fait regretter les films que Dewaere aurait pu continuer à interpréter, s'il n'avait choisi de mettre fin à ses jours en 1982...
LA catastrophe industrielle du cinéma :
La porte du paradis
Heaven's gate raconte le conflit entre des immigrants de l'est et des éleveurs de bétail dans le Wyoming en 1890. Un conflit qui va amener le massacre des immigrants pauvres par des chasseurs de primes engagés par les éleveurs, avec la bénédiction des autorités américaines. Bon, la réalité historique est loin du déroulement du film, mais là n'est pas le propos. Cimino décide de démystifier l'ouest des westerns pour une vision sale et 'ouvrière' (une image que reprendra la série Deadwood).
Cimino bénéficie d'un budget de 7 millions de dollars, le tournage débutant peu après les résultats des Oscar. Mais Cimino ne tient pas son budget... il tourne... 220 heures de film (et à l'époque c'est pas sur disque dur mais sur pellicule !)
Le premier montage fait 3H39 mais est un cuisant échec. Alors que l'ère Reaganienne va commencer, l'Amérique n'est pas prête pour cette vision très sombre de ses mythes. Le film est retiré de l'affiche au bout d'une semaine car les critiques sont assassines. Mais le studio, plutôt que de soutenir le film avec de la pub (comme il le fait souvent avec des navets) suit les journalistes. Huit mois plus tard, Cimino propose une nouvelle version de 2h29, avec un montage très différent (et franchement pas terrible), c'est de fait un nouvel échec. United Artist, en mauvaise posture, a du mal à se relever des 44 millions de dollars qu'a finalement coûté le tournage pour seulement 3 millions de recettes !
Pourtant le film est original, la maitrise technique parfaite, le scénario bien ficellé et le casting.... Chris Kristoferson (Pat Garett et Billy the kid, voir en 73), Christopher Walken, John Hurt, Sam Waterston (Jack Mc Coy dans la série Law & Order), Jeff Bridges, Brad Dourif, Joseph Cotten, Mickey Rourke, et la fabuleuse Isabelle Huppert... à tomber par terre.
Ajoutons une partition marquante de David Mansfield qui porte un peu plus le film (c'était sa première BO, un coup de maître).
Après ce terrible échec Michael Cimino aura beaucoup de mal à s'en remettre. Il tournera encore 3 films, sera obligé de s'exiler en Europe, avant d'abandonner le cinéma, rejeté par la profession et conspué par la critique. Il est, à l'instar d'Orson Welles et Terry Gilliam, un réalisateur maudit...
Mais les Américains ne sont jamais à un revirement près... Au fil des ans, la version originale trouve des défenseurs et des partisans (comme moi). Finalement, en 2012, Michael Cimino propose une version 'finale' remastérisée (avec un travail sur les couleurs) de 3H36 (proche de sa première version). La critique est unanime... Il aura fallu 32 ans pour que le monde du cinéma (surtout américain) se rende compte qu'il a affaire à un chef d’œuvre, au point que La porte du paradis figure parmi les '7 merveilles du monde cinématographique' pour certains critiques.
Hélas, pendant ces 30 ans d'opprobre, le réalisateur n'aura presque pas pu tourner, ce qui nous prive de films qui, au regard de sa filmographie, aurait sans doute mérité toute notre attention...
On préfère quand ça finit mal ! :
L'empire contre attaque
Je n'ai pas vu Star Wars à sa sortie, j'étais un peu jeune et on allait rarement au cinéma. Par contre, j'ai été voir la suite, L'empire contre attaque avec son impressionnante affiche aux couleurs hivernales qui nous hypnotisait. Il fut dans les premiers films qu'il m'a été donné de voir sur grand écran.Que ce soit la bataille sur Hoth, dans la neige, l'initiation de Luke avec Yoda sur une planète marécageuse et glauque, la magnifique cité dans les nuages, le dantesque duel entre Dark Vador et Luke ou encore la transformation de Han Solo en tablette de chocolat géante, le film était haletant et immersif de bout en bout, sans oublier des touches d'humour et de marivaudage.
Le tout est accompagné par, de mon avis, la meilleure Bande originale de tous les Star Wars, celle où elle est le plus mise en valeur et en même temps sert au mieux les images.
Magnifique, innovant, rempli de bonnes trouvailles, construit comme une tragédie grecque, L'empire contre attaque se termine mal ! On aurait pu croire à un film européen, loin des critères classiques hollywoodiens. Autant dire que nous attendions la suite avec impatience !
Déception... ce Retour du jedi, brise très rapidement les ressorts tragiques pour sombrer dans un film 'tous publics' ressemblant plus à un épisode du Muppet show (pire que l'épisode IV, c'est pour dire).
Je n'ai pas vu le dernier film sorti, le 7, j'avais été trop refroidi par la seconde trilogie (première dans la chronologie de l'univers) qui était dans le même esprit que Le retour du Jedi.
Mais quel dommage. Quand on revoit, encore aujourd'hui, Empire strike back, qui est encore le mieux noté de tous les Star Wars, on se dit que si Georges Lucas avait été moins intéressé par le marketing et la vente de produits dérivés, il aurait laissé une empreinte bien plus importante sur le 7ème art que sur les magasins de jouets.
Trop de travail et pas de loisirs, ça rend marteau :
Shining
Après le semi échec commercial de Barry lindon (voir 1975), Kubrick décide de s'attaquer au film d'horreur mais ne veut en aucun cas un film avec le diable. Poussé par les studios (oui ça lui arrivait), il accepte d'adapter le dernier roman de l'écrivain populaire Stephen King, Shining. Toutefois, il réécrit entièrement le scénario (avec l'aide de l'auteur du roman qu'il voulait adapter à l'origine), ce qui provoquera la colère de King. Et pourtant, quelle bonne idée que de se débarrasser des thèmes sociaux toujours très lourds et manichéens des américains moyens dont le célèbre écrivain n'a jamais su se débarrasser !Le film est entièrement tourné en studio au nord de Londres, sauf quelques scènes d'extérieur. Même la façade de l'hôtel est reconstitué. Shining forgera définitivement la réputation de psychopathe perfectionniste de Stanley Kubrick. La bagarre dans l'escalier, par exemple, nécessitera 87 prises ! Le moindre détail est réfléchi et pourtant de nombreuses zones de flous dans le scénario demeurent volontairement, ouvrant la porte à de nombreuses interprétations (voir l'invité de la semaine de 1971).
La prestation de Jack Nickolson est bien entendu extraordinaire, tout comme celle de la pauvre actrice Shelley Duvall à qui le réalisateur faisait répéter les scènes plus de 40 fois ! Quand au garçon, il ne savait pas qu'il jouait dans un film d'horreur et ne l'apprit que 11 ans plus tard quand il vit le film pour la première fois !
Techniquement, que dire, c'est de la perfection avec en point culminant cette poursuite dans le labyrinthe d'arbres enneigé, filmé grâce à une caméra sur harnais évitant tout les matériel type rails ou grue, permettant de faire des traveling dans tous les sens ! Film référence sur la steadicam (même si ce ne fut pas le premier à l'utiliser), elle est d'usage commun sur tous les plateaux du monde !
Si aujourd'hui Shining est considéré comme l'un des meilleurs films fantastique/d'horreur de tous les temps, ce fut loin d'être le cas à sa sortie, où il fut décrié. L'actrice et Kubrick furent même nominés aux Razzies awards, les 'anti-oscar', récompensant les pires performances de l'année au cinéma.
Il suffit de regarder ce film aujourd'hui pour se sentir aspiré comme par des ables mouvants, et ressentir un malaise monter jusqu'au dénouement.
Pour un extrait, je vous renvoie à 1971 et je me contenterai d'une simple photo ici.
L'invité de la semaine :
Sergio Leone
Si ce premier film est un pompage éhonté et mal assumé de Yojimbo de Kurosawa (n'imaginant pas un succès mondial, les producteurs ne contactèrent pas le réalisateur japonais pour négocier une adaptation), il ouvre la route à Pour quelques dollars de plus. Mais après ces deux premiers western, Leone prend une autre dimension en signant Le bon, la brute et le truand, au croisement entre western, comédie dramatique, critique sociétale et road movie. Toujours accompagné de son camarade d'école Morricone, le réalisateur va signer Il était une fois dans l'ouest (voir 1968), énorme succès mondial et film culte devant l'éternel.
Trois ans plus tard, c'est Il était une fois la révolution qui explose sur les écrans (voire 1971), dans la même veine que sa précédente œuvre (mais il ne devait pas le réaliser, c'est à Peckinpah qu'il destinait le scénario).
A partir de 72, il se contente de réaliser quelques scènes de 2 westerns (Mon nom est personne et Un génie, deux associés et une cloche) et des pubs, tout en préparant Il était une fois en Amérique
Le film sort en 1984, nous en reparlerons amplement puisque c'est mon film préféré toutes catégories confondues. Toutefois, massacré au montage à sa sortie aux USA, le film est un grave échec commercial. Leone, totalement déprimé, ne tournera plus jusqu'à sa mort en 1989.
Comme d'habitude, en 2012, l'Amérique redécouvre l’œuvre d'origine et se rend compte que c'est un chef d’œuvre fabuleux... bien trop tard. Leone ne tournera jamais les projets qu'il avait envisagés comme l'adaptation des 100 jours de Leningrad ou A Place Only Mary Knows... Quel dommage.
La semaine prochaine : 1981
- Le guerrier de la route- Maintenant l'apocalypse !
- Anal Nathrach, udhras beothadh, dochioll dian fe
- Une alliance pour une arche
- Un retraité trop tranquille
Et l'invité de la semaine !
