Compter les morts :
La vie et rien d'autre
J'ai déjà cité mon admiration pour le réalisateur Bertrand Tavernier qui avait été mon invité de la semaine sur l'année 86 (avec justement une photo du film que je met en lumière). En cette année 1989, des affiches fleurissent dans Paris, montrant Noiret en uniforme de la guerre 14, le visage ensanglanté, avec ce slogan : Un monument !
Le commandant Delaplane est chargé, en 1920, du recensement et de l'identification des disparus de la guerre : cadavres, amnésiques, etc. Ses quartiers sont installés à la sortie d'un tunnel ferroviaire qui s'est écroulé sur un train transportant des soldats. Au cours de son travail, il va croiser deux femmes, très différentes, chacune à la recherche de l'homme de leur vie.
Tavernier décide ici de traiter des disparus de la première guerre mondiale, au nombre de 350000 ! Pour traiter de ce difficile sujet, il contacte Jean Cosmos qui avait déjà travaillé sur ce thème. La reconstitution orchestrée par Tavernier est étonnante, à tel point que certains éléments, comme la reconnaissance des objets pour tenter d'identifier des disparus, que les deux auteurs ne connaissaient pas, se déroulait effectivement ainsi.
Philippe Noiret joue une de ses meilleures compositions dramatiques, offerte par l'un de ses réalisateurs fétiches. Tavernier offre également, après Un dimanche à la campagne, un rôle extraordinaire à Sabine Azéma, qui va assoir définitivement son aura de grande actrice. On citera aussi de très nombreux seconds rôles, tous plus pertinents les uns que les autres dont Pascale Vignale et Michel Duchaussoy.
Le film est terrible, le personnage de Noiret habité par son éthique et rongé par la tentative des autorités de minimiser le carnage. Choisir UN soldat inconnu, c'est se focaliser sur un seul en oubliant les centaines de milliers d'autres...
Ne jamais oublier Feelings :
Susie and the Baker boys
La comédie romantique n'est pas ma tasse de thé. Tout juste un tel film me fait passer un moment sympathique, avant de rejoindre le lot des films ne me laissant pas de souvenirs. Mais Susie and the Baker boys, de Steven Kloves (qui n'a fait qu'un autre film mais a été le scénariste de 6 des films Harry Potter) est l'une des exceptions qui confirme la règle.Le scénario n'est pas compliqué. On suit deux frères, pianistes, qui gagnent leur vie en faisant des petites salles, avec un numéro bien rôdé et routinier. Mais les contrats se font rares et l'ainé décide de recruter une chanteuse. Celle-ci va permettre aux frères de retrouver plus de succès, mais elle va également déséquilibrer le duo...
Pour jouer les deux frères, ce sont deux vrais frères qui ont été choisis, l'excellent Jeff Bridges et son frère Beau Bridges. Les deux sont parfaits dans leur rôle, l'aîné dans son souci de 'sécurité' vis à vis de sa famille, le cadet qui joue mécaniquement, étouffant en lui l'amour des clubs de jazz. Pour la chanteuse, c'est la magnifique Michelle Pfeiffer qui incarne à merveille cette artiste à la voix et au charme envoûtants, mais aux manières un peu brutes de décoffrage.
Les deux frères Bridges ont appris à jouer tous les morceaux du film et chantent réellement (ce n'est pas toujours le cas, par exemple dans West side story, les deux acteurs principaux sont doublés sur les chansons), tout comme Michelle Pfeiffer qui a du travailler sa voix 10 heures par jour !
Susie and the Baker boy est une comédie dramatique et romantique, le film est charmant, les personnages bien campés qui sonnent justes. Un film très rafraichissant, que je regarde toujours avec plaisir.
Ira, ira pas ? :
Force majeure
Je vous conseille de commencer par regarder l'extrait que je propose en dessous, et vous avez le sujet. Deux garçons ont, durant leurs vacances, consommé un peu de haschich qu'ils ont laissé à Hans, un copain néerlandais, en partant. Ce dernier, arrêté avait, de fait, une quantité trop importante de drogue, il a été condamné à mort. Seul solution pour le sauver, le rejoindre et partager une peine de prison...Parmi les deux garçons, il y a Philippe, brillant étudiant en mathématiques, promis à un bel avenir et il y a Daniel, chômeur jeune papa zonant en banlieue. Que feriez-vous ? Seriez-vous prêt à mettre votre vie entre paranthèses pour sauver quelqu'un que vous connaissez à peine ?
C'est ce dilemme que Pierre Jolivet traite ici dans son film, de manière intelligente, juste et non manichéenne. Son casting est parfait, Bruel (que j'apprécie moyennement) joue ici parfaitement l'étudiant. Cluzet, de son côté, est parfait en zonard sans véritable avenir. A côté d'eux, l'excellent et regretté Alan Bates (non doublé) en avocat chargé du dossier par Amnistie internationale, ainsi que Kristin Scott Thomas, l'ex de Hans. Le frère du réalisateur, le comique Marc Jolivet, joue le rôle d'un journaliste local.
Force majeure est un film fort, avec une chute terrible, Pierre Jolivet, chantre du cinéma 'indépendant' et financé par subvention, posait une pierre majeure dans une filmographie riche et très intéressante.
Tristes fiançailles :
Mr Hire
Vous le savez sans doute, Georges Simenon est mon écrivain préféré, il sera forcément un invité de la semaine. De nombreux réalisateurs, tout autant admirateurs que moi, ont adapté des romans de Simenon qui a, finalement, une écriture très cinématographique mais malgré tout difficile à filmer, nous y reviendrons.Patrice Leconte n'a en réalité pas choisi d'adapter un roman de Simenon, mais rêvait de faire un remake du film Panique, de son réalisateur fétiche, Julien Duvivier. Quand un producteur lui propose d'acheter les droits du roman, il se jette sur le projet.
Mr Hire raconte le destin d'un misanthrope, qui tombe amoureux de sa voisine d'en face, qu'il espionne. Dans le même temps, un meurtre a été commis et Mr Hire est suspecté par l'inspecteur.
Pour moi, Michel Blanc trouve là son meilleur rôle dramatique, en personnage à la fois antipathique et pathétique. Face à lui, une Sandrine Bonnaire vénéneuse et désirable.
Connu, à cette époque, surtout pour ses comédies, Leconte signe ici un drame policier, avec une teinte d'érotisme et des personnages magnifiques, comme Simenon savait les raconter. La partition de Brahms, qui accompagne les scènes de désirs de Mr Hire pour Alice, ajoute à l'étouffante atmosphère. C'est une trouvaille de la monteuse, si bien que les plans du tourne-disque ont été ajoutés au montage !
L'invité de la semaine :
Michael Cimino
J'avais parlé de ce réalisateur à 3 occasions. Son décès, survenu tout récemment, me donne envie de lui rendre hommage.A ses débuts, il signe le scénario de l'excellent film de science fiction écologique Silent running (réalisé par le responsable des effets spéciaux de 2001), puis d'un Inspecteur Harry, Magnum Force. Il est alors engagé par Clint Eastwood pour réaliser le très bon Le canardeur, avec également Jeff Bridges. Cimino a 39 ans quand sort Voyage au bout de l'enfer, premier film sur le traumatisme de la guerre (et pas seulement celle du Vietnam), ce film, extraordinaire (voire 1978), récompensé aux oscars, lui permet de réaliser La porte du paradis, un film d'une grande ambition. Je vous renvoie à 1980 pour le destin de ce film.
Devenu réalisateur maudit, il ne tournera plus que 4 films :
- L'année du dragon, je vous renvoie à 1985
- Le Sicilien, avec Christophe Lambert qui était encore un acteur crédible et l'excellent John Turturo en 1987
- La maison des otages, remake moyen avec un très bon casting en 1990
- Sunchaser, enfin, en 1996.
Ces deux derniers films seront des échecs commerciaux. Cimino ne tournera plus.
En 2012, la version remasterisée de L'année du dragon entame la réhabilitation du réalisateur. Aujourd'hui, Voyage au bout de l'enfer et La porte du paradis sont considérés comme deux films majeures de l'histoire du cinéma.
Cimino a également lancé la carrière de plusieurs acteurs, et pas des moindres : Jeff Bridges, Christopher Walken, Mickey Rourke ou Meryl Streep.
La prochaine fois : 1990
- Un roi à New York- Le club des mafieux
- Jean Rochefort danseur oriental
L'invité de le semaine et le film ovni