vendredi 1 janvier 2016

1978 : Un parfum de fin du monde

Une balle, une seule :
Voyage au bout de l'enfer


 Avant de devenir un réalisateur maudit, Michael Cimino s'était fait connaitre avec un très honnête pola, mettant en scène le très honnête Le canardeur avec Clint Eastwood et Jeff bridges. Son film suivant est plus ambitieux. Il est le premier cinéaste américain à se pencher sur la guerre du Vietnam, et de quelle manière ! Le film Voyage au bout de l'enfer (titre trop pompeux comparé au simple 'chasseur de daim' du titre original) est divisé en 3 parties. On fait d'abord la connaissance d'ouvriers d'origine russe, vivant aux USA, et de leur cadre de vie. L'un d'eux se marie même la veille de son départ au Vietnam où il s'est engagé avec deux de ses amis. La seconde partie se déroule dans le pays en guerre, montrant les atrocités en particulier sous la forme d'une roulette russe modifiée (et purement imaginaire, ça n'a jamais existé). Les trois amis y sont séparés, se retrouvent, puis sont de nouveau séparés.
La dernière partie, enfin, est celle du traumatisme. Michael (celui qui emmenait ses camarades à la chasse, leur expliquant que pour chasser il ne faut utiliser qu'une balle, une seule) revient au pays, mais il a du mal à se réadapter à un monde qui a continuer de vivre sans lui. Il va ensuite se mettre en quête de Steven, dont la femme, qui a accouché, ne parle plus, afin de tenter de ressouder le couple, mais il ignore encore ce qu'il est advenu de son ami. Enfin, il va retourner au Vietnam pour chercher Nick, qui a disparu mais envoie régulièrement de l'argent...
Côté acteurs, c'est du délire ! Robert de Niro, John Savage, John Cazale, Christopher Walken, Meryl Streep, George Dzunzna, etc.
Cimino a 39 ans et reçoit l'oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur. Christopher Walken, inoubliable empoche celui du meilleur second rôle.
Le mode de narration, qui construit les rapports entre les protagonistes, campe les personnalités et les caractères et nous fait comprendre l'environnement pour mieux subir le changement au retour de la guerre, peut sembler longuet à certains spectateurs habitués à des réalisations qui ne s'encombrent pas de psychologie et vont droit au but. Pourtant, chaque image est indispensable et magnifique.
Ce chef d’œuvre (encore aujourd'hui classé 53ème meilleur film de tous les temps) permettra à Cimino de monter un projet encore plus ambitieux, qui causera sa perte... nous en reparlerons.
En attendant, un extrait du film, où vous pourrez mesurer l'amitié entre les protagonistes, c'est la veille de leur départ à la guerre...




Ils sont parmi nous :
L'invasion des profanateurs de sépultures...

 

Bon, pour une fin d'année, j'aurais pu faire plus gai, mais ce sont les hasards du calendrier !
L'invasion des profanateurs est avant tout un roman de Jack Finney publié en 1955. L'année suivante, le roman fera l'objet d'une adaptation sur grand écran par Don Siegel. Plus de 20 ans après c'est Philip Kaufman (scénariste de Josey Wales, Indiana Jones 3 ou L'étoffe des héros, qu'il réalisa également) qui s'empare du roman plus qu'il ne fait un remake du premier film.
Et si un jour, votre mari, après un court voyage, vous revient différent... changé... pourtant il semble tout sourire, serein, apaisé...
C'est en tout cas ce qu'affirme une femme à propos d'un de ses amis, puis d'autres personnes de son entourage. C'est en fait une plante, venue d'ailleurs qui profite du sommeil du sujet sur lequel elle est implantée, pour créer un double à son image tout en absorbant le corps (je sais c'est un peu glauque). De ce 'cocon' sort un être exactement pareil, avec les mêmes souvenirs, mais dont la personnalité est devenue lisse, limpide, un être qui ne s'énerve jamais (moi on me repèrera vite le jour où ça arrivera), qui n'a pas de sautes d'humeur, qui est très calme. De plus, tous ces êtres sont en lien empathique avec les autres. Leur but est bien entendu de convertir l'ensemble de l'humanité, arguant d'ailleurs qu'il s'agit de la recette du bonheur.
Le livre va, comme souvent, bien plus loin que le film qui se concentre sur l'histoire et n'a pas le temps d'aller plus loin. En effet, il est aussi question ici de ce qui définit l'humanité ! Que signifie perdre son humanité ?
Le film est une ode à la paranoïa, un thriller haletant jusqu'au bout avec Donal Sutherland en premier rôle et quelques seconds rôles sympathiques comme Jeff Goldblum ou Leonard Nimoy (Mr Spock).
Le livre a fait l'objet de deux autres adaptations depuis, une de Abel Ferrara et une autre Oliver Hirschbiegel (avec Nicole Kidmann et Daniel Craig) mais elles sont plutôt ternes et sans intérêt particulier, on est loin du 'charme' hypnotique de la version de Kauffman ou de l'ambiance surannée mais magnétique de celui de Siegel.




Quand il n'y a plus de place en enfer :
Zombie, Dawn of the dead

 

J'ai vu pour la première fois ce film sur vhs en 86 je crois. Nous étions dans une maison calme et un brouillard s'était levé si bien qu'on ne voyait pas à plus de 10 mètres, ce dimanche matin (en pleine zone pavillonnaire de banlieue, y a pas un bras qui bouge). Lorsque le film s'est terminé à 8H (nous avions fait une partie de jeux de rôles toute la nuit auparavant) les joueurs devaient rentrer chez eux... Finalement ils dormirent sur le canapé, nul n'osa sortir dans le brouillard...
Zombie (Dawn of the dead en vo) est le second film consacrés aux zombies après La nuit des morts-vivants, sorti en 1968 (et que j'ai vu bien après Zombie). Chacun peut voir des choses différentes dans un film, moi j'y vois un des meilleurs films de fin du monde, un thème dont je suis particulièrement friand (les psys pourraient s'amuser avec cette affirmation). Le film s'ouvre sur un plateau télé où tout semble partir en vrille alors qu'un spécialiste tente d'expliquer qu'il ne faut surtout pas garder ses morts chez soi mais les remettre aux autorités. Juste après c'est une intervention du Swat que l'on suit, sur un 'hlm' dont les habitants ne veulent pas livrer les corps. On assiste alors à l'horreur. Un pasteur, rencontré dans les caves de l'immeuble dit à deux des policiers (qui sont deux des personnages principaux) 'Quand il n'y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre' et il dit également 'un jour ils seront plus nombreux que vous'. Les deux policiers, une jeune femme de la télé et un pilote fuient à bord d'un hélicoptère et finissent par se réfugier dans une supermarché...
Ne passons surtout pas sous silence le côté gore du film, sinon des personnes non averties pourraient avoir des surprises ! C'est Tom Savini, qui joue aussi l'un des motards, qui s'en est donné à cœur joie avec des intestins mangés à même la victime encore vivante, des cervelles qui explosent, etc. C'était alors du jamais vu. Toutefois, les cinéphiles n'auront aucun souci pour aller bien au-delà de cette caractéristique, car résumer Zombie à son aspect gore serait une grave erreur.
 Le concept des zombies de Romero est fondateur. Des morts qui reviennent à la vie et ne pensent qu'à une chose, manger les vivants (les zombies ne se mangent pas entre eux). Si vous êtes mordu, en quelques heures/jours, vous deviendrez l'un d'eux. Seule la destruction du cerveau des revenants est à même d'assurer une mort définitive.
Des centaines de films seront tournés sur le modèle inventé par Romero. Il y a d'ailleurs des similitudes avec le concept de Jack Finney (voir film au dessus) car petit à petit les zombies grignotent l'humanité. Ils n'ont pas besoin de courir, parce qu'ils ne dorment pas, ne s'arrêtent pas et qu'un jour ou l'autre, dans tous les cas, vous ferez partie des leurs !
Romero profite également de ses films pour dénoncer les dérives de la société américaine : racisme, consommation à outrance (les zombies errent dans le supermarché de manière mécanique, comme ils le faisaient de leur vivant), individualisme, questionnement sur le bien et le mal (quand les pillards débarquent, on pourrait presque trouver les zombies finalement sympas), etc.
La musique de Goblin, groupe progressif emblématique des années 70, ajoute à l'ambiance très oppressante et sans issue de ce qui constitue toujours un de mes films préférés !



L'invité de la semaine :
Charlton Heston

Les dernières images de l'acteur, que l'on peut voir dans le documentaire engagé Bowling for Colombine, sont celles d'un vieil homme plus très lucide totalement obsédé par la défense du second amendement, autorisant la possession d'armes pour les citoyens. Mais en aucun cas cela ne doit faire ombrage à sa carrière cinématographique et à son précédent parcours politique.
Avec son visage dur et sa carrure, Heston a incarné le héros viril par excellence Il est révélé au monde par Sous le plus grand chapiteau du monde, mais sa consécration vient avec Ben-hur, pour lequel il remporte un oscar, il a également tourné Les 10 commandements, Quand la marabunta gronde ou La soif du mal.
L'intérêt de sa carrière se situe entre les années 50 et 70 dans lesquels il jouera dans des films d'anticipation marquant (La planète des singes, Soleil vert, Le survivant), dans des films catastrophe (747 en péril, Tremblement de Terre) ou historique (Les 55 jours de Pékin , même si l'aspect 'véracité' historique est plus que discutable), La bataille de Midway ou Antoine et Cléopâtre.
A cette même époque, Heston est un fervent défenseur des droits civiques, il participe à la marche sur Washington en 1963, avec Luther King. Il soutient ensuite plusieurs présidents démocrates, milite au syndicat des artistes pour défendre la création dans le cinéma, etc. En 1972, sous l'influence de son ami Ronald Reagan, il rejoint le camp de républicains. Bizarrement, plus il va s'engager vers la 'droite' américaine (anti avortement, droit aux armes), plus sa carrière d'acteur va s'étioler. Aussi, à partir des années 80, ses films sont de moins en moins intéressants, il joue même à la télé ou des petits rôles dans des films secondaires.
D'abord malade d'un cancer dont il se remet, il cesse toute activité cinématographique et politique en 2002 quand il révèle qu'il est atteint d''Alzheimer. Il est clair que sa fin de vie a hélas un peu occulté la brillante carrière qu'il mena durant 30 ans.





La semaine prochaine : 1979

- Dans l'espace, personne ne vous entendra crier...
- Corneau continue sa série
- Vive le foot
- Une bergère et un ramoneur
- Au cœur des ténèbres

Et l'invité de la semaine !

5 commentaires:

  1. Nous attendions ce qui était annoncé comme le premier vrai film sur le Viet Nam, « apocalypse now », quand « voyage au bout de l’enfer » est sorti. Certains se sont demandés si Coppola ne s’était pas fait griller tant ce film a été un choc. Il fait partie de ces films qui me marquent, profondément il faut croire, et que n’ai pas envie de revoir. Je n’en n’ai donc pas un souvenir dans le détail mais global et impérissable.
    « l’invasion des profanateurs de sépultures » et « dawn of the dead » ne rentrent pas dans mes genres de prédilection. J’ai dû voir le premier à la télé et sa dispensable resucée, « body snatcher » sans engouement de ma part.
    La carrière de« Charlton Heston » est effectivement impressionnante tant il a été présent sur trois décennies et dans des genres très différents. Comment pouvait-il être ami avec Reagan s’il était progressiste sachant que ce dernier avait été plus efficace en tant que cheville ouvrière de la chasse aux sorcières qu’en tant qu’acteur ? Avec des fréquentations pareilles, il ne pouvait que basculer du côté obscur.
    Philippe

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    1. Ah ben oui hein, c'est certain, des films de sous-genre, il y en aura quelques uns ^^
      Charlton Heston a du rencontrer Regean sur un tournage en fait, c'est bête des fois la vie ! ;)

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  2. Charlton Heston progressiste... j'apprends des trucs! :)

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