mercredi 6 janvier 2016

1979 : Tournages difficiles

Dans l'espace, personne ne vous entendra crier... :
Alien


 Quand ce film est sorti en France, j'étais en pensionnat et bien entendu, je n'étais pas en âge de le voir. Mais certains, mythomanie ou réalité, l'avaient déjà vu et le racontaient... Si bien que nous fantasmions ce film que j'attendais d'être assez grand pour voir. Bon, les magnétoscopes (je sais certains n'en ont jamais vu) n'étant pas très répandus, je n'ai finalement pu le voir qu'en 86, et je n'ai pas été déçu !
Alien est un grand film de science-fiction, à la frontière du fantastique ou de l'horreur, qui a révolutionné le genre du film à 'monstres' comme la Hammer en a sorti des tonnes. Si ce film est une telle réussite, on le doit à son réalisateur, Ridley Scott, dont la carrière a hélas périclité à partir des années 90. Il eut la clairvoyance et le courage de faire appel (ainsi que les producteurs) à des artistes peu connus à l'époque : le peintre suisse Giger, dont le tableau Necronom IV a donné la vision du monstre au réalisateur, mais également Jean Giraud (alias Moebius) ou les peintres Chris Foss et Ron Cobb (grands peintres de sf). Cette conjugaison de talents a donné son style si particulier et si réussi à cette œuvre, la mieux réussi dans ce genre, depuis 2001. Rien d'étonnant, Ridley Scott a puisé son inspiration dans ce film de Kubrick mais également dans le magazine Métal Hurlant (oui oui, celui de Dionnet, Moebius et Druillet, voir 1976).
Côté casting, ce sont surtout des acteurs de théâtre qui ont obtenu les rôles et leur carrière au cinéma a ensuite explosé : Sigourney Weaver, John Hurt ou encore Ian Holmes (dont la carrière est impressionnante).
Quand on sait que le budget, le temps de tournage et même l'équipe, étaient très réduits, on se dit qu'il ne faut pas donner de gros budgets à ce réalisateur.
Le succès de Alien a été tel qu'il a été élevé au rang de film culte et a donné lieu à 3 autres films avec comme point commun d'avoir eu des réalisateurs aux styles très marqués.
Il reste, encore aujourd'hui, un film angoissant, esthétiquement impressionnant et tout simplement palpitant.





Corneau continue sa série :
Série noire

 

Série noire est sans doute l'un des films, pour ne pas dire LE film le plus noir qu'il m'a été donné de voir. Il se déroule sur fond de la misère sociale et de banlieue des années 70 (même la BO, composée de variétés de l'époque, est déprimante). Franck est un représentant de commerce, un mec qui fait du porte à porte pour tenter de caser de l'électroménager. Peu talentueux, il galère, et c'est peu de le dire, alors que son couple bat de l'aile dans son minable pavillon de banlieue. C'est au final avec l'aide d'une prostituée de 16 ans qu'il va commettre un délit d'un glauque et d'une sordidité sans nom pour essayer de sortir de sa 'condition', mais en réalité, il s'enfonce de plus en plus, sans possibilité de s'en sortir.
Le film est porté par Patrick Dewaere, acteur extraordinaire, totalement habité par son personnage. A ses côtés, Marie Trintignant en ange des bas fonds (qui a en effet 16 ans lors du tournage), Myriam Boyer en ambassadrice de la ménagère moyenne des années 70, et Bernard Blier en patron cynique et sans scrupule.
Le scénario est tiré d'un roman de Jim Thomson qui a été adapté par Georges Perec.
C'est un film violent, qui met mal à l'aise, mais qui laisse un souvenir indélébile.
Dewaere, dépendant aux drogues, arrêta sa consommation durant le tournage et replongea une petite semaine avant la fin de celui-ci. Le tournage fut de fait très particulier, à la fois éprouvant et stimulant.
Dans cet extrait, Dewaere fait preuve de son incroyable talent et de sa sensibilité exacerbée !




Vive le foot :
Coup de tête

 

La fin des années 70 marque vraiment l'apogée de la carrière de Patrick Dewaere (d'un autre côté, sa disparition prématurée en 82 l'a empêché de la prolonger). En 1979, on le trouve donc à l'affiche de 3 films : Le grand embouteillage, Série noire, et Coup de tête. Trois nuances très différentes permettant de constater ses compétences d'acteurs.
Si Série noire est déprimant au possible, Coup de tête est une comédie assez jubilatoire, même si elle a des côtés dramatiques. Le scénario est signé par le génial Francis Veber (Le grand blond, L'emmerdeur, Le dîner de cons, etc.) et la réalisation Jean-Jacques Annaud (l'Ours, Le nom de la rose, Stalingrad, etc.). De fait, Dewaere incarne à son tour François Perrin (dont le patronyme devient parfois François Pignon), prenant la suite de Jacques Brel et Pierre Richard.
Les joueurs du club imaginaire de Trincamp (s'inspirant de Guingamp) et son adversaire lors du match sont les vrais joueurs de Troyes et Auxerre (il a fallu plus de 35 prises à Dewaere pour le premier but, ce n'était vraiment pas un footeux) en dehors des deux acteurs. Le film en profite pour égratigner, de manière assez corrosive, le monde du football : les supporters, les présidents, les joueurs, les sponsors, etc. 
Le film est très drôle, sonne très réaliste dans sa peinture sociale, et bénéficie d'un très bon casting : Deweare donc, mais également Jean Bouise, Robert Dalban, Donnadieu, Michel Aumont, ou Gérard Hernandez, et Jean-Pierre Daroussin dans son premier rôle !
Un petit extrait du début du film, on la voix off, apaisée de Dewaere est en complet contraste avec l'extrait précédent. Je vous laisse également vous régaler des dialogues, justes et fins, signés également Veber.
Il faut ajouter l'excellente partition musicale de Pierre Bachelet et son légendaire hymne de Trincamp
: La victoire au bout du pied, et la gloire au fond des filets. L'ennemi désemparé, nous vaincrons, nous serons les premiers. Allez Trincamp, Trincamp, Trincamp, but, but, but ! Trincamp, Trincamp, Trincamp, but, but, but !

C'est quelque chose quand même :)






Une bergère et un ramoneur :
Le roi et l'oiseau

 

On a un peu oublié aujourd'hui, les pionniers de l'animation que furent René Laloux (voir 1973) et Paul Grimault. Ce dernier a commencé dans ce métier dès les années 30, dans une société publicitaire. C'est sa rencontre avec Jacques Prévert qui va leur donner des idées. En 1936 Grimault fonde un studio de production avec André Sarrut et commence à travailler sur une adaptation de la Bergère et le ramoneur, le conte de Andersen, avec Prévert. Les studios ont tout de suite des visées internationales et s'éloignent des critères habituels fixés par Disney. En effet, ils ne veulent pas s'adresser qu'aux enfants mais aussi aux adultes en abordant des éléments philosophiques ou 'politiques' dans leurs œuvres. Ils vont remporter un prix à Venise avec leur court métrage 'Le petit soldat', autre adaptation de Andersen, arrivé ex-aequo avec un court métrage des studios Disney !
En 1945 ils commencent à travailler sur La bergère et le ramoneur (ils ont failli choisir la Reine des neiges), un projet très ambitieux avec un budget colossal qui va démarrer avec 10 animateurs pour arriver à une équipe de 100, se formant les uns les autres au fil de la progression du projet. L'harmonie est prodigieuse et les résultats incroyables. Hélas, au fil des ans, des problèmes de budgets (largement dépassé par rapport aux prévisions) et la pression des investisseurs vont conduire à l'éviction de Grimault et un clash avec Prévert. Sarrut termine le film au plus vite en suivant les recommandations des investisseurs rêvant d'Amérique et vide le film de sa touche 'adulte'.
En 1953 sort La bergère et le ramoneur,  renié par ses deux géniteurs. Mais quel dommage, le film vaut quand même le coup, ne serait-ce que pour les voix de Serge Reggiani, Anouk Aimé ou Pierre Brasseur ! Il est d'ailleurs acclamé par la critique et reçoit plusieurs prix.
Grimault, de son côté, ne bosse plus que pour la publicité et monte sa propre société avec laquelle il rachète, en 1967, les droits du film. Son idée est de sortir le film d'origine, celui qui a été refusé. Il s'aperçoit toutefois qu'une partie des négatifs de cette version a complètement disparu. Prévert et lui  décident de faire une sorte de remake. Même si une partie de l'ancienne équipe a disparu, y compris des doubleurs, Grimault reprend 40 minutes du premier film auxquelles il ajoute 45 entièrement refaites (que ne verra pas Prévert qui meurt en 77). Le travail, ne serait-ce que pour accorder les couleurs des éléments issus des deux versions est magique. Le film, qui sort en 79, est bien entendu dédié à Jacques Prévert et sa genèse mériterait un documentaire.
Poétique, magnifique, empli de fantaisie et de rêve, il a été reconnu internationalement et est considéré comme un jalon indispensable à l'évolution du cinéma d'animation. D'ailleurs, les fondateurs du studio japonais Ghibli (Takahata et Miyazaki qui ont réalisé Le château dans le ciel, Le tombeau des lucioles, Princesse Mononoké, etc.) affirment que sans le travail de Grimault et Prévert, ils ne se seraient jamais lancés dans l'animation !
Une version restaurée HD est sortie en 2012, elle a sa place chez tout amoureux de cinéma.
Le petit extrait montre une partie de chasse du monarque Charles-V-et-trois-font-huit-et-huit-font-seize...




Au cœur des ténèbres :
Apocalypse now

Dernier film que je traiterai sur cette fertile année, Apocalypse now, l'un des chefs d’œuvres de Francis Ford Coppola (Le parrain 1 à 3, Outsider, Rusty James). Inspiré d'une nouvelle de Joseph Conrad (Au cœur des ténèbres) transposée au Vietnam, le film suit le parcours d'un soldat chargé de tuer un officier hors de contrôle au fin fond de la jungle. Au fil de son parcours, il s'éloigne de la civilisation dans tous les sens du terme pour aller de plus en plus loin dans la folie, la barbarie et l'inhumanité...
C'est en quelque sorte l'inverse d'un chemin initiatique... ou alors dans le mauvais sens. Au lieu d'aller vers une vision  éclairée, on plonge dans les ténèbres.
Le tournage fut un cauchemar, avec un infarctus de l'acteur principal, des décors détruits, des conditions très difficiles (des hélicoptères prêtés par l'armée à peindre aux bonnes couleurs le matin et à repeindre aux couleurs d'origine le soir !), etc.
La prestation de Marlon Brando (notons aussi celle de Robert Duvall), pourtant finalement assez courte, a profondément marqué. L'acteur, obèse (doublé sur certaines scènes à cause de son trop grand poids) signe sa dernière prestation digne de ce nom, qui sera maintes fois copiée et parodiée.
J'ai d'ailleurs choisi comme extrait une parodie de la prestation de Brando par Eric Cantona, à l'époque où il était l'égérie de Nike. Il y reprend le code de la légion, simplifié et appliqué au foot. Du génie pur pour un footballeur vraiment différent. Une bonne manière de se faire plaisir ! Et puis ça change un peu.
C'était en 1997, 18 ans après la sortie d'Apocalypse now... l'occasion de le revoir, 18 ans après !









L'invité de la semaine :
Jean-Pierre Mocky

Il y a des gens de cinéma qui font partie de notre patrimoine, qui sont comme des éléments de décor dont l'existence est juste normale, comme l'était Galabru. Jean-Pierre Mocky est de ceux-là. Marié à 13 ans, premiers rôles au même âge (durant la guerre, son père fit modifier sa date de naissance, si bien qu'il a toujours des papiers annonçant 1929 alors qu'il est né en 33), Mocky est une sorte de dinosaure qui a traversé l'histoire du cinéma parlant en France et en Italie ! Spécialiste des petits budgets, adepte d'une direction sans chichi, le scénariste, réalisateur, monteur et producteur a fait tourner, l'air de rien, tout le gratin du cinéma français : Serrault, Poiret, Deneuve, Blanche, Maillan, Fernandel, Simon, Lonsdale, Bourvil, Moreau, Bohringer, Lafont, Dutronc, Galabru, Noiret, Vanel, Audrant, Cowl, Godrech, Blanc, Novembre, Prévost, Constantin, Birkin, Azéma, Villeret, Brasseur, Pinon, Marielle, Carmet.... forcément en 60 films et 50 ans de carrière !
Il faut ajouter à ces acteurs son 'Mocky circus', des petits rôles récurrents, que l'on retrouve dans presque tous ses films, une sorte d'écurie de 'gueules', comme l'a reproduite Dupontel. Et puis également ses engagements improbables : Nino Ferrer, Karl Zéro, Plastic Bertrand, Patrick Sébastien, Garcimore...
Mocky a connu de grands succès avant d'avoir une période bien plus difficile à partir de la fin des années 80. Mais cela ne l'empêche pas de continuer de tourner, pour des sorties ne dépassant pas parfois les 10000 entrées. Depuis 2011, pour diffuser ses réalisations, il a racheté 2 cinémas sur Paris, et peut ainsi continuer à rencontrer du public.
J'avais parlé des Compagnons de la marguerite en 1967, mais nombre de ses films, sans être des chefs d’œuvre, sont notables et tous ont quelque chose d'intéressant lors de leur visionnage. Citons quelques films qui se démarquent des autres :
Un drôle de paroissien, La cité de l'indicible peur, La grande lessive, Un linceul n'a pas de poches, L'ibis rouge, Litan, A mort l'arbitre, Le miraculé, Les saisons du plaisir, Agent trouble, Une nuit à l'assemblée nationale, Noir comme le souvenir, Le furet, etc.
Cinéma de critique sociale mélangé à du polar ou à de la comédie, flirtant avec le fantastique, Mocky est un réalisateur acide et critique qui, à 82 ans, continue de tourner de 1 à 2 films par an quand il ne tourne pas de téléfilm !
La plupart de ses œuvres ne sortent désormais plus que dans ses cinémas (le Desperado et le  Christine 21).
Dernier anarchiste anti-système, il avait fait l'objet d'un excellent article dans le Schnock n°12. Personnage entier, outrancier, presque caricatural et peut-être un peu mégalo parfois, provocateur et polémiste, je lui souhaite une longue vie, toujours hors des sentiers battus.
J'ai choisi un extrait/bande annonce de Litan, la cité des spectres verts, prix de la critique au festival du film fantastique d'Avoriaz en 1982, un film de genre fantastique, très étrange et déroutant, avec dans les rôles principaux Nino Ferrer, Marie-José Nat et Jean-Pierre Mocky.






La semaine prochaine : 1980

- Le retour du fils prodigue
- LA catastrophe industrielle du cinéma
- On préfère quand ça finit mal !
- Trop de travail et pas de loisirs, ça rend marteau

Et l'invité de la semaine !


7 commentaires:

  1. Alien, tout simplement sublime. Ce film ne laisse personne indifférent (Nath ne veut pas le voir, de peur de faire des cauchemars ^^).
    Et Ridley Scott est définitivement mon réalisateur préféré.

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    1. C'est loin d'être mon cas. Je trouve qu'à partir de 92, il devient un réalisateur hollywoodien un peu plus brillant que les autres, sans plus. Mais tous les goûts sont dans la nature.

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  2. Alien est génial, grâce aussi à des séquences astucieuses qui mériteraient une analyse psychanalitique ;) p.ex. dans la scène finale, un critique raconte comment on se sent voyeur en regardant Sigourney Weaver en sous-vêtements, comme une créature perverse cachée dans le placard... comme l'alien en fait... et hop l'Alien et sa forme phallique lui saute dessus... on ne peut qu'être troublé, et le réalisateur joue là-dessus :)

    Coup de Tête est un de mes films favoris à moi aussi. Je suis surpris que Weber en soit le scénariste, parce qu'à moi il apparaît très amer (c'est une tragi-comédie): il y a une scène de viol non terminé qui m'est assez pénible (et qui rend pas du tout crédible la réconcialiation finale de la fille tombée amoureuse de son agresseur... à moins que ça se passe comme ça dans les années 70). Mais bon, les footeux sont dépeints comme très cons, les politiques s'en servent comme opium du peuple, et rien que cela vaut le plaisir de voir ce film! ;) En fait c'est un film très "mockyien", ou "Bertrand Blierien" à cause de la scène dont je parle...

    Apocalypse Now... le film culte par excellence! Chaque scène est culte (les playmates complètement hors de leur élément; le monologue de Brando, effectivement...) et il y a des répliques à collectionner... quelques-unes rien qu'avec mes souvenirs :

    - "ces types (les forces "de la cavalerie" aéroportées) étaient passées directement du cheval à l'hélicoptère"

    - "j'aime l'odeur du napalm au petit matin"

    (au jeune noir qui danse sur la navette fluviale)
    - quel âge as-tu?
    - 17 ans.
    (bien vu : l'âge moyen du soldat au Vietnam était de 19 ans)

    Aucun film sur la guerre du Vietnam ne l'a surpassé jusqu'à Full Metal Jacket, et j'y ai longtemps cherché la scène de la roulette russe... qui se trouve en fait dans "Voyage au bout de l'enfer" ;)... mais qui ne déparerait pas.

    Merci pour la madeleine de la pub de Cantona ;)

    Le Roi et L'Oiseau, monument... merci Prévert! :)

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    1. Pour l'histoire du viol, ce n'est pas Dewaere qui la viole hein ! Et quand il va la retrouver et explique qu'il va rattraper le temps perdu, on comprend, et la victime aussi, qu'il est plus dans la déclaration surjouée que dans l'application.
      Ouep, quand je pense aux films sur le Vietnam, ceux qui m'ont le plus marqué sont justement Voyage au bout de l'enfer, Full Metal Jacket et Apocalypse now ^^
      Ouh Ah Cantona !

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  3. Ah oui, et tu m'as fait mettre un nom sur mon second rôle moustachu préféré : Jean Bouise, avec sa tête de perdant... ;) Jean Bouise en invité de la semaine ! ;)

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    1. Hé hé, je réfléchirai à cette suggestion, il a fait de nombreux rôles intéressant.

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  4. J'ai vu un excellent documentaire, il n'y a pas longtemps sur Arte, qui trait de la géo-ingénierie. Durant la guerre du Vietnam, les USA ont balancé des tas de produits dans l'atmosphère pour stimuler la mousson afin de rendre le déplacement des rebelles difficiles... Ce sont les populations qui ont pris, comme d'habitude.

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