Jo-na-than ! Jo-na-than ! Jo-na-than !
Rollerball
Un jeu où la violence est plus importante que le sport... C'est ce qu'imagina l'écrivain William Harrison (auteur également du roman Aux sources du Nil mettant en scène Burton et Speke, ou encore Brubaker, adapté avec Redford au cinéma) en voyant un match de basket dégénérer en bagarre générale, enthousiasmant les spectateurs bien plus que le match. Sa nouvelle Rollerball fut adapté sur grand écran par Norman Jewison, un réalisateur canadien (le Kid de Cincinnati, Dans la chaleur de la nuit, L'affaire Thomas Crown).Rolleball est un film violent, très violent, même si aujourd'hui on dirait simplement un film d'action un peu mou. Mais au delà de cette lecture primaire, même si ces temps-ci, c'est un mode d'interprétation très répandu, c'est un film qui interroge. Dans un futur proche, le monde est dirigé par des corporations (par secteur économique) et toute guerre a été bannie. Ce au prix d'une société où l'ordre hiérarchique est immuable. Par exemple les cadres peuvent choisir la femme qu'ils veulent, même si celle-ci est avec quelqu'un d'autre, tant qu'il est d'une 'caste' inférieure. Le héros, Jonathan E. est d'ailleurs toujours nostalgique de son amour qui est parti vivre avec un cadre (c'est dans ce film que j'ai découvert le prodigieux adagio d'Albinoni/Giazotto que le héros écoute sur les images de sa femme). Dans ce futur, on donne au peuple l'occasion de défouler par des loisirs violents, dont le Rollerball où chacun peut canaliser ses pulsions. Mais le sport prime sur l'individu, c'est à ce prix que le système peut rester en place. Or, Jonathan, joueur d'exception, ne veut pas arrêter malgré les pressions et les changements de règles. Il veut aller jusqu'au bout et défier les corporations pour comprendre. Mais à quel prix ?
C'est James Caan, emblématique mâle des années 70, avec son abondante pilosité, sa carrure de garde du corps et ses bijoux, qui campe héroïquement le héros (il s'entraina dur et exécuta toutes ses cascades).
Rollerball a donné lieu à un lamentable remake sans âme ni intérêt en 2002, surtout ne vous faites pas refiler celui-là !
Hymne à la nature : Dersou Ouzala
Dersou Ouzala, c'est le nom d'un guide/chasseur sibérien que rencontra un topographe russe, Vladimir Arseniev (au destin tragique) lors de ses explorations de la Sibérie au début du siècle dernier. Du livre où l'officier russe relate ses 'aventures', Akira Kurosawa en tira un film de près de plus de 2 heures, d'une 'lenteur' qui affligerait tout amateur de films de super héros stéroïdés.Oui mais voilà, ce film est l'un des plus beaux hommages à la nature qu'il m'a été donné de voir.
Un groupe de soldats, dirigés par un topographe, est chargé de cartographier une région 'sauvage' à la frontière avec la Chine. Ils vont rencontrer ce fameux guide et découvrir sa compréhension de la nature, ses croyances, sa manière de vivre en harmonie. Dersou va même sauver la vie de Vladimir grâce à ses compétences de survie.
Quelques années plus tard, le topographe revient et retrouve son guide, mais celui-ci est dur le déclin. Sa vue baisse, il est aigri, il ne semble plus capable de survivre...
Ce drame humain se déroule au milieu de paysages magnifiques mais augure du conflit entre civilisation et nature, entre deux modes de vie.
Dersou Ouzala permit au réalisateur de se relancer, après une décennie difficile. Si vous n'avez pas forcément besoin de plan de 2 secondes s'enchaînant pour apprécier un film, je ne peux que vous recommander ce chef d’œuvre.
Une épopée irlandaise : Barry Lyndon
Quand
on regarde Barry Lyndon, on a l'impression qu'un musée de peintures
défile devant nos yeux ! Il faut dire que le film de Stanley Kubrick
nécessita plus d'un an de préparation, entre la création des costumes
(tous à partir de vêtements authentiques), les repérages pour des vues
en décors réels, et le travail technique afin de pouvoir filmer
réellement des scènes à la lueur de bougies, un truc impensable à
l'époque (qui nécessita de prendre des objectifs initialement conçus par
la NASA) !
Autant dire que le film est superbe, chaque scène se regardant comme un tableau de maître. Kubrick qui désirait donner un côté réaliste et documentaire à son film a parfaitement réussi, même la musique est contemporaine de l'époque et le casting, à la Leone, est rempli de 'gueules'.
Barry Lyndon c'est aussi une histoire. Celle d'un 'petit aventurier' du XVIIIème siècle. Tiré d'un roman picaresque de William Makepeace Thackeray (qui, du coup, fut mis au programme du CAPES et de l'agrégation d'anglais 3 ans après la sortie du film), publié en épisodes en 1844, le scénario de Kubrick s'en écarte quelque peu tout en gardant le côté 'chronique sociale d'une époque'. A la fin du film, Kubrick conclut : "Ce fut sous le règne du roi Georges III que ces personnages vécurent et se querellèrent ; bons ou mauvais, beaux ou laids, riches ou pauvres, ils sont tous égaux désormais."
Kubrick ne reçut qu'un oscar technique dans toute sa carrière. En 1975 sortit Vol au dessus d'un nid de coucou qui rafla la mise aux Oscars. Pourtant, il m'a bien moins marqué et surtout qui a beaucoup plus vieilli que Barry Lyndon, sorte de film éternel puisqu'il semble avoir été tourné au XVIIIème siècle...
Autant dire que le film est superbe, chaque scène se regardant comme un tableau de maître. Kubrick qui désirait donner un côté réaliste et documentaire à son film a parfaitement réussi, même la musique est contemporaine de l'époque et le casting, à la Leone, est rempli de 'gueules'.
Barry Lyndon c'est aussi une histoire. Celle d'un 'petit aventurier' du XVIIIème siècle. Tiré d'un roman picaresque de William Makepeace Thackeray (qui, du coup, fut mis au programme du CAPES et de l'agrégation d'anglais 3 ans après la sortie du film), publié en épisodes en 1844, le scénario de Kubrick s'en écarte quelque peu tout en gardant le côté 'chronique sociale d'une époque'. A la fin du film, Kubrick conclut : "Ce fut sous le règne du roi Georges III que ces personnages vécurent et se querellèrent ; bons ou mauvais, beaux ou laids, riches ou pauvres, ils sont tous égaux désormais."
Kubrick ne reçut qu'un oscar technique dans toute sa carrière. En 1975 sortit Vol au dessus d'un nid de coucou qui rafla la mise aux Oscars. Pourtant, il m'a bien moins marqué et surtout qui a beaucoup plus vieilli que Barry Lyndon, sorte de film éternel puisqu'il semble avoir été tourné au XVIIIème siècle...
Partie de chasse : La Traque
Au casting, Jean-Pierre Marielle, Philippe Léotard, Michel Constantin, Michael Lonsdsale, Paul Crauchet et la jolie Mimsy Farmer. Un casting d'acteurs jouant des 'notables' de province s'adonnant le week-end à la chasse, avec tout ce qu'elle a de plus caricatural, avec son cortège de gueuletons et de beuveries... Une jeune anglaise cherchant la tranquillité dans une maison isolée de Normandie croise les chasseurs une première fois, la seconde sera celle de trop, elle est violée. Désirant arranger l'affaire, les hommes tentent de retrouver la jeune femme mais quand l'un d'entre eux va y laisser la vie, la poursuite se transforme en traque et chacun va devoir vivre avec sa conscience.
La traque est un film très noir, sombre, qui met mal à l'aise. Implicitement, la question posée est 'auriez-vous agi différemment'. Il n'est pas tiré d'un livre mais est un scénario original du réalisateur et de Brunelin.
Je vous recommande chaudement La Traque, hélas trop rare sur nos écrans.
L'invité de la semaine : Fernandel
Star française mondialement connue, icône nationale éternelle, il m'a bien plus marqué que Louis de Funès et même que Bourvil (que j'aime beaucoup aussi). Il faut dire que sa filmographie est impressionnante, tant dans les comédies que par des films dramatiques : La vache et le prisonnier, La cuisine au beurre, Le mouton à 5 pattes, Naïs, La table aux crevés, L'auberge rouge, les Don Camillo, etc.
Cumulant les talents de comique et chanteur, certes comique troupier, il était très connu avant la seconde guerre mondiale. Il est l'un des acteurs à avoir réussi à retrouver le succès après celle-ci, même s'il lui fallut 10 ans pour cela. En 1953, alors qu'il était à Rome avec sa femme, le pape (Pie XII) demanda à le voir afin de faire la connaissance 'du plus connu des prêtres après lui' !
Voila, je ne me lasse pas de ses films, même moyens, car lui surnage, et surtout j'ai toujours autant plaisir à l'entendre me lire les Lettres de mon moulin, de Daudet, avec toute la Provence dans sa voix.
J'ai choisi un extrait du Petit monde de Don Camillo. Un film drôle, bourré de poésie, de bons sentiments, de tendresse, servi par les dialogues croustillants de René Barjavel, l'un de mes écrivains préférés.
La semaine prochaine : 1976
- T'aurais pas un clope ?- Melville par Corneau
- Une histoire de femme
- De Pignon à Perrin
- Trentenaires s'abstenir
Et l'invité de la semaine !


Rho oui, Rollerball ! Encore un film qui m'a marqué, étant jeune !
RépondreSupprimerDis pas ça, tu reconnais que tu es vieux ! :)
Supprimer« rollerball », film d’anticipation, violent, le devenir du sport, le retour des gladiateurs, tout cela était novateur et intrigant. Ce film a bien marqué son époque. Je suis à ce moment-là devenu fan de James Caan, un peu noyé par les monstres sacrés dans le Parrain, mais là bien mis en avant.
RépondreSupprimer« dersou ouzala » a effectivement marqué cette année mais… je ne l’ai pas vu.
J’ai exprimé plus haut que « barry lyndon » était le seul Kubrick à côté duquel je sois passé (avec le héros frais émoulu de « love story » soit dit en passant). Je me souviens de ces objectifs spéciaux qu’il avait exigé pour filmer à la lumière des bougies.
Serge Leroy ne donnait effectivement pas dans le chef d’œuvre et je n’ai pas vu « la traque » malgré sa pléiade d’acteurs de grosse pointure.
C’est bien de parler de « Fernandel », sorte de lien avec le passé, les Raimu, les Pagnol, les Fresnay, le cinéma de Papa dans le bons sens du terme.
Philippe
J'ai bien entendu moins de culture de cette époque du cinéma. Il y avait de grands acteurs, mais bon, à la retraite je me rattraperai ! Par contre, en termes de mise en scène, on était à la préhistoire. En fan de Simenon je me souviens d'avoir regardé une adaptation de La nuit du carrefour par Renoir.. caméra fixe, presque du théâtre... je pense que l'âge d'or de la mise en scène c'est de la fin des années 0 au début des années 90. Aujourd'hui, avec les montages trop nerveux, on perd beaucoup.
SupprimerDu coup, je connais moins les acteurs cités, mais bon, Fernandel, c'était quelque chose ! :)
Rollerball a une esthétique très datée ; on dirait du Star Wars en avance, et les costumes blancs rappellent Space 1999. ;)
RépondreSupprimerC'est définitivement un précurseur du cyberpunk; une petite scène qui m'a marqué, c'est quand tous les livres de l'humanité ont été numérisés (par Google ? ;)), et pouf, crash du système "oups nous avons perdu le XIIIe siècle" - "qu'est-ce qu'il y avait dedans?" - "oh, juste Dante..."
J'ai une manière de revoir Barry Lyndon assez spécifique : je m'arrête avant la scène où le héros amorce son déclin en se heurtant au drame des familles recomposées; son beau-fils qui lui fait "d'abord t'es pas mon père!", et au lieu de l'admettre, de discuter et de s'en faire un allié, Lyndon le bat - ah le drame, le début de la dégringolade! ;"(
Marrant, je confond la phrase qui conclut les parties du JdR Polaris-Chivalric tragedy at the utmost north : "But that all happened long ago, and now there are none who remember it." avec celle de fin du film : "It was in the reign of King George III that the aforesaid personages lived and quarrelled ; good or bad, handsome or ugly, rich or poor, they are all equal now" ;)
Fernandel... quel talent divin... tu oublies de citer "le Schpountz" de Marcel Pagnol ("tout condamné à mort aura la tête tranchée!"). Alyssia ne voulait pas voir un vieux film français en noir et blanc, mais je l'ai forcé à regarder ma scène préférée, lorsqu'il revient chez son oncle en lui cachant qu'il est devenu une star de cinéma. Comme moi elle adore cette scène, la faconde de Raimu, des répliques cultes à la pelle "mon oncle, j'ai fait une grosse bêtise : je me suis marié.") :D
Je partage ton souvenir de Rollerball. Trop souvent on le considère juste comme un film d'action alors que c'est bien plus profond que ça.
SupprimerPour Alycia, je peux comprendre qu'elle se refuse des films français en noir et blanc. M'enfin d'un autre côté, le cinéma lent, c'est quand même une caractéristique du cinéma japonais d'avant les années 80 ^^