Trentenaires s'abstenir :
L'Âge de cristal
L'âge de cristal n'a pas bien vieilli avec son look seventies, mais il reste un sympathique film d'anticipation. Les hommes vivent dans des villes dômes fermées. Tout est géré par les machines et on est heureux. Par contre, pour éviter la surpopulation, le jour de ses 30 ans, on détruit son corps pour mieux vivre dans un corps neuf ... Bizarre, ça sent l'arnaque ! Mais un jour, un couple fuit le dôme et rencontre un vieil homme, ce qui va marquer le début de la chute de leur société.J'ai encore de la tendresse pour ce film car il a inspiré un jeu de rôles auquel j'ai joué et qui était fort amusant, il se nommait Paranoïa.
Mais surtout, je l'ai vu en 1981, alors qu'il passait en illustration du débat : An 2020 la Terre surpeuplée ? dans l'émission L'avenir du futur. Et c'est surtout cette émission qui m'a marqué. Tout d'abord son générique, qui utilisait le morceau Rubycon du groupe allemand de musique électronique Tangerine Dream. Je ne les découvris qu'en 86 quand je fis des recherches sur le générique qui m'avait tant marqué. Depuis, j'ai du acquérir une cinquantaine de disques de ce groupe.
Et puis cette émission, mensuelle à une époque, puis bimestrielle, qui a existé de 1975 à 1987, était absolument géniale. A chaque fois, un film suivi d'un débat (j'y ai vu Mondwest, La grande menace, Capricorne One, New York ne répond plus, La guerre des cerveaux, Les yeux sans visage, etc.). Il faut lire les intitulés de l'époque, on était parfois en plein mysticisme (ça ne se ferait plus aujourd'hui) m'enfin de toute façon je devais aller me coucher après le film et je n'ai donc jamais vu de débat ! A l'époque, cette émission était vraiment une porte ouverte sur le rêve, l'inconnu, le fantastique et la science-fiction (pas exclusivement, il y avait aussi d'autres types de films, Les choses de la vie, 7 morts sur ordonnance, Les yeux sans visage, etc.).
https://fr.wikipedia.org/wiki/L'Avenir_du_futur
Cette programmation de qualité et ce générique, flippant, m'ont donné goût au cinéma de 'genre', et aux films apocalyptiques dont L'âge de cristal était le premier qu'il m'a été donné de voir, juste avant La planète des singes. Je lui dois beaucoup pour ma 'culture' du cinéma (tout comme à l'invité de cette semaine).
L'Avenir du Futur générique von Timaelportland
T'aurais pas un clope ? :
Assaut
Alors qu'il
n'a que 28 ans, John Carpenter filme, en 20 jours et 100.000$, Assaut,
un film fortement inspiré de Rio Bravo (de Howard Hawks) et La nuit des
morts vivants (pour les agresseurs qui n'ont même pas de dialogues). Ce
qui est étonnant avec ce film, c'est que dans le souvenir des gens,
c'est un huis clos où on ne voit jamais l'ennemi. Or, c'est faux, la
première partie du film, se passe en extérieur avec de nombreux
protagonistes. Mais c'est la seconde qui marque.Le scénario est simple, un commissariat déménage et pour la dernière nuit, il ne reste que quelques personnes à l'intérieur des anciens bâtiments. Toutefois, un véhicule transportant des prisonniers en transit, accompagné par leurs gardiens, est obligé de s'y arrêter pour réparer. Dernier protagoniste, et pas des moindres, un homme vient se réfugier dans le commissariat, poursuivi par les membres d'un gang... Le commissariat va se retrouver assiégé toute la nuit, et les policiers vont devoir faire confiance aux prisonniers pour espérer survivre. Parmi ces prisonniers, Napoleon, qui passe son temps à demander des cigarettes à tout le monde.
Carpenter signe ici son second film, devenu culte, comme nombre de ses œuvres. Cinéaste des 'geeks' et des films de genre (voir mon article sur Jean Rollin en 1967), il est ici également monteur, scénariste et compositeur. Car oui, Carpenter compose des bandes originales. Dépouillés, simples mais efficaces, elles restent facilement en tête.
Melville par Corneau :
Police Python 357
Quand on voit Police Python 357, on ne peut pas s'empêcher d'y retrouver des similitudes avec des films de Melville comme Le cercle rouge. Il y a d'abord le rôle principal, tenu par Yves Montand, en flic solitaire tireur d'élite très attaché à son arme. On pourrait croire que c'est le même personnage. Il y a ensuite François Périer, que l'on trouve aussi chez Melville, tout comme Simone Signoret, dans un rôle dramatique de haute volée, dont elle avait le talent.Toutefois, Alain Corneau, s'il s'est inspiré de Melville, a pris ses propres marques et a fait un film très oppressant, aux ambiances tendues. Un rendu particulièrement aidé par la partition signée Georges Delerue.
Le commissaire Ferrot est un loup solitaire silencieux, as de la gachette et compétent. Lorsqu'il intervient, seul, dans une église pour attraper deux malfrats, il ne sait pas qu'une jeune femme, photographe, le fixe sur pellicule... Jusqu'à ce qu'il se voit, en portrait plein pied, dans une vitrine ! Il fait alors connaissance de la jeune femme et une relation amoureuse va naitre. Bien qu'idyllique, elle est compliquée car Ferrot, interprété par Montand, comprend qu'il y a un autre homme, qui l'entretient, mais sans que celui-ci ne s'affiche. Quand la jeune femme est assassinée, la police, et donc Ferrot également, se met sur la trace de l'amant qu'on régulièrement vu les témoins et qui n'est autre que Ferrot lui-même... Une course contre la montre s'engage : retrouver le meurtrier avant qu'il ne soit identifié formellement lui-même, et accusé d'un crime qu'il n'a pas comis.
Aux côtés de Montand, Périer et Signoret complètent un casting haut de gamme et Alain Corneau, excellent réalisateur, signe là un polar noir et vénéneux.
Nous reparlerons de ce réalisateur très bientôt !
Une histoire de femme :
Docteur Françoise Gailland
Françoise Gailland est une femme 'moderne', c'est un médecin réputé, ses enfants commencent à être grand et son mari est devenu accessoire, elle est toute à son travail et à des aventures. C'est un peu le rôle qu'on donne souvent aux hommes en fait, mais vu du côté d'une femme. Tout allait bien jusqu'au jour où elle apprend qu'elle a un cancer du poumon... Après une tentative de fuite, elle décide de retrouver son cocon 'familial' pour mieux affronter la maladie.
La liberté des femmes, leur rôle social dans le milieu du travail, le tabac et le cancer sont autant de thèmes abordés sans pudeur. Le film est, encore aujourd'hui très touchant. Bon, et puis Annie Girardot, qui a fini sa vie un peu oubliée (mais bon, de par sa maladie elle n'en eut pas trop longtemps consciente) a été une égérie des années 70 qu'il est agréable de revoir et d'entendre, avec sa voix si caractéristique. Elle fut d'ailleurs récompensée d'un César pour son interprétation.
Dans l'extrait, le médecin ne sait pas que la radio qu'elle regarde est la sienne....
De Pignon à Perrin :
Le jouet
Après avoir signé les scénarios de L'emmerdeur, le Magnifique, Le grand blond, Peur sur la ville, ce scénariste très très talentueux passe derrière la caméra, ce qu'il refera au fil du temps.
Pour son premier film, il fait appel au génial Pierre Richard, fabuleux acteur expressif et au physique si particulier (je vous recommande la lecture du Schnock ,n°8 avec une passionnante interview et un dossier sur cet acteur/réalisateur/scénariste/chanteur) et à Michel Bouquet, le grand patron, fortement inspiré par Marcel Dassaut. Le garçon joue très bien mais ce sera son seul rôle aussi je ne m'attarde pas dessus. Ils sont épaulés par d'excellents seconds rôles.
Veber réalise une comédie dramatique en réalité, car sous les sourires, ce film est aussi une grinçante critique sociale des grands patrons et des gens riches, sans épargner pour autant tous ceux qui courbent le dos sans rien dire. Mais le film est également plein de tendresse et de compassion. Ses films suivants auront moins cet aspect, et seront de 'simples' comédies (dommage d'ailleurs). De fait, Le jouet est pour moi le meilleur film réalisé par Veber (avec Le dîner de cons dans la catégorie comédie pure).
L'invité de la semaine :
Jean-Pierre Dionnet
Cinéma de quartier c'était une institution. Comme disait Dionnet 'des petits films de grands maîtres et de grands films de petits maîtres' !
Vive Jean-Pierre Dionnet, à qui je dois finalement beaucoup et pour qui j'ai un profond respect !
Pour le plaisir, la bande annonce du cinéma de quartier qui, hélas, ne dispose pas d'une page wikipedia reprenant l'intégralité de ce qui y a été diffusé. Quel dommage.
La semaine prochaine : 1977
- Sur le front de l'est- Le thriller version italienne
- L'institution Broccoli
Précisons de suite pour les fans de Star Wars, je ne leur donne pas rendez-vous la semaine prochaine, mais dans 1 mois !
Et l'invité de la semaine !

Alors mes réponses pour les devinettes de l'année 1977 :
RépondreSupprimer- le front de l'Est : "Un Pont trop loin", de Richard Attenborough
- le thriller italien : il s'agit sans doute de l'insoutenable suspense (couchera? couchera pas?) de "Une Journée particulière" d'Ettore Scola, à moins qu'il s'agisse des rebondissements de "la cage aux folles"... ;) ... mais en aucun cas de Spencer-Hill dans un navet ;)
- l'institution Brocolli : rappelons qu'Albert est le producteur de "Chitty Chitty Bang Bang" de Ken Hughes ;)
Ah Ah, belles tentantives ! :)
SupprimerRappelons encore une fois que ce sont les films qui m'ont le plus marqué ou que je regarde encore aujourd'hui avec plaisir et non pas les films considérés comme les meilleurs. Même si parfois ça se rejoint et d'autres fois non ! :)
Carpenter a en effet de multiples cordes à son arc, et sa ritournelle au synthétiseur de "New-York 1997" est inoubliable - elle n'a jamais quitté ma tête et je l'ai cherché pendant longtemps avant Internet :D
RépondreSupprimerLa trame du flic qui est enquête sur un crime dont il est le principal suspect me semble être devenu un "trope" usé et rebattu, même s'il donne de très bon thrillers. :) Là, il me revient le film "Présumé Innocent" (1990) avec Harrisson Ford. Je le recommande.
Marrant de voir Annie Girardot jeune! :) Pour moi elle reste associée à Philippe Noiret dans des comédies bien agitées du genre "on a volé la cuisse de Jupiter" ;)
Francis Veber mériterait d'être canonisé. :) Je lis qu'il a "été sollicité par des monarchistes arméniens pour être prétendant au trône" en tant que " lointain descendant de la famille princière Mamikonian" ;) Eh il a de quoi écrire une comédie là-dessus! ;)) Même ses films qui n'ont pas marché sont excellents.
Bon voyons de mon côté les films de 75/76 qui m'ont marqué :
- "L'Homme qui voulut être roi", de John Huston avec Sean Connery : de l'Aventure, du Pulp! :)
- "Un après-midi de chien", avec Al Pacino en minable preneur d'otages
- "Vol au-dessus d'un nid de coucou", de Miloš Forman avec Jack Nicholson. Ben alors? :)
2 films "série B" de '76 que tu as probablement aimé :
- "Carrie" de Brian De Palma - un film de sous-culture irrésistiblement kitsch!
- "Rocky"... ;) c'est incroyable, Adrienne, Adrieeeeeenneeeee! de se rendre compte qu'il a reçu l'oscar du meilleur film devant "les Hommes du Président" et "Taxi driver"(!).
Il y a encore ce thème de conspiration post-Nixonienne avec "Marathon Man".
Côté français, à part "Que la fête commence", qui me semble trop n'importe quoi avec ce Régent qui fait "mais cette main pue!", deux petits films deviendront cultes : "le Locataire" de Polansky et "La Meilleure Façon de marcher" de Miller, à cause de son sujet osé pour l'époque, et parce qu'il y a ces deux génies de Patrick Bouchitey et Patrick Dewaere dedans ! :D
Effectivement la musique de NY97 est marquante.
SupprimerLe flic qui se recherche lui-même est effectivement un classique. Dans Présumé innocent avec Harrison Ford, ce n'est pas lui le coupable hein ! Peu-être confonds-tu avec Faute de preuves (avec Liam Neeson). Toutefois, je trouve que PP357 a une atmosphère de sables mouvant (une lente descente) que n'ont pas les autres films. On retrouvera cette ambiance pesante dans Série noire, dont je parlerai bientôt.
Annie Girardot a été une actrice très importante, dans des rôles dramatiques tout comme dans des comédies. Je me souviens l'avoir vue dans un film avec Jean Yanne, Erotissimo, où elle tente de reconquérir son mari assez indifférent et dépassé, sur fond de 'révolution sexuelles' et évolution des mœurs, c'était assez étonnant.
Entièrement d'accord pour Veber, c'est incroyable les scénarios à succès qu'il aura pu signé ! Après, de mon point de vue, il devrait éviter les remakes.
J'ai beaucoup aimé L'homme qui voulut être roi. Un après-midi de chien et Vol au-dessus d'un nid de coucou m'ont moins marqués.
Oui, j'ai bien aimé Carrie. J'avoue être moins sensible à Rocly mais c'est sans doute parce que le côté américain caincain m'a toujours un peu laissé froid.
Enfin, Marathon man est effectivement un excellent thriller.
Pour les français, j'ai beaucoup aimé les 3 films dont tu parles, mais bon... il faut faire des choix ! :)
Rien à dire sur « Assaut » et « l’âge de cristal » que je n’ai pas vu.
RépondreSupprimerJe me souviens du battage télévisuel autour de « police python 357 » : ce révolver inconnu jusqu’alors censée stopper une voiture, ce nouveau metteur en scène inspiré par le film noir américain, ce personnage principal qui s’identifie à son arme, Perrier et Signoret grandioses…excellent polar français. Pour ma petite histoire personnelle, je débuterai ma carrière professionnelle deux ans plus tard à AUCHAN Saint Jean de la Ruelle à Orléans et j’apprendrai rapidement que la scène où Montand est reconnu se passe à l’autre AUCHAN (Olivet) et que le final se déroule sur le parking du grand concurrent Carrefour Saran.
J’avais vu « Docteur Françoise Gailland » à sa sortie et j’en ai surtout retenu l’interprétation d’Annie Girardot. Son aptitude à réussir dans le registre comique et léger ne doit pas faire oublier qu’elle a joué des drames avec les plus grands.
Je ne connaissais Jean Pierre Dionnet que par son cinéma de quartier et sa faconde incroyable. Qu’il ait en plus trempé dans « les enfants d u rock » et dans « métal hurlant » justifie largement cet hommage.
Magie de cinéma ! Tourner sur plusieurs lieux pour quasiment la même scène, en plus quand on les connait, ça permet de voir ce que la caméra est capable de faire avec la réalité, l'enjoliver ou au contraire la noircir. :)
SupprimerOuep, Bizarre que cette grande actrice n'a pas eu plus de reconnaissance que ça pour son travail d'actrice parce que selon les films, elle est vraiment très différente.
Dionnet a aussi fondé les Humanoides associés et continue à scénariser de la bande dessinée ! :)