dimanche 31 juillet 2016

1988 : des formes de violence

Un peck me menace avec un gland  :
Willow

Willow marque, selon moi, un tournant dans les films d'inspiration 'médiéval fantastique'. En effet, jusque là, on s'inspirait des oeuvres de Howard (Conan, Kalidor) ou revisitaient tout simplement les péplums à la Hercule. Avec Willow, signé de Ron Howard, excellent réalisateur 'hollywoodien' (comme quoi c'est possible), on tourne une page. On a l'impression que les jeux de rôles sont passés par là. Imaginé par Georges Lucas, qui connait très bien ces loisirs (rappelons que dans la scène d'ouverture de ET, on voit le petit Elliot jouer à D&D), je pense qu'on a ici le premier film de fantasy 'moderne'. Une prophétie, une bande d'aventuriers proches de anti-héros et une histoire purement 'Sword & Fantasy' façon Jack Vance. Niveau acteurs, on retrouve le nain WarWick Davis, qui avait débuté sur Le retour du Jedi, dans le rôle d'un Ewok. Il a également joué dans de nombreux films, y compris dans les Harry Potter, et n'a finalement été détrôné de son titre de 'nain le plus célèbre', que tout récemment par Peter Dinklage, le Tyrion de Game of thrones.
De son côté, Val Kilmer trouvait là l'un des rôles les plus importants de sa jeune carrière. Il connaitra ensuite une trajectoire en dents de scie, marquée par deux grands rôles, Heat et The Doors.
Willow, même s'il n'a pas le statut de grand film, reste culte aux yeux de tous les 'geeks' et ravit toujours autant les enfants. On y voit les prémices de ce que sera Le seigneur des Anneaux.



Chronique de banlieue :
De bruit et de fureur

Cinq ans après Rue barbare, qui décrivait la violence des banlieues sur fond de western, Jean-Claude Brisseau, réalisateur dérangeant, met sa pierre à l'édifice avec De bruit et de fureur. On y suit Bruno, jeune ado en échec scolaire. Suite à la mort de sa grand-mère, il va habiter chez sa mère, à Bagnolet. Cette dernière, absente à cause de son travail, ne va pas aider le jeune garçon à sortir de ses soucis. En fréquentant le collège, il fait la rencontre de son 'opposé' en la personne de Jean-Roger, un ado très turbulent et violent, magnifiquement interprété par François Négret.
Brisseau nous promène en permanence entre le monde très onirique et doux de Bruno, que l'institutrice prend son son aile, et le monde sombre et violent de son ami.
On croise toute une galerie de personnages tous plus 'atteints' les uns que les autres, la palme revenant à Bruno Cremer en père de famille autoritaire qui tire au fusil dans le couloir de son HLM.
L'espoir tentera durant une grande partie du film d'amener vers une conclusion positive, mais ce n'est pas le propos du réalisateur. Après avoir fait violer la petite amie de son frère, une descente aux enfers va commencer. Jean-Roger finira en prison, Bruno se suicidera...
C'est un film noir, très noir, et violent. Une vision sans concession de ce que fut aussi la banlieue, avant que les médias ne viennent y chercher le sensationnalisme. Brisseau signera l'année suivante son plus gros succès, Noce blanche, avec le même Cremer et Vanessa Paradis.






En noirs et blancs :
Mississippi burning

Alan Parker a une filmographie que beaucoup de réalisateurs lui envie : Bugsy Malone, Midnight Express, Birdy, The Wall (voir 1982), Angel Earth (voir 1987), The Commitments, Les cendres d'Angela, etc. En 1989, il se saisit d'un sujet difficile, la disparition de 3 militants des droits civiques en 1964 dans une bourgade du Mississippi et en fait un film marquant, Mississippi burning.
Terrible, haletant, tourné à mi chemin entre le documentaire et le thriller, il est réglé comme du papier à musique.
Il y a tout d'abord l'histoire, très poignante, prenante, avec ses rebondissements. Il y a la musique très prenante de Trevor Jones et les morceaux de gospel. Il y a les décors (qui n'avaient guère changé en 25 ans) qui vous plongent dans l'Amérique 'profonde' du sud. Il y a les locaux, victimes silencieuses ou membres évidents d'une sorte de conspiration naturelle et ancestrale. Il a les seconds rôles, géniaux, comme ce shérif joué par Brad Dourif ou sa femme, incarnée par Frances McDormand. Et puis bien sur, il y a les deux rôles principaux, interprétés par Gene Hackman et William Dafoe.
Le premier, vieux flic originaire du sud, se fond parfaitement dans le cadre mais possède des convictions profondes opposées à celles de la majorité des habitants du cru. Adepte des vieilles méthodes et de l'efficacité, il a du mal avec les méthodes trop 'propres' et 'officielles' du FBI nouvelle génération.
Le second est un Kennedy boy, un enquêteur du FBI plein de convictions et de principes héritées de sa formation. Il débarque comme un chien dans un jeu de quilles, bravant les tabous locaux et ne voulant aucune compromission. Autorisé à utiliser tous les moyens qu'il désire, il se casse les dents sur l'omerta régnante.
Si leurs méthodes et analyses différent, les deux enquêteurs ont un objectif commun, trouver les corps et attraper les coupables.
Le film tient en haleine jusqu'au bout et atteint ses objectifs de dénonciation de la bêtise humaine. Une œuvre qu'il ne serait pas inutile de revoir par les temps qui courent.



Frères de lait :
Chouans !

Chouans ! est une fresque romanesque, une sorte d'Autant en Emporte le vent français du pauvre. Des œuvres comme cela, on en fait plus. Il raconte le duel à mort entre deux anciens frères de lait pour l'amour d'une femme, sur fond de révoltes paysannes en Bretagne et Vendée.
Philippe de Broca (L'homme de Rio, Le magnifique, Tendre poulet, etc.) en profite pour dresser le portrait des protagonistes de l'époque, qu'ils soient nobles, républicains ou paysans. Le personnage principal est interprété par Philippe Noiret, égal à lui-même dans le rôle d'un 'homme de la renaissance' adepte de progrès et de science.
Côté royalistes, Stéphane Freiss, revenant d'Amérique, homme moderne et insouciant, qui ne se jettera dans le conflit que pour s'opposer à Tarquin, qui lui a 'volé' sa promise.
Côté Républicains, c'est Lambert Wilson qui incarne le Commissaire de la République tourmenté, prêt à sacrifier les opposants 'pour leur bien'. C'est dans ce film que j'ai vraiment découvert cet acteur, que je remarquerai également dans l'excellent El Dorado, de Carlos Saura (qui relate les mêmes événements que Aguirre), la même année.
Au centre de l'attention, Sophie Marceau, qui trouve là un rôle qui lui va comme un gant. Bien dirigée, elle commence dans l'innocence et l'insouciance avant de sombrer petit à petit dans le drame, entrainée par ses deux amours.
Et puis il y a de multiples et savoureux seconds rôles, Jean-Pierre Cassel, Charlotte de Turckheim et surtout Maxime Leroux, un acteur de second rôle que j'aimais beaucoup et qui joue ici un prêtre réfractaire et bien allumé.
La musique, signée Georges Delerue, accompagne parfaitement le romanesque du sujet. Au final, servi par de belles images, Chouans ! est un très bon divertissement, avec un casting impressionnant, dans un genre qui ne se fait plus guère.
L'extrait se situe lors du retour de Tarquin. On y découvre un Lambert Wilson exalté, convaincu... aveuglé... prêt à tout, persuadé d'être du bon côté.




L'invité de la semaine :
John Carpenter

Vous ne verrez sans doute jamais Sorcerer from outer space, l'un des courts métrages que John Carpenter réalisa lorsqu'il était ado, avec la caméra qui lui avait été offerte. Tout jeune déjà le teenager a choisi ses genres de prédilections : l'horreur, la sf et le western ! Tous ses films, ou presque, entreront dans ces trois genres !
Bien sur, Carpenter n'aura jamais l'aura d'un Welles, d'un Spielberg ou d'un Kubrick, ni forcément le talent. Pourtant il est sans doute l'un des cinéastes ayant le plus de films cultes à son actif : The thing, Prince des ténèbres, Jack Burton, Assault, New-York 1997, Halloween, L'antre de la folie et encore on pourrait en ajouter deux ou trois. Carpenter est donc un réalisateur de films de genre qui s'assument et que finalement, tout le monde copie (y compris Besson qui vient d'être condamné en seconde instance à 100000 euros d'amende pour plagiat de New York 1997).
Son père, prof de musique, lui a enseigné également cet art et Carpenter a signé la grande majorité de ses bandes originales, avec brio.
John Carpenter a oscillé entre cinéma indépendant et hollywoodien, selon les succès ou échecs de ses films. Cela s'est fait sentir puisqu'il a peu réalisé ces quinze dernières années (à part le très agréable The ward)
Je laisse la parole à l'excellent Blow-up de arte, qui avait consacré un numéro à l'un de mes réalisateurs fétiches, et qui se termine par un top 5 subjectif mais savoureux des musiques du réalisateur.


La prochaine fois : 1989

- Compter les morts
- Ne jamais oublier Feelings
- Ira ? Ira pas ?
- Tristes fiançailles

Et l'invité de le semaine

4 commentaires:

  1. http://www.denverpost.com/2016/08/10/lawsuit-kansas-home-600-million-ip-addresses/

    Eh ben bon retour!
    En parcourant les films de 88, je trouve que c'est une année perdue, avec des films qui ont mal vieillis - je ne parle que des films que j'ai vus -, des blockbusters pas vraiment mauvais mais pas terribles non plus : Rain Man (qui fit connaître l'autisme); Roger Rabbit; Twins; Cocktail; Rambo III / Crocodile Dundee II / L'Arme fatale 2 / ; Les Accusés; Le grand bleu; Itinéraire d'un enfant gâté

    Bon y en a 4 de ces années-là qui m'ont marqué:

    *"Le Dernier Empereur" (comment ça il est de 1987?) ;): un film à grand spectacle qui allie exotisme et intimité
    2 comédies déjantées :
    - "un poisson nommé Wanda", qui est si Monty-Pythonnien :D
    Tiens je lis : "En 1989, un orthophoniste danois, Ole Bentzen, est mort de rire en regardant le film. Son cœur a battu entre 250 et 500 coups par minute, avant que l'homme ne succombe à un arrêt cardiaque" :( (ça a failli m'arriver aussi en regardant Austin Powers...) ;)
    - La vie est un long fleuve tranquille et ses répliques cultes. Culte.
    *Je devais être trop jeune pour voir "Colors", alors je l'ai vu à la télé; mais quelle claque! Un drame sur la police, presque un documentaire où on a l'impression d'un problème sans fin. Excellente inspi pour "Cops" et tous les JdR policiers! ;)

    "Cinéma Paradiso" est pour moi le film qui chante le déclin du cinéma et pourtant à l'époque il n'y avait que le magnétoscope pour tuer les films... Il a une fin toute invraisemblable, et je me demande si à la belle époque du cinéma il y avait des gens qui parlaient dans la salle pendant le film. J'ai l'impression qu'une fois sur deux y a des gens qui parlent, téléphonent, pianotent sur le smartphone bien lumineux... c'est ce sans-gêne qui fait fuir les salles... :(

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    1. - la vie et rien d'autre
      - Feelings??? euh... noces blanches?
      - Force majeure
      - Monsieur Hire? (aidé par l'image, faut dire)

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    2. - Alors, Le dernier Empereur, j'avais bien aimé et l'histoire était très intéressante, mais bon, je ne l'ai pas retenu comme un film qui m'avais marqué.
      - Un poisson nommé Wanda... en fait je ne suis pas un bon client pour les comédies, sauf exception. J'ai trouvé ça marrant (surtout le meurtre des chiens) mais un peu lourd à mon goût.
      - La vie est un long fleuve... j'ai surtout retenu la chanson.
      - Colors, j'ai failli le mettre, en plus le duo Penn/Duval est superbe. Il m'a effectivement beaucoup inspiré (en plus c'est un peu après la série télé Hill Street Blues qui parlait du problème). Je le revois avec plaisir, mais ne le range pas dans mes films majeures.
      - Cinéma Paradisio... Quel crétin, je l'ai oublié ! Un souci de changement de fichier. Je l'ajouterai au plus vite ! Merci.

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    3. Joli pour les prévisions, il n'y a qu'un film qui t'a échappé dans ma sélection subjective ! :)

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