J'ai vu tant de choses... :
Blade runner
Visuellement, le film est une tuerie et encore aujourd'hui fait montre d'une esthétique et d'une ambiance prenantes. Côté casting, Harrison Ford entre définitivement dans la légende avec un rôle sans cabotinage et plus en subtilité. Face à lui, deux performances, celle de l'acteur néerlandais Rutger Hauer (voir 1977) en leader des répliquants, absolument fabuleux jusque dans la scène finale, où il composa son monologue, et celle de l'athlétique Daryll Hannah (Splash, Kill Bill). Il ne faut pas non plus passer sous silence le charme de Sean Young, qui hélas, ne fit pas une carrière très intéressante.
Dans une certaine mesure, Blade Runner est également un film maudit. Peu apprécié à sa sortie aux USA, la production refait une fin moins sombre et enlevant le questionnement sur la nature du personnage de Ford. Une fin finalement assez ridicule et peu en adéquation avec le reste du film. Heureusement l’œuvre marche dans le reste du monde. Du coup, en 92, il ressort avec un director's cut puis en 2007 avec un Final cut. Ces deux dernières versions, sans voix off et sans colombe dans un ciel bleu à la fin sont bien entendu nettement meilleures. Aujourd'hui, même aux states, Blade runner est devenu culte.
Parlons également de la musique, que Scott confia à Vangelis (il venait de remporter un oscar pour Les chariots de feu). Prodigieuse, elle ne sortit pourtant en disque que des années plus tard, et encore dans une version réorchestrée ! Il faudra encore attendre pour entendre une version plus proche de l'originale, avec la prodigieuse voix de Demis Roussos (je n'aimais pas ce qu'il faisait, mais là !).
Bref, voici un film que je possède sur K7, sur DVD (version director et final), et en Blu-ray !
Il reste vraiment un film que je ne peux m'empêcher de regarder dès qu'il passe, dont j'ai joué tous les jeux micro qui ne furent tirés, les romans (y compris les suites de KW Jeter sauf celui non traduit), je connais une bonne partie des dialogues par cœur, je possède les versions de la BO, des photos, des versions en coffret collector, des fonds d'écran.... un de mes préférés vous dis-je !
Hymne à l'heroic fantasy :
Conan
Bien avant Tolkien et son Seigneur des Anneaux, bien avant Jack Vance, c'est Robert E. Howard qui va donner ses lettres de noblesse moderne au roman de fantasy (ben oui avant il y a eu la table ronde de Malory ou Troyes) qu'on appelle en France le médiéval fantastique. Le cycle de nouvelles sur Conan, destiné aux ados et adultes, est publié entre 1932 et 1935 (Howard est un contemporain de Lovecraft). Tolkien ne signera son livre pour enfants The hobbit qu'en 37 et son Seigneur des Anneaux en 54.Pour le cinéma, c'est pareil, avant Conan il n'y a que l'adaptation en dessin animé du Seigneur des Anneaux (premier dessin animé en motion capture, de Ralph Bakshi), c'est Conan qui va ouvrir le bal et devenir la seule référence incontestable jusqu'à la sortie du SdA version Peter Jackson.
Il faut signaler aussi Dark Cristal, la même année, que j'aurais pu choisir, car il est admirable, mais je lui préfère Conan qui m'a bien plus marqué à l'époque.
Pour cela, le producteur Dino de Laurentis va faire appel à Oliver Stone pour le scénario puis à John Milius pour retoucher le script et réaliser le film. Ce dernier n'est pas un réalisateur très connu (mais c'est un scénariste réputé) et aucun acteur n'a non plus de notoriété, pas plus que le compositeur... Alors quid ?
Filmé avec un gros budget dépensé essentiellement dans les décors, Conan a certes pris un coup de vieux, mais il reste un film culte qui révéla Schwarzenegger (j'ai même cru, pendant une petite dizaine d'années, que cet acteur Autrichien allait devenir une légende... certes, mais pas pour ses qualités d'acteurs ni ses choix de films) et Basil Poledouris, le compositeur.
Milius voulait Morricone pour mettre son film en musique mais ce fut ce jeune compositeur qui lui fut imposé. Malgré cela, Poledouris put travailler sur le script très en avance, pour coller au film, à la manière du grand maître. Le musicien va également être le premier à utiliser un logiciel très spécifique, capable de créer un tempo en parfaite harmonie avec l'image. Le résultat est superbe et c'est une BO que j'écoute encore très régulièrement.
Descendant du péplum, cette fresque épique aux couleurs surannées ne peut pas laisser de marbre.
Un petit extrait pour admirer le jeu d'acteur de Schwarzie, digne de Steven Seagal (d'un aute côté on ne lui demande pas plus pour Conan ^^), et surtout profiter de la musique !
Une histoire de briques :
The Wall
Quand il signe la réalisation de The Wall, Alan Parker est déjà connu pour quelques films remarquables tels Midnight Express, Bugsy Malone ou Fame. En 1978 Pink Floyd, et surtout Roger Waters, conçoit The Wall, il est prévu d'en faire un double 'concept album', un show public (qui ne sera joué que dans quelques villes tant il nécessite de moyens scéniques) et un film.The Wall raconte l'histoire de Pink, une star du rock qui va petit à petit se réfugier derrière un mur mental pour se protéger des 'agressions' et pressions extérieures qu'il ressent. Au fil de sa plongée intérieure, il va revoir sa vie, ses échecs, sa mère possessive, son père absent, etc. jusqu'à sombrer totalement dans la folie.
Les chansons, prenantes, puissantes, superbement produites (par Bob Ezrin), se suffisent à elles-mêmes et l'album est un bijou, mais Alan Parker va y ajouter sa patte. Le réalisateur, attiré par les films musicaux (il signera ensuite The commitments et Evita) va engager l'excellent Bob Geldof (l'organisateur des concerts Live Aid) pour jouer le rôle de Pink et faire appel au caricaturiste Gerald Scarfe pour les séquences animées.
Au final, on a un film coup de poing, opéra musical rock aux images parfois dures qui témoigne aussi de la révolte d'une jeunesse dans les années 70/80, loin des flower power. On parle déjà des méfaits de la société de consommation, de la surexposition médiatique, etc.
La chanson Another brick in the wall fera un carton monumental en France, se battant en tête des hit parade avec Message in a bottle de Police. Le clip, tiré du film, passera même à la télévision française qui comptait deux chaînes et demi !
Forcément culte.
Je vous propose un extrait animé 'Empty spaces'
Venue d'un autre monde... :
The thing
Nous avions déjà parlé de John Carpenter en 1976, le revoici pour un autre de ses films culte, The thing. La nouvelle de John W. Campbell, écrite en 1938, avait déjà fait l'objet d'une adaptation en 1951, La chose d'un autre monde. C'est d'ailleurs ce film qui va marquer le Carpenter enfant au point de lui donner envie de réadapter la nouvelle, plus fidèlement.Des scientifiques, vivant dans une base en Antarctique, vont être confrontés à une créature extraterrestre capable d'imiter les tissus et de prendre la forme de tout être vivant qu'elle assimile... Complètement paranoïaque, bien horrible (il y a des effets spéciaux assez gores), c'est un véritable thriller haletant et pessimiste.
Pour mettre en musique le film, les producteurs exigent un grand nom car le film est tout de même un gros budget pour un film de genre. Carpenter, qui d'habitude fait ses propres bandes originales, va devoir collaborer avec Ennio Morricone. J'eus la chance de le rencontrer en 1998 et de lui poser quelques questions à ce sujet. Les premières maquettes du compositeur italien contiennent bien trop de notes pour Carpenter qui attendait quelque chose de plus pesant et minimaliste, moins orchestré. Au final, Morricone s'adaptera tout à fait au style du réalisateur. Du coup, sa partition sera nominée aux razzie awards (l'opposé des oscars), un comble pour le musicien alors que sa musique est très réussie et participe à l'oppression ambiante.
Échec commercial à sa sortie en salle (il faut dire que cette année là la concurrence est rude), The thing accèdera au rang de film culte à sa sortie en vidéo, quelques années plus tard. Il est, encore aujourd'hui, considéré comme un chef d’œuvre du genre fantastique et l'un des films de Carpenter les plus proches de l’œuvre de Lovecraft. Une 'préquel', honnête, montrant les événements se déroulant dans la base norvégienne est sorti en 2011.
L'extrait proposé permet tout de suite de poser cette ambiance de suspicion et d'inconfort, appuyé par la musique. Vous noterez qu'elle pose également la date du film, il suffit de voir l'ordinateur !
Le maître du mystère adapte Simenon ! :
Les fantômes du chapelier
Claude Chabrol est le maître du film policier français. Dans ses 58 films pour le grand écran et 26 pour la télévision, il s'est efforcé de dépeindre les mœurs de notre société et d'analyser la psychologie de l'être humain... Presque un travail de sociologue. Le tout est classé dans le genre policier qu'il n'a jamais délaissé.Il ne sera vous surprendra pas d'apprendre qu'il était un admirateur de Hitchcok et Simenon. De ce dernier il a adapté deux livres, il est mort avant d'avoir pu tourner le troisième (l'escalier de fer). Pour sa première adaptationCar du maître, Chabrol choisit une histoire qui a été tout d'abord une nouvelle, qui a elle-même connu deux fins avant de devenir un roman doté d'une 3ème fin ! C'est ce dernier, Les fantômes du chapelier, qu'il retranscrit très fidèlement, déplaçant simplement l'action de La Rochelle à Concarneau.
L'histoire raconte le destin d'un chapelier qui devient un tueur en série, pour une raison que je ne vous révèle pas. En face de son échoppe, un tailleur qui se doute de quelque chose... Au fil des événements, le tueur va gagner en confiance, s'amuser du défi qu'il représente pour la police et ressentir une telle ivresse qu'il va devenir finalement accro à son 'hobby' !
Psychologiquement, le film, tout comme le roman (Simenon est mon écrivain préféré), est d'une irréprochable justesse. Pour incarner le tueur, Chabrol fait appel à Michel Serrault qui comme à chaque fois fait preuve de son immense talent. En face de lui, Charles Aznavour, plus vrai que nature, en Kachoukas, le tailleur (rappelons que ce chanteur compte tout de même plus de 50 films à son actif). Résultat, l'un de mes Chabrol préférés, sachant que j'aime presque tous ses films, mes préférés arriveront en 85 et 86.
Un extrait ici, avec François Cluzet dans l'un de ses premiers rôles (après une prestation chez Tavernier dans l'excellent Cheval d'orgueil).
Maintenant, vous êtes libre... :
Les misérables
Les misérables, roman de Victor Hugo publié en 1862, a connu pas moins de 35 adaptations sur grand écran. Quatre sont considérées comme remarquables :- La version avec Harry Baur et Charles Vanel de 1934
- Celle avec Cedric March et Charles Laughton en 1936
- Celle avec Jean Gabin, Bourvil et Bernard Blier en 1958
- Celle avec Ventura, Carmet et Bouquet en 1982
Les deux premières sont un peu hors catégorie, vu leur grand âge, quand à la version de Le Chanois, elle est vraiment très bien, pourtant, de mon goût, je préfère celle de Robert Hossein. Ce n'est pas dû à la performance de Jean Carmet, qui égale celle de Bourvil. Non plus à Gabin, qui fait du Gabin mais en impose en Valjean, tout comme Ventura dans la version de 1982, tout en retenu et humilité. Peut-être grâce à Michel Bouquet. Blier faisait un bon Javert, mais Bouquet... quel acteur, quel prestance, quelle froideur !
La version de Hossein, co-scénarisée avec Alain Decaux, est plus fidèle au livre. On peut parfois reprocher au réalisateur un style 'pompier' dans ses ralentis, mais ça passe finalement très bien. Les acteurs, dont le casting est remarquable, sont tous très bien dirigés et contiennent de très nombreux seconds rôles bien connus.
Et puis il y a la musique, signée Michel Magne, dont nous avons parlé en 1974, puissante, magnifique, qui décuple la puissance des images et du jeu des acteurs.
Cette version des Misérables m'a beaucoup marquée. La voir, c'est un peu comme lire le roman...
Pas d'invité de la semaine, pour cause de grosse actualité, on se rattrapera la semaine prochaine !
La semaine prochaine : 1983
- Le comique fait dans le tragique- Besson/Jolivet même combat
Et l'invité de la semaine !
A ce stade, je me rends compte que je suis beaucoup moins précis dans mes souvenirs : les enfants arrivent et ma passion pour le cinéma passe au second plan. Je verrai toutefois « blade runner », attiré plus par « l’aventurier » que par le genre ou par Philip K Dick qui en inspirera d’autres. Je le reverrai plus tard et, un peu plus initié à la SF, et je l’apprécierai encore plus.
RépondreSupprimer« Conan » passera inaperçu pour moi sur le coup et je n’apprendrai son existence que plus tard, quand Schwartzie explosera en notoriété à la fin des années 80.
Pink Floyd n’étant pas ma tasse de thé, je ferai l’impasse sur «the wall ».
“the thing” encore un film de genre qui ne m’attire pas même si devenu culte.
Chabrol a effectivement tourné beaucoup de films et ce sont les premiers, dont nous avons déjà parlé, qui se détachent pour moi. Ensuite, j’ai du mal à en faire ressortir un pas plus “les fantômes du chapelier” qu’un autre.
Je crois que la version d’Hossein “des miserables” m’avait également marqué par son réalisme cru. Bouquet est effectivement en train de ne plus faire qu’un avec son art.
Philippe
Tu es au courant qu'une "suite" est prévue à Blade Runner ? Toujours avec Harrison Ford, sans Ridley Scott, et surtout tiré de... quoi en fait, puisque K Dick n'a jamais écrit de suite (à ma connaissance) ? Bref, je suis dubitatif sur cette suite annoncée...
RépondreSupprimerJe me souviens avoir lu "les androïdes rêvent-ils..." lors de ma période "je lis l'intégrale de Dick", puis avoir été furieux lors de la vision de Blade Runner, parce que la thématique de la pollution qui a tué toute vie animale est réduite à la réplique "est-ce que la chouette est vraie?" ;)
RépondreSupprimerBon cela fait partie de la règle d'adaptation des romans de Dick : "garder l'idée forte, réécrire tout", vérifiée pour Total Recall, Minority Report... ;) et pour le Maître du Haut Château (bien qu'il n'y ait rien à en tirer) ;)
BR a été une influence importante sur tout le genre cyberpunk, et l'importance de la culture nipponne dans ce film fait qu'il ne manque que les nuyens pour en faire du Shadowrun. ;)
Conan est effectivement un chef d'oeuvre, grâce à sa musique, qui a longtemps accompagné mes parties de JdR med-fan. De plus, cela montre clairement ce qu'est la classe de perso de Barbare (et de Voleur et de... Barde-accrobate pour la fille?). Bref, il est là le vrai film Donjons & Dragons... ;D
Dans le genre Opera Rock, the Wall est incontournable, et bien qu'il y ait une histoire, pour moi Pink est dans un délire de la drogue... effectivement ses séquences animées sombres mettent très mal à l'aise. A côté, Tommy (qui contient aussi des scènes de bombardement sur l'Angleterre) est un aimable divertissement.
Les autres je ne connais pas (j'aime pas l'gore... mais j'aime bien the Thing from 1951 ;))
Bon d'autres films de 1982 qui m'ont marqué :
- Tootsie : petite comédie, mais grosse prestation de Dustin Hoffman dont le personnage dit à la fin qu'il aimait bien "être une femme" et s'il pourrait empreinter des vêtements à Jessica Lange ;) C'est un film qui a dû faire beaucoup de bien aux transexuels...
- Star Trek 2, la colère de Khan : évidemment c'est geek... ;) je passe sur la mort de Spock, attendue et solennelle... C'est un film qui marque grâce à son grand Méchant, ambigu, qui vole la vedette et fait peur, et relança la franchise Star Trek! :)