mardi 24 novembre 2015

1973 : une année prolixe

Un trésor de confiture :
Soleil vert

Grand prix du festival du film fantastique d'Avoriaz à sa sortie (à l'époque le film de genre était en pleine apogée), Soleil vert, tiré d'un roman de Harry Harrison, est un film de Richard Fleischer, grande pointure hollywoodienne (20000 lieux sous les mers, Les vikings, Barabas, Tora Tora Tora, etc.). C'est un film d'anticipation très très noir. Dans le futur qu'il nous propose, l'eau se fait rare, la majorité des gens vivent dans la rue, la température est en permanence élevée et les ressources naturelles de la planète sont épuisées ou presque. Pour se nourrir, on mange des tablettes contenant les nutriments essentiels, mais même celles-ci se font rares. Abordons aussi le statut des femmes qui est particulier, puisqu'elles font partie des meubles !
On suit l'enquête de Thorn, un policier interprété par Charlton Heston, aidé par son vieil assistant Sol (dernier rôle de Edward G. Robinson), alors qu'un cadre de l'industrie soylent (ceux qui fournissent les tablettes nutritives) est assassiné.
Film très pessimiste (à la mesure de The Last Shore), il avait fait un effet incroyable lorsque je l'avais projeté au cinéclub du collège de mon fils. En s'y plongeant, il est vrai que l'on peut prendre conscience de ce qu'on est en train de faire... ou plutôt de défaire.
J'ai choisi cette scène extraordinaire où Thorn ramène à la maison des trésors qu'il a récupérés. Sol, parle d'un passé qui est peut-être aussi en train devenir le nôtre... A chaque fois que je la vois, elle me touche.






Oms en série :
La planète sauvage

La planète sauvage est une exception dans le monde du cinéma puisqu'il est le seul film d'animation de science fiction récompensé à Cannes par un Prix spécial du jury. Librement adapté d'un roman de l'excellent Stefan Wul, le scénario est signé René Laloux et Roland Topor. Le premier réalisera le film, le second signera les dessins si particuliers qui donnent tout son cachet au film.
René Laloux, grand artisan du dessin animé a du réaliser son film en grande partie à Prague. Et oui, il y a plus de 40 ans, on délocalisait déjà pour faire baisser les coûts de production.
Côté histoire, elle se déroule sur une planète habitée par des draags, des humanoides de grande taille. Les enfants de Draags se sont pris d'affection pour les oms (comprendre les hommes), des petites créatures qu'ils utilisent en animaux familiers. Toutefois, certains oms, sauvages, sont considérés comme nuisibles et 'désomisent' les parcs pour freiner leur prolifération. On suit le destin d'un petit om, Terr, qui va changer le destin de ses pairs.
Bien sur, le traitement des draags envers les oms peut tout à fait faire penser au traitement que nous avions envers les africains il y a quelques siècles.
La planète sauvage a marqué le début de l'explosion de la science fiction et de la fantasy pour 'adultes'. Dans la foulée de cette œuvre, vont éclore de nombreux talents, cinéastes, dessinateurs, romanciers, etc. 


 

Knocking on heaven's door :
Pat Garett et Billy the kid

Si Pat Garett et Billy the kid n'est pas considéré comme le meilleur film de Sam Peckinpah, il a toujours eu sur moi un effet hypnotique. C'est le genre de film que la plupart des spectateurs doivent trouver lent, voire 'chiant'. Pourtant... C'est finalement l'histoire de deux hommes qui n'ont plus leur place dans le nouveau monde. L'un d'eux ne veut pas s'adapter et s'enfonce de plus en plus loin vers le Mexique pour échapper à la civilisation (et à la justice), l'autre finalement décide de faire partie de celle-ci, mais les deux ont compris que c'est un jeu de dupes. Lorsque Garett, interprété par l'inégalable James Coburn très tourmenté, est chargé d'arrêter son meilleur ami, Billy the kid l'insouciant, joué par Chris Kristofferson (également connu pour ses chansons de country), qui s'est déjà évadé de prison, il sait que celui-ci ne se laissera pas arrêter. Pendant une bonne partie du film, le chat va tout faire pour éviter la souris qui le nargue et s'en moque, jusqu'à la confrontation finale, pathétique.
Western crépusculaire aux décors sublimes et à la réalisation maîtrisée, on suit là encore le cheminement vers une fin que l'on sait inéluctable (surtout si on connait un peu l'histoire de l'ouest). L'autre chose singulière de ce film, c'est la présence de Bob Dylan, qui joue l'un des hommes du Kid. Il signa d'ailleurs une bonne originale géniale que je continue d'écouter régulièrement, et qui contient le mythique 'Knocking at heaven's door", repris dans le monde entier.
Ce qui amène cette ambiance particulière, c'est que tous les hommes de Garett comme du Kid se connaissent depuis des années, comme vous pourrez le voir dans cet extrait...




Le retour d'un des mercenaires :
Mondwest

Mondwest n'est pas du tout un chef d'oeuvre (d'ailleurs j'en profite pour rappeler que mon but n'est pas de faire le recensement des meilleurs films, mais simplement ceux qui m'ont particulièrement marqué ou touché) mais qu'est ce que j'ai pu flipper devant l'image de ce cow-boy tueur tout de noir vêtu ! Réalisé et écrit par Michael Crichton (Jurassic Park) il imagine des parcs d'attraction où les vacanciers peuvent vivre comme des héros dans un monde médiéval, western ou romain. Tous leurs 'partenaires', de duels, de guerre, ou de relations sexuelles sont en réalité des robots !
Une villégiature de rêve qui tourne au cauchemar quand les machines se détraquent. Les deux héros sont justement poursuivis par le cow-boy qu'ils ont déjà tué par deux fois lors de leurs 'aventures'. Mais il semble décider à inverser les rôles...
C'est Yul Brynner qui joue le tueur et qui est si impressionnant et si froid ! C'est quelques années plus tard, quand je vis les 7 mercenaires, que je compris que son personnage de Mondwest avait exactement le même look celui du film de John Sturges.
Parlant parfaitement le français, il se double lui-même dans ce film, même s'il n'a pas des masses de dialogues...



L'enfer de Mr Milan :
L'emmerdeur

Créé pour le théâtre dans une pièce nommée Le contrat, où il est interprété par Jean Le Poulain, Mr Pignon aura les traits de Jacques Brel pour sa première incarnation au cinéma. Adaptant sa propre pièce pour le grand écran, Francis Veber signe le scénario de L'emmerdeur, que réalisera Edouard Molinaro. Si l'interprétation de Brel est magnifique, en mari éconduit maniacodépressif, à la fois pathétique et touchant, elle ne serait sans doute pas aussi réussie sans le contraste magnifique apporté par Lino Ventura.
Mr Milan, tueur à gages chargé d'abattre le témoin clé d'un procès, a la malchance d'avoir son voisin de chambre d'hôtel qui fait une tentative de suicide, suite au départ de sa femme. Pour éviter que la police ne s'en mêle, il demande au personnel de ne pas en parler et affirme qu'il s'occupera personnellement du dépressif. S'en suit une série de quiproquos et de situations toutes plus burlesques les unes que les autres. Même si Mr Pignon est attendrissant, on plaint bien souvent le pauvre Lino Ventura. Un film pour qui je garde toujours une grande tendresse, y compris pour sa musique signée par Brel et de son compère François Rauber. En fait, il n'a pas tellement vieilli et continue à conquérir tous les publics (Berry./Timsit, chargés de jouer le remake ne pouvaient pas tenir la comparaison du duo Brel/Ventura).



L'invité de la semaine

Pas d'invité de la semaine, pour cause de grosse actualité cinéphile de 1973, on se rattrapera la prochaine fois. Trois autres films auraient pu faire partie de ma sélection sur cette année fort riche :
- Les granges brûlées : Delon et Signoret se retrouve dans ce film digne d'un Simenon sans en être un, avec une musique de Maurice Jarre, un très bon casting et un scénario très bien ficelé.
- American Graffiti : J'avais adoré ce film quand j'étais ado, sans doute parce qu'il met en scène la jeunesse américaine et que c'était une sorte d'adolescence fantasmée pour moi. Encore aujourd'hui il garde le charme des années 50 qu'il met si bien en scène.
- Les noces rouges : Un terrible Chabrol, mettant en scène Piéplu, Piccoli et Audran dans une sordide affaire de moeurs se déroulant dans la province bourgeoise, le théâtre préféré de Chabrol.


La semaine prochaine : 1974

- Crises de la quarantaine
- Au royaume du borgne, Bebel est roi !
- Un père et son fils


Et l'invité de la semaine !


8 commentaires:

  1. Ton choix de films me rappel des tonnes de souvenirs, surtout Soleil Vert qui est génial. Yul Brynner est surprenant dans ce rôle.
    Jean-Do

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  2. Les 3 films de SF sont géniaux, Soleil Vert fut aussi pour moi une source de questionnement sur notre avenir.
    Jean-Do

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  3. Soleil Vert à l'époque dénonçait plus le danger de surpopulation que la menace de réchauffement climatique. :)
    C'est marrant, je ne me souvenais plus de la fin - pour moi la fin c'est Thorn qui apprend la vérité, point. Et il se trouve devant un dilemme... ne rien dire ou tout révéler?
    Le fait que Thorn veuille absolument dévoiler la vérité (au lieu de participer à la cacher, après tout il faut bien que les vivants survivent...) me paraît davantage tenir au cinéma américain des années 70 style "Vol du Condor" et "hommes du Président" ;)

    Edward G. Robinson mériterait d'être invité de la semaine. Faut voir sa trogne de gangster dans les films des années 40! ;) Il est vrai que l'on est dans "50 ans de cinéma" et pas dans "75 ans de cinéma parlant" ;)

    PG & BtK, ni lent, ni chiant, mais un autre défaut ... je n'ai souvenir que de 15 secondes de dialogues. De mémoire c'était "ouais les putes du patelin ont la chatte dégeulasse et baveuse...". Mais j'ai le souvenir net d'avoir zappé juste après! ;)

    Mondwest est un immense classique et l'idée d'utiliser Yul Brinner en parodie de son rôle de cow-boy est géniale. D'une certaine manière, Jurassic Park est la reprise de l'idée du film : un parc d'attraction qui tourne mal...

    J'aime Lino et donc je trouve son interprétation géniale.. mais je confonds avec une autre comédie avec un duo similaire, avec Jean Lefevre dans le rôle de l'emmerdeur... c'était quoi déjà? 8/

    Mon prof d'économie en 2nde au lycée disait : "un exemple de matriarchie, "les granges brûlées". Un exemple de patriarchie : "la horse" ;)"

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    1. Bon, tu as parfois des filtres de souvenirs sur les dialogues assez discutables ! :)
      Le film auquel tu penses avec Lino et Lefebvre est Ne nous fâchons pas, avec Constantin et Mireille Darc aussi. Mais L'emmerdeur est bien plus subtil, moins potache ! :)
      Un bon prof d'économie !

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  4. J’avais un copain qui était revenu emballé de « soleil vert » : il s’était fait surprendre par la fin et dans ces cas-là, il est vrai que cela rejailli sur l’appréciation générale du film. Plutôt « bon client » en général, j’ai quand même vu le coup venir et je n’ai pas été aussi enthousiaste. Je rajouterai juste que Charlton Heston était vraiment devenu un spécialiste de ce type de film et j’avais été plus marqué par « le survivant » quelques années auparavant, repris depuis par Will Smith.
    « la planète sauvage », pas plus que Tati, ne m’a jamais attiré, malgré tout le bien que j’ai pu lire dessus.
    « Pat Garrett et Billy the kid » ne m’a pas laissé un grand souvenir à part bien sûr la présence de Bob Dylan, sa bande son et en tant que nouvel opus de Pekinpah, toujours controversé à l’époque.
    Tout ce que j’ai à dire sur « mondwest » c’est que le titre original était « westworld » : curieuse traduction !
    Brel avait tourné quelques films à cette époque dans tous les styles et « l’emmerdeur en était la facette humoristique. C’était déjà Francis Wéber et son gout pour les couples improbables se dessine.
    Entre « les granges brulées » « american graffity » et « les noces rouges », c’est vers le deuxième que je me précipiterai, alléché par une des premières bande son rock de l’histoire et par la vie que mène la jeunesse américaine et qui nous fascine tant.
    Philippe

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  5. Tiens, tu es au courant qu'HBO va diffuser début 2016 une série nommée Westworld, inspirée de Mondwest ? Avec Ed Harris et Anthony Hpkins, entre autres.

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    1. Ouep, il y a également un remake de prévu.
      Et puis Fallout 4 s'est largement inspiré de Mondwest pour une partie de son intrigue autour de Diamond city ! :)

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