Un conquistador illuminé :
Aguirre
Werner Herzog est le réalisateur emblématique de la 'nouvelle vague' du cinéma allemand. Réalisateur jusqu’au-boutiste, il a mis en danger la vie de nombres de ses techniciens, y compris sur le tournage de son film que je préfère (même s'il y en a d'autres que j'apprécie), Aguirre ou la colère de dieu. Le tournage, réalisé en conditions 'réelles' est magique (tout a été tourné en décors naturels au Pérou). Des paysages époustouflants puisque naturels, des ambiances hypnotisantes, une magie totale, démesurée, hallucinante... Pour servir ses films, Herzog a besoin d'acteurs aussi excessifs que ses oeuvres, des 'illuminés'. Klaus Kinski, avec qui il a tourné plusieurs films, est celui qu'il lui fallait (nous reparlerons de cet acteur, controversé, une prochaine semaine). Il faut voir l'histoire de ces conquistadors en expédition dans la jungle en vo, donc en allemand, pour ressentir encore plus le décalage, la notion de surréalisme du film. Petit à petit, l'expédition se désagrège, on sent que tout part à veau l'eau, tandis que le personnage incarné par Kinski sombre dans la folie la plus totale. Les dernières scènes sont un monologue d'Aguirre, seul sur un radeau à la dérive envahie par les singes... Dans la réalité, ce lieutenant de Pizzaro put atteindre la mer et attaquer les colonies espagnoles.Ce film se regarde comme une peinture, au son de la musique du groupe Popol Vuh, des avant-gardistes de la musique électronique.
J'ai choisi pour extrait tout simplement le début du film.
Don Corleone :
Le Parrain
Bon, choisir ce film n'était pas trop compliqué, Le Parrain est souvent considéré comme l'un des plus grands films de toute l'histoire du cinéma. On dit même que le second volet, puisque Coppola a réalisé une trilogie, est meilleur que le premier, ce qui est une première dans l'histoire du cinéma. Et pourtant, moi je préfère ce premier volet. Tout d'abord parce que quand j'ai vu le film, j'admirais Brando et j'aimais beaucoup James Caan, par contre j'ai mis plus de temps à apprécier Pacino, Duvall ou Cazale. Le Parrain, c'est donc un casting et un jeu d'acteur magnifiques, c'est une mise en scène grandiose et une fresque vraiment marquante, du grand 'Hollywood' comme Coppola a toujours su en faire.Malgré ses pas loin de 3 heures, c'est un film dense, dramatique, qui ne vous lâche pas jusqu'à la fin. J'ai toujours pensé que Sergio Leone avait forcément été influencé pour faire son Il était une fois en Amérique. Marlon Brando ne joue qu'une partie du film, mais sa prestation est restée gravée dans toutes les mémoires alors que le réalisateur eut bien du mal à convaincre les producteurs, l'acteur étant connu pour ses 'frasques' sur les tournages. Pour créer son personnage Brando avait des mouchoirs dans la bouche et avait passé ses cheveux au cirage.... la fameuse méthode de l'Actor's studio.

Chroniques radiophoniques :
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil
Radio plus, radio plus, radio plus... Jésus ! Ah Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, quelle satire, quel pamphlet, quelle comédie grinçante. Encore aujourd'hui, même si dans sa forme le film est daté années 70, le propos reste tout à fait contemporain. J'avoue que, comme Jean Yanne, je suis assez allergique à la religion quand elle est utilisée à des fins autres que celles du service de son prochain ou des buts humanistes. Mais dans ce film, Yanne ne se moque pas au final, de la religion (d'ailleurs à la fin du film, il parle avec Jésus), mais de tout un système marketing, publicitaire, affairiste. Et tout ce qui lui tombe sous la main est sujet de railleries : le patronat, les syndicats, les artistes, les français moyens, l'hypocrisie, le politiquement correct, etc.Le film a un casting très riche, toute une brochette de joyeux drilles de l'époque, avec Blier, les frères ennemis, Jean-Marie Proslier, Serrault, Jacques François, Marina Vlady, Préboist et une prestation géniale de Daniel Prévost. Et n'oublions pas les chansons, toutes plus hérétiques les unes que les autres, avec des musiques signées du talentueux Michel magne et des paroles de Jean Yanne, bien sur.
Irrévérencieux, cynique, moqueur, voila un film qui a toujours su parler à l'anarchiste provocateur qui sommeille en moi.
Bref moi ça me fait toujours autant marrer. Dans cet extrait, Jean Yanne, débarqué du journal mais nommé superviseur de la pub, prend son rôle très au sérieux... C'est justement dans le discours final qu'on se rend compte que sa cible n'est pas la religion.
A signaler, l'excellent numéro de la revue Schnock, consacré à Jean Yanne, leur numéro 3.
On joue quand même du banjo :
Délivrance
Il y a des films drôles, divertissants, bouleversants, et d'autres qui sont durs. Délivrance est de ceux-là. Signé par John Boorman, ce film 'd'hommes' raconte le week-end dans la nature que s'offrent quatre citadins.
Ils décident de descendre une rivière en canoë, avant la disparition de celle-ci et de la vallée sous l'eau suite à la construction d'un barrage. Outre les rapports de "force" entre les personnages, le film raconte surtout une descente...aux enfers. Confrontés à la sauvagerie de la nature et des humains croisés, le périple tourne véritablement au cauchemar et certains vont même être confrontés à leur propre noirceur à travers des choix qui les marqueront jusqu'au bout de leur vie.
Le film est surtout célèbre pour ses fameux duelling banjos. Dans cette scène, que vous pourrez voir ci-dessous, nos quatre aventuriers du dimanche font une dernière étape 'civilisée' en faisant le plein de leurs voitures et en cherchant des conducteurs pour amener celles-ci à leurs points d'arrivée. C'est la que celui qui a une guitare va rencontrer un étrange joueur de banjo pour un morceau d'anthologie. Toutefois, loin d'être joyeuse, la scène est empreinte de petits détails qui commencent à installer le malaise, malaise qui n'ira qu'en s'accentuant.
L'invité de la semaine :
Jean-Louis Trintignant
Avec sa taille moyenne, son physique passe-partout, son charme discret et sa grande timidité, Jean-Louis Trintignant n'avait sans doute pas prévu de devenir la personnalité qu'il est aujourd'hui. Destiné au droit, attiré par la photo et par l'automobile (sur les traces de son oncle), plus intéressé par le théâtre que par le cinéma, ce sont effectivement des coups du sort (comme il l'explique avec humour) qui ont fait de lui une 'vedette'.
Mais sa filmographie est hallucinante... Et dieu créa la femme, Le fanfaron, Compartiment tueurs, Un homme et une femme, Les biches, Z, Ma nuit chez Maud, Le conformiste, L'attentat, La course du lièvre à travers les champs, Le mouton enragé, Flic Story, L'argent des autres, La banquière, Une affaire d'hommes, Eaux profondes, Vivement dimanche, Bunker Palace Hotel, Trois couleurs Rouge, Regarde les hommes tomber, Ceux qui m'aiment prendront le train, Amour...
Trintignant, qu'on pourrait croire lisse, sait en réalité parfaitement s'adapter et varier ses personnages. De flic maniaque dans l'excellent Sans mobile apparent, adapté des romans de Ed Mc Bain au Émile Buisson de Flic Story, en passant par le tueur silencieux du seul western qu'il a tourné, Le grand silence (face à Klaus Kinski, un film culte qui inspira la BD Durango) ou le dictateur de Bunker Palace Hotel de Enki Bilal.
De même, il a fait des choix de films parfois courageux (ou inconscient) comme tous ceux de Roda-Gilles, sorte d'apologiste du sadomasochisme. Il n'hésite pas à jouer des personnages loin d'être valorisant, comme celui de Regarde les hommes tomber qui devient sénile, l'octogénaire de Amour, ou l'enseignant arriviste de Malevil.
De même, il a fait des choix de films parfois courageux (ou inconscient) comme tous ceux de Roda-Gilles, sorte d'apologiste du sadomasochisme. Il n'hésite pas à jouer des personnages loin d'être valorisant, comme celui de Regarde les hommes tomber qui devient sénile, l'octogénaire de Amour, ou l'enseignant arriviste de Malevil.
Il faut ajouter à ses qualités une voix extraordinaire (l'une des plus belles avec celle de Dussolier, selon moi) qu'il a mis au service de Jack Nicholson dans Shinning (sur une proposition à Kubrick de Michel Deville, qui s'occupait du casting de doublage) ou pour Jeunet et Caro où il est la voix d'Irvin, le cerveau baignant dans un aquarium et qui fomente la révolte.
A l'instar d'un Bouquet ou d'un Piccoli, Jean-Louis Trintignant fait pour moi partie des derniers géants du cinéma français, grands acteurs de théâtre, touches à tout, et remarquables à chacune de leurs prestations. Ils sont pourtant restés humbles et très lucides sur leur vie et leur age.
La semaine prochaine : 1973
- Un trésor de confiture- Knocking on heaven's door
- L'enfer de Mr Milan
- Simenon sans Simenon
- Le retour d'un des mercenaires
Et l'invité de la semaine !

Oui, Werner Herzog mériterait bien d'être invité de la semaine... C'est vrai qu'il y a eu (un ou deux?) morts et des bléssés sur ses tournages (notamment Fitzcarraldo), et il s'est demandé longtemps si ses films en valaient la peine.
RépondreSupprimerJe lis que la VO est en fait... anglaise ;) "All of the actors spoke their dialogue in English. The members of the cast and crew came from sixteen different countries, and English was the only common language among them. In addition, Herzog felt that shooting Aguirre in English would improve the film's chances for international distribution. ... The English-language track was ultimately replaced by a higher-quality German language version, which was post-synched after production was completed.Herzog claims that Kinski requested too much money for the dubbing session, and so his lines were performed by another actor."
Kinsky est un malade complètement timbré et Herzog se tirait des balles dans les pieds en le trouvant génial et voulant travailler avec lui - faut voir son documentaire "Mon Meilleur ennemi" ;) La seule qualité de Kinski est d'être le père de Nathasha! ;)
A côté Brando est un ange... D'ailleurs au lieu d'aller recevoir son Oscar en 73, il a envoyé à sa sa place une activiste des droits amérindiens qui a critiqué l'image des Indiens dans les films... un autre moyen de cramer sa carrière d'acteur! :)
Je trouve que le Parrain est victime de son succès. on ne peut plus voir Don Corleone sans penser à ses parodies, ou bien nos PNJ chefs de la pègre ont tous une voix rauque et parlent doucement... Faudrait renouveller l'image des capi ;)
Idem pour la trame, l'essor et la chute du parrain, trahisons, bouleversement de la structure et nouveau chef... tout ça est maintenant un poncif des séries de gangsters ;)
Dans le genre, j'adore par contre le fim de Francesco Rosi, Lucky Luciano (1973), qui raconte la vraie vie de ce gangster, qui est mort de sa belle mort. Fascinant film :)
la chanson "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", quel tube! ;D c'est même devenu une expression ;)
"les Chinois à Paris" (1973) est pour moi encore plus drôle (et prescient ;)) (je ne spoile rien, il ne me semble pas que ce film réponde à un des indices de la semaine prochaine ;))
"Delivrance" je le vois comme un film d'Horreur avec un adversaire humain. un truc auquel on puisse s'identifier, un semi-slasher, un peu comme "massacre à la tronçonneuse". (bon je vois qu'on le classe aussi comme Survival film), mais je me souviens avec netteté de la dernière image... ;)
Il a aussi durablement installé la caricature des "Rednecks"... même si je lis que les lieux du tournage sont devenus lieux de pélerinage et de canoé-kayak. ;)
Idem pour l'identification avec Trintignant. Voilà un acteur qui ne hausse jamais la voix, pas comme l'hurluberlu plus haut! ;)
Donc choix thématique ; on commence avec la jungle de Aguirre et on termine par le réalisateur de la Forêt d'émeraude... ;)
Je n’ai pas vu « Aguirre ou la colère de Dieu » de Werner Herzog qui, avec Fassbinder et Schlondorff, a fait partie de la nouvelle vague du cinéma allemand de cette époque. Celui-ci me mettait plutôt mal à l’aise à l’époque.
RépondreSupprimerJ’ai également vu « Le parrain » deux fois de suite pour suivre les copains qui avaient tiré moins vite et là, je n’ai pas été déçu. Et ni par le 2, ni par le trois ! c’est un des rares coffrets que j’ai acheté. L’interprétation est exceptionnelle avec Brando, désormais unique et certainement ingérable, de Niro très demandé, Duvall et Caan que je découvre. Et Pacino, qui explose littéralement en passant du fils préféré propre sur lui au plus implacable des parrains. La référence des films sur la mafia pour longtemps.
De mon souvenir « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » était le dernier avatar d’un bon comique, révélé excellent acteur, qui avait décidé de passer à la réalisation. Je crois qu’il avait plutôt fait flop à l’époque de même que son deuxième opus : « moi y’en a vouloir des sous ». Avec le temps, j’ai l’impression que les défauts s’estompent, l’œil est moins acerbe et ne restent que les (forcément) bonnes intentions de l’auteur.
« Délivrance » fut pour moi une claque, un coup de tonnerre sur la toile ! Et ce morceau de banjo un des sommets entre ce gosse vraisemblablement arriéré d’une famille qui ne l’est pas moins (et que nous retrouverons peut être un peu plus tard) et ce bel américain sur de sa force et de sa civilisation… avant la descente aux enfers.
Je me suis longtemps demandé ce qu’on pouvait bien trouver à « Jean Louis Trintignant » et sa voix trainante pour lui confier des rôles de séducteurs. Ce n’est que plus tard que j’ai pu apprécier la finesse de son jeu et ses multiples compositions.
Philippe