vendredi 13 novembre 2015

1971 : Une énième année Simenon


La première Cougar ? :
La veuve Couderc

On ne se souvient souvent de Simone Signoret jeune que dans Casque d'or, comme une preuve qu'elle fut belle. C'est en vieillissant que la comédienne va prendre une stature incroyable. En 1971, elle a 50 ans et elle joue des personnages qui ont la cinquantaine, voire la soixantaine. Pierre Granier-Deferre, 'opposant' à la nouvelle vague, a adapté de nombreux Simenon à l'écran (je reviendrai sur cet écrivain dans l'avenir). Pour le casting de La veuve Couderc, il va mettre face à face deux monstres sacrés du cinéma, Simone Signoret et Alain Delon.
Delon y joue un jeune homme qui sort du bagne et se fait embaucher comme ouvrier à la ferme de la veuve Couderc. Celle-ci, en lutte avec sa belle famille, tente de préserver sa ferme, dans un climat tendu, très tendu. Petit à petit, les rapports entre Signoret et Delon vont évoluer, jusqu'à une liaison très osée en 72, entre la quinquagénaire et le beau trentenaire (encore plus osé dans le roman puisque celui-ci date de 1940. Je vous en recommande la lecture). Une relation qui va tourner au drame.
On est dans un cinéma comme je l'aime, fait de non dits, de silences qui en disent longs et de regards qui crient. Delon est parfait et Signoret magnifique.






Mèche courte :
Il était une fois la révolution

Et hop, un nouveau Sergio Leone, ce ne sera pas le dernier, mais il faudra attendre quelques semaines avant de voir le suivant. Il était une fois la révolution c'est : un casting hallucinant jusqu'au moindre figurant ; une musique de Morricone qui a fait le tour du monde et est dans toutes les têtes ; Un scénario servi par une réflexion sur le sens des révolutions, des héros, du pardon et de la culpabilité ; Un James Coburn au meilleur de sa forme avec sa moustache légendaire ; Un Rod Steiger tout en gouaille ; Enfin, une mise en scène magistrale, comme dans tous ses films depuis Pour une poignée de dollars.
Un ex membre de l'IRA, spécialisé dans la dynamite et la nitroglycérine, vient au Mexique pour participer à la révolution (à la manière d'un Guevara à Cuva). Là, il va croiser un 'bandit' de grand chemin qui veut l'entrainer dans le casse du siècle. Laissant planer l'ambiguïté, c'est finalement le bandit qui va se retrouver bien malgré-lui entrainé dans la révolution...
Il était une fois la révolution, c'est une saga, un opéra, c'est un tourbillon à la fois grave et léger, où l'humour permet simplement de faire passer plus facilement des propos difficiles.
Je vous propose l'excellente rencontre entre les deux personnages...




Au-delà de la haine :
Le chat

Cette même année 71, Pierre Garnier-Deferre adapte un autre Simenon à l'écran, et une nouvelle fois avec Simone Signoret, mais cette fois, c'est Jean Gabin qui donnera la réplique, si l'on peut dire. Le chat (écrit en 67) est un terrible drame, une histoire finalement sordide sur la solitude, la déliquescence du couple, et la fin de vie.
Le film se déroule dans un pavillon de banlieue, alors que les grands immeubles avancent et rongent 'l'ancien monde' , un peu comme dans Mon oncle. Alors que leur univers se désagrège, le couple vit depuis 25 ans sous le même toit, dans un huis clos pesant. Ils vivent ensemble mais des parcours parallèles au final, presque solitaires. Lui mène une vie de train train tandis qu'elle vit dans le regret d'une carrière gâchée par un accident. Tout va basculer lorsque Gabin adopte un chat, trouvé dans la rue. Le poison insidieux qui sommeillait se réveille tandis que la jalousie va se focaliser sur le chat, pour finalement devenir de la haine. Et après la haine, le mépris, puis l'indifférence... on va de pire en pire.
Les deux acteurs furent récompensés pour leur performance au festival de Berlin, où le film fut aussi nommé pour les Ours d'or. A noter également la performance de Annie Cordy, et oui, qui joue l'amie de Gabin (dans le roman, elle est plus explicitement sa maîtresse également).
Une œuvre terrible.



L'invité de la semaine :
Stanley Kubrick

Si Sergio Leone n'a pas fait des masses de films, Kubrick non plus. Stanley Kubrick était un génie du cinéma. Américain, il est devenu une légende absolu à tel point que des rumeurs insistantes veulent qu'il fut le réalisateur des images des astronautes sur la Lune, qui bien entendu étaient entièrement réalisées en studio, les Américains n'ayant jamais été sur la Lune.
Il existe même un film documentaire, Room 237, sur le film Shinning, où des fans décryptent les messages cachés par Kubrick. Par exemple, ce serait un brûlot sur le massacre des indiens natifs, preuves visuelles à l'appui : Et oui sur cette étagère il y a des boîtes de conserve avec une étiquette représentant un indien, toutes orientées dans le même sens ! (sic)
Cet artisan du cinéma, à la fois réalisateur, directeur de la photographie, producteur, scénariste et monteur, était très secret, ce qui a entretenu sa légende. Maniaque, méticuleux et perfectionniste à l'extrême, il n'a réalisé que des films culte : Le baiser du tueur, L'ultime razzia, Spartacus (le moins personnel), Lolita, Docteur Folamour, 2001, Orange mécanique, Barry Lyndon, Shining, Full Metal Jacket et Eyes wide shut, tous des joyaux dans leur genre.
Tout comme Orson Welles, un autre génie, Kubrick s'est exilé en Angleterre, mais lui l'a fait volontairement, pour travailler en paix et être le seul maître de ses films.
Cinéaste de genre (sf, films en costume, fantastique), ses films sont tous très originaux par leur thème ou leur traitement, chacun d'eux est la quintessence du genre auquel ils appartiennent. Ils sont devenus des emblèmes, des références, des modèles. Georges Lucas a toujours dit que sans 2001, il n'aurait probablement jamais réalisé Star Wars.
Je n'ai qu'un regret, il n'a jamais pu réaliser le film dont il rêvait sur Napoléon, avec Jack Nicholson dans le rôle titre !
Nicholson, on le retrouve justement dans cet extrait de The Shining, avec, en français, le doublage magistral de Trintignant, nous y reviendrons sans doute...
(sur l'extrait, comme c'est en petit, je précise, sur toutes les pages, il est écrit la même phrase)


La semaine prochaine :

- Don Corleone
- Un conquistador illuminé
- Chroniques radiophoniques
- On joue quand même du banjo
Et l'invité de la semaine !


3 commentaires:

  1. Le chat m'a marqué, outre ses décors faits de quartiers en démolition, à cause de la séquence où Gabin se fait deux oeufs au plat! Je me suis dit "En arrive à filmer ça... c'est la déchéance du cinéma!" ;)
    Enfin, dans le genre plus animé, j'aurais plus sélectionné "Orange Mécanique" et "L'inspecteur Harry"... au moins on n'y cuit pas d'oeufs au plat! ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Effectivement, j'avoue que ma spécialité n'est pas les films 'animés' (encore que La horde sauvage, ça bouge sacrément, et Shinning aussi, dans son genre).
      Comme je l'ai déjà dit, je ne fais pas la liste des meilleurs films du monde, je n'aurais pas cette prétention, mais simplement celle des films qui m'ont séduit ou marqué.
      L'inspecteur Harry, je trouve ça sympa, mais sans plus, j'avoue. Au final je ne suis pas un grand fan de Eastwood (son côté patriote républicain ne correspond guère à ma sensibilité). Je considère les Harry comme de bons divertissement, sans plus (je préfère un Jolivet ^^).
      Pour ce qui est de Orange mécanique, c'est sans doute le Kurbick qui m'a le moins marqué, mais ce n'est pas parce qu'il est inférieur aux autres. Simplement je l'ai découvert très tard (en 95 je pense), et à une période où j'avais trouvé son style trop années 70, on m'en avait trop parlé en fait et du coup, je n'ai pas été si emballé que ça à l'époque. Du coup je ne l'ai pas mis dans ceux qui m'ont retenu :)

      Supprimer
  2. « La veuve couderc » n’appartenait pas au genre que j’affectionnais et je ne sais même pas si je l’ai vu en entier depuis. Entièrement d’accord pour souligner le côté « sacré » de l’interprétation.
    « Il était une fois la révolution », je l’ai vu deux fois à quelques jours d’intervalles tellement j’avais été enthousiasmé par la première séance… et je n’aurais pas dû car j’ai été déçu. Peut-être pas complétement chef d’œuvre à mes yeux, des personnages bluffant et des expressions percutantes (« planque toi connard ! », « mèche courte ») qui fonctionnent moins bien une fois déflorés. Toujours est-il qu’il commence à quitter l’époque du western traditionnel pour nous emmener vers LE film de notre vie.
    Pour « le chat » mêmes remarques que pour la veuve.
    Il n’y a rien à jeter chez « Stanley Kubrick » tant il a abordé des genres différents avec un génie toujours présent et un angle original. « Orange mécanique » est certainement daté mais je l’avais vu après des années d’interdiction à la fin des années 70 et ça le faisait encore. Seul, « Barry Lindon » m’avait quelque peu ennuyé mais il faudrait que je le revoie aujourd’hui.
    Philippe

    RépondreSupprimer