mardi 27 octobre 2015

1969 : les héros sont fatigués


Des héros très discrets :
L'armée des ombres

L'armée des ombres est tirée d'un roman de Joseph Kessel (grand résistant) auquel il a mêlé ses propres souvenirs, Melville a filmé la résistance comme aucun autre n'a pu le faire depuis. On y retrouve ses 'héros' anonymes, tellement anonymes qu'ils ne connaitront aucune gloire et que même leur mort ne fera pas de bruit, car aucun ne survivra... Le casting est impressionnant : Lino Ventura (qui ne recevait ses instructions que de l'assistant réalisateur car lui et Melville ne se parlaient plus), Simone Signoret, Jean-Pierre Cassel, Paul Meurisse, Paul Crauchet, etc. Quand à la mise en scène, elle est sobre mais terriblement efficace. Surtout, le propos reste humain, ces héros sont des hommes et des femmes, avec leurs faiblesses, leurs doutes et leur abnégation. Certaines scènes sont terribles, comme quand ils doivent exécuter un traitre mais ne peuvent pas tirer à cause des voisins et vont donc devoir étrangler leur victime...
Simone Signoret, qui jouait Mathilde, demanda à Melville, alors qu'elle tournait sa dernière scène : "Mathilde, elle a trahi ou pas ?" Il lui répondit : "Je ne sais pas, il n'y a que toi qui peut le savoir". Vous comprendrez en voyant ce film, si ce n'est pas déjà fait. L'armée des ombres est vraiment une œuvre profonde, touchante, marquante, sombre.
Peu avant le début de cet extrait , Gerbier explique à son codétenu (en attente d'être interrogé lui aussi par la Gestapo) un plan pour s'évader. On peut se demander s'il ne l'utilise pas pour sa propre fuite... Ensuite, Serge Reggiani fait une apparition courte, mais remarquée, sous le regard anxieux de Ventura.



LE western crépusculaire :
La horde sauvage

Alcoolique, drogué, Sam Peckimpah est un réalisateur hors norme, autant destructeur avec lui-même qu'avec les personnages de ses films. Il avait commencé à sonner le glas de l'ère western avec Coups de feu dans la sierra, il plante les derniers clous du cercueil avec La horde sauvage.
Le film s'ouvre sur une avalanche de violence avec un braquage qui tourne au carnage, la population étant prise entre les braqueurs et les chasseurs de primes. Il n'y a pas de gentils, tous les personnages sont sans foi ni loi, même ceux censés la représenter. Quand aux personnages principaux, ils sont au pire vieux, au mieux fatigués, un peu comme si les héros de l'âge d'or du western arrivaient en bout de piste, leur fuite est perpétuelle. Dès le début du film, on sait que ça ne peut que mal se finir, et qu'ils sont en réalité à la recherche d'une porte de sortie, ou d'une fin. On comprend que ces parias (dont les charismatiques William Hodlen, Robert Ryan ou Ernest Borgnine), n'ont plus leur place dans le monde tel qu'il devient. On suit leur parcours comme on suivrait le vol d'un papillon autour d'une bougie. On sait qu'il va au final s'y brûler.
A réserver malgré tout à un public averti car c'est un film très violent (quoi qu'avec ce qui se fait de nos jours...), d'une violence brute. Penckimpah fut accusé de faire l'apologie de la violence par ses mises en scènes tels des ballets. Pourtant, les grandes scènes cataclysmiques laissent un goût de cendres et en aucun cas un sentiment d'exaltation.



Le show Jean Yanne :
Que la bête meure

 Chabrol fait partie des réalisateurs pour lesquels j'ai une grande affection. J'aime une grande majorité de ses films, même s'ils sont inégaux, celui dont je parle ici a une place particulière à cause de son casting...
Petit, je regardais Jean Yanne à la télé, pour moi c'était un comique un peu bougon, je n'ai découvert ses talents d'acteur que lorsque j'ai vu Que la bête meure. Tout comme pour Poulet au vinaigre, où Poiret n'apparait qu'après 41 minutes de film, Jean Yann ne crève l'écran qu'après une heure de projection. Je pense qu'il joue là le pire salaud qu'on a pu voir sur un écran : sans scrupule, sans morale, mais surtout veule, là où la plupart des méchants assument leur méchanceté jusque dans la mort en ricanant !
Michel Duchaussoy, tout en nuances et en jeu feutré joue un père dont le fils a été tué par un automobiliste. Il finit par retrouver ce chauffard, vous devinez qui...
Chabrol, comme d'habitude, dresse un portrait au vitriol de la 'bourgeoisie' de province.
Un film noir, très noir, avec Maurice Pialat dans le rôle de l'enquêteur.
Je vous propose l'extrait, certes après une heure de film, de l'apparition de Jean Yanne... tous les rôles sont justes, même si le tout a un look très typé, fin des années 60 oblige.


 Le pacha, la fusée italienne et le samouraï :
Le clan des siciliens

Henri Verneuil a été un réalisateur populaire, au bon sens du terme. Ses films visaient de larges audiences, tout en gardant une grande exigence de qualité. Sa filmographie est impressionnante, j'y reviendrai une autre semaine. Mais ce qui nous intéresse, en cette année 1969, c'est qu'il réunisse 3 monuments du cinéma français, trois générations dans Le clan des siciliens. L'aîné, Jean Gabin, né en 1904, Lino Ventura, né 15 ans plus tard, et Alain Delon né en 1939. Au moment de ce film, les 3 acteurs sont au sommet de leur gloire et on a du mal, aujourd'hui, à imaginer un casting pareil (d'autant qu'il n'y a plus de grandes 'stars'). Le scénario en lui-même est celui d'un casse audacieux (avec un avion qu'on pose sur l'autoroute) amené par Alain Delon mais exécuté en partenariat avec Gabin et sa famille de mafieux (Lino joue le policier). Une histoire avec une femme va faire voler en éclat les alliances d'un jour...
Le film en lui-même est un très bon divertissement, certes moins génial, à mon goût,  que Week-end à Zuydcoote, car plus classique. Mais la musique d'Ennio Morricone, et le casting, à eux seuls, garantissent de passer un excellent moment.




 L'invité de la semaine :
Chrsitpher Walken

Acteur culte, danseur émérite, le visage étrange, le regard clair, un charisme à rendre jaloux Sarkozy et Hollande, tel est Christopher Walken. Acteur capable de tout jouer malgré son physique si particulier :
- jeune soldat dans Voyage au bout de l'enfer, qui lui valut un Oscar
- Père à faire pitié dans Attrape-moi si tu peux
- Vétéran abordant des détails très gênants dans Pulp Fiction
- Promoteur véreux et dandy dans Homeboy
- Père froid dans Comme un chien enragé
- Chasseur de souris dans La souris
- Sergent tyrannique et fou dans Biloxi blues, etc.
C'est dans ses rôles de 'méchants' qu'on le remarque le plus (Ses prestations dans King of New York ou Nos funérailles, de Abel Ferrara sont légendaires) les producteurs de James Bond le comprendront vite puisqu'il partagera le rôle de méchant avec Grace Jones, dans Dangereusement vôtre, un de mes méchants de JB préféré.
Christopher Walken accepte tous les rôles car il n'a ni enfant ni hobby (c'est lui qui le dit), ce qui lui vaut d'apparaitre dans des films plus que moyens. Mais même dans ce cas, sa seule présence contribue à y trouver quelque chose d'intéressant !
Je vous propose de le voir dans un clip qu'il a tourné sur une musique de Fat boy Slim. Il y prouve que ses talents de danseur n'ont pas disparus !


La semaine prochaine :

- Au jour dit, inexorablement
- Tueur en série
- Clip de la sécurité routière
Et l'invité de la semaine !

5 commentaires:

  1. Perso, j'ai découvert Christopher Walken dans Dead Zone (que tu ne cites pas dans ta liste :-p ) de Cronenberg. Et ça ne date pas d'hier non plus ;-)

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    1. Effectivement je n'ai pas cité Deadzone, et ce n'est pas le seul de Walken que j'ai laissé de côté (La porte du paradis, Annie Hall, Batman le défi, Sleepy Hollow). Il faudrait presque une page rien que pour lui ! :)

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  2. - Peckinpah j'ai du mal... pour moi ce n'est pas du western crépusculaire, c'est l'enterrement du western! J'ai commencé à regarder Pat Garret et Billy the Kid et puis j'ai lâché ; ils sont sales, ils sont grossiers et veules, ça donne envie de se tirer dans la tête...
    - "que la bête meure", j'adore.. effectivement grâce à la prestation de JY. Je ne le trouve pas si vieilli; les sujets de conversation sur les bouchons à Paris sont toujours aussi vrais! ;)
    « Il faut que la bête meure ; mais quand elle meurt, le chasseur meurt aussi". Il y a de quoi gloser longtemps dessus ; p.ex. ici : http://libresavoir.org/index.php?title=Que_la_b%C3%AAte_meure_de_Chabrol

    - j'espère que Lino sera invité de la semaine. C'est un acteur dont je ne me lasse pas. Il a une telle présence qu'on ne dirait pas qu'il joue... "la fusée italienne", mouarf! ;)

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    1. Part Garret, j'en reparlerai ^^ Avec son célébrissime Knocking at hevean's door.
      La fusée italienne c'était le nom de catcheur de Ventura ! :)

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  3. J’essaie de ne pas rater chaque nouveau Lino et je tombe sur « L’armée des ombres ». Ouch ! ce n’est pas le même style que d’habitude, c’est froid, dépouillé, aride, dur à 14 ans ! Cela change de « les aventuriers » à peu près de la même époque. Mais 46 ans plus tard, c’est LE film référence sur la résistance et il n’a pas pris une ride. Et ce jour-là, il n’a pas voulu courir…
    J’ai connu Pekinpah par « les chiens de paille » et « get apens » juste après « La horde sauvage » que je n’ai vue qu’en 1980. J’en retiens surtout qu’il avait fait de la violence son fonds de commerce mais avec un certain talent.
    « Que la bête meure »est littéralement éclaboussé par la présence de Yanne. Dans « le boucher », il fait encore plus froid dans le dos. Et dans « nous nous sommes tant aimés », il nous montrera qu’il peut changer de registre. Quel talent brut ! N’oublions pas Duchaussoy qui, y compris en voix off, livre une prestation d’une grande sensibilité.
    En puisant dans le cinéma américain, Melville s’était forgé son propre style. Verneuil, lui, allait plus sur le même terrain et je trouve qu’il souffrait de la comparaison. « Le clan des Siciliens » m’apparait comme un peu trop fait en France mais vaut effectivement le détour par les trois monstres sacrés qui jouent dedans. Delon est encore des nôtres et c’est dommage qu’il se la pète autant entre autres d’avoir était contemporain des deux autres.
    « Christopher Walken » est partout, souvent dans des films cultes, et je ne savais pas qu’il dansait.
    Philippe

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