mercredi 14 octobre 2015

1967 : Il était déjà là...

Mariages en blanc /
Les compagnons de la marguerite

Jean-Pierre Mocky n'a jamais fait de chef d'oeuvre. Mais, contre vents et marées, il continue d'alimenter sa filmographie qui compte plus de 60 films. Avec des budgets très légers, Mocky a pourtant attiré la plupart des grands acteurs et actrices français (Bourvil, Deneuve, Serrault, Poiret, Moreau, Maillan, Simon, Blanche, Villeret, etc.). Une bonne partie de sa production est moyenne, même si les oeuvres se laissent regarder, car elles ont toujours un cachet qui leur est propre et qui les rend remarquables (c'est un excellent technicien) : Un drôle de paroissien, La grande lessive, L'Ibis rouge, Agent trouble, Le miraculé, Litan, Un linceul n'a pas de poches, A mort d'arbitre, Ville à vendre, etc.
Il fallait donc que je mette au moins un film de Mocky sur ces 50 ans (il apparaitra aussi un de ses jours dans la 'tronche de la semaine'). J'ai choisi l'excellente comédie grinçante Les compagnons de la marguerite, où l'on retrouve une pléiade d'acteurs qui jubilent : Claude Rich, Serrault, Francis Blanche, Michael Lonsdale, etc.
La thématique ? Un faussaire génial qui propose aux couples qui pensent avoir fait une erreur en se mariant, de réparer en réorganisant les mariages par échange d'époux ! Un sommet de la gaudriole qui est en même temps une critique assez acide l'institution matrimoniale.


Borsalino et canari :
Le samouraï

Vous aviez pu voir un extrait du film 'Le deuxième souffle', de Jean-Pierre Melville la semaine dernière, voici le premier de ses films que je classe dans mon panorama de 50 ans, Le Samouraï. Dans le rôle titre, Alain Delon qui, selon moi, a décliné après la disparition de ses parrains Melville et Verneuil. Le cinéma de Melville est un cinéma lent, tout en silence, en atmosphère et en non dits, Delon est parfait dans le rôle du tueur solitaire. Il est toujours amusant de constater le cheminement des inspirations. Ainsi, nos cinéastes d'aujourd'hui vouent une profonde admiration à Scorcese, qui lui-même est un fan de Truffaut et Bunel ! Il en va de même pour Melville dont Le Samourai est l'un des films culte de John Woo et Chow Yun-Fat, qui eux ont été les références des années 2000, comme si parfois il fallait une génération intermédiaire pour nous relier au passé.
Pour revenir au film, il est filmé dans le Paris populaire des années 60, on y suit la spirale mortelle du papillon vers la flamme. Dès le début, on connait en réalité la fin, qui semble inéluctable...


Les adieux de Hulot :
Playtime

Nul doute que Jacques Tati était un génie avec un style unique (d'ailleurs récompensé par un Oscar pour Mon oncle, dont j'ai parlé il y a 2 semaines). En 1964, le réalisateur travaille sur son plus important projet, Playtime. Pour ce film, il fait construire un décor gigantesque, Tativille, presque une véritable cité moderne. On y suit, sur 10 actes, les déambulations de Mr Hulot (mon oncle) toujours interprété par Tati himself et de Barbara, une jeune touriste. L’œuvre, sorte de ballet poétique, demande plusieurs visionnages pour être appréciée pleinement tant aucun détail sur l'image n'a été laissé au hasard, à la manière d'un Kubrick.
Hélas Playtime fut un semi-échec (il ne fut pas distribué aux USA par exemple), en tout cas il ne rapporta pas assez pour couvrir les énormes dépassements de budget. Tati fut ruiné, sa société liquidée et les droits de ses films vendus aux enchères. S'il parviendra à boucler Trafic, son dernier film, Parade fut terminé grâce à l'aide de la télé suédoise !
Jusqu'à sa mort, en 1982, il vécut assez amer, malgré un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Ce n'est qu'en 2001 que ses films purent être rachetés et ressortis comme ils le méritaient.
Plutôt que de vous montrer un extrait de Playtime, j'ai choisi un dessin animé sorti en 2010, L'illusionniste, réalisé à partir d'un scénario de Tati et Henri Marquet par Sylvain Chomet, et dont le 'héros' est à l'image de Jacques Tati...


L'invité de la semaine :
Jean Rollin


Il est des films qui n'ont qu'un but, plaire à une frange particulière de cinéphiles. Action, fantastique, pinku, érotique, gore, horreur, science-fiction, chambara, voire mélange, le cinéma de genre est le plus inventif et le plus rafraichissant qui soit. Loin des sentiers battus, des studios hollywoodiens et des gros budgets, il continue de voir des 'amateurs' mettre sur pellicule leurs fantasmes, leurs peurs ou simplement leurs délires. Aux USA, ce sont des noms comme John Carpenter ou Russ Meyer, en Italie Mario Bava ou Dario Argento, en Espagne Jess Franco, en France José Bénazéraf et Jean Rollin.
Ce dernier est écrivain, réalisateur, scénariste, acteur et producteur, il n'a réalisé aucun chef d'oeuvre mais ses films fantastiques sont devenus cultes dans le monde entier, chez les cinégeeks.
L'oeuvre de Rollin tourne principalement autour des vampires, avec des films à petits budgets qui pourraient faire rire de 'ringardise' et pourtant, ils ont un cachet indéniable, une sorte de charme diffus souvent teinté d'érotisme. Brigitte Lahaie fut d'ailleurs l'une de ses égéries puisqu'elle joua dans plusieurs de ses films. Le viol du vampire, Les deux orphelines vampires, La rose de fer, La nuit des horloges, La morte vivante, autant de titres évocateurs. Peut-être ne pourrez-vous même pas dépasser 10 minutes de visionnage tant vous trouverez ça nul, mais si par chance vous ressentez l'attirance, vous entrerez dans l'univers onirique teinté d'érotisme de Jean Rollin.



La semaine prochaine... 1968 Une année très chargée !

- Il voulait voir la mer...
- Une statue traumatisante
- Mission Jupiter
- Une sacrée fête
- Les compagnons de la chanson en vo
Et l'invité de la semaine !


7 commentaires:

  1. Très bon extrait, où j'entends Michael Lonsdale - cet acteur que j'adore - parler de "règistre" de sa voix nasillarde ;)
    Je suppose que dans 2 semaines on aura droit au "Rond Ecarlate" ;), cette baffe cinématographique du même Melville
    Pour les devinettes :
    - 2001... (mais j'ai été aidé par la bannière ;))
    - la Party
    - la statue traumatisante... "le dieu sauvage", BD-choc d'Alix l'Intrépide (1969)... non je ne vois pas.
    - les compagnons de la chanson -> The Monkeys -> recherche -> Head?

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    1. Ben deux c'est déjà pas mal hein !
      Faut dire que les trois autres sont bien plus tordus. Je mettrai les explications en commentaire ici, à parution de l'année 68.

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    2. Au final j'ai mis les explications directement dans les textes des films de 1968 ^^

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  2. Toujours entre 2 faillites, iconoclaste, créatif, jean Pierre Mocky est peut-être un exemple de ce que peut donner le talent sans concessions au système : la notoriété voire la postérité mais pas le succès ni la fortune.
    "Le samouraï" est la quintessence du style Melvillien auquel je préfère le justement moins épuré et plus remuant « deuxième souffle ». Delon est époustouflant.
    Philippe
    Très beau commentaire sur la triste fin de carrière de Tati qui me donne envie de voir « Playtime ».

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    1. Mon Melville préféré n'est aucun de ces deux là, même si je les adore (je viens aussi de revoir Bob le flambeur) mais on ne devrait pas tarder à les voir arriver, mes préférés ;)

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    2. J'avais lu une interview d'un réalisateur de talent qui racontait qu'on lui confiait plein de films parce qu'il réspectait toujours et le budget et les délais. Dommages pour les génies, mais la créativité ne s'exprime-t'elle pas mieux sous la contrainte? ;)

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    3. Je dirais que ça dépend des génies ! :)

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